Abou Oubayda Ibn Al-Jarrah : Le plus loyal de la Oumma

     

«Chaque communauté a un loyal, et le loyal de cette communauté est Abou Oubayda ibn al-Jarrah.» Voilà ce que le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) avait dit de ce valeureux Compagnon. 

Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ne se contenta pas de ce témoignage en faveur de Oubayda (qu’Allah l’agrée). Lors de l’expédition de Dhat as-Salasil, il l’envoya en renfort à Amr ibn al-As (qu’Allah l’agrée), en tant que commandant d’une colonne qui comprenait Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) et Oumar (qu’Allah l’agrée).

Abou Oubayda (qu’Allah l’agrée) fut, en outre, le premier Compagnon qui reçut le titre d’Emir des émirs. D’ailleurs, il devint musulman sous l’impulsion d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) dès les premiers jours de l’avènement de l’Islam, et ce avant que le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ne prît la maison d’al-Arqam comme lieu de rencontre. Il fut aussi l’un des Compagnons de la Seconde émigration d’Abyssinie.

Après l’installation du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) à Médine, Abou Oubayda (qu’Allah l’agrée) retourna auprès de lui, pour participer à Badr, Ouhoud et toutes les autres batailles. Après la disparition du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui), il continua son combat sous les khalifat d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) et de Oumar (qu’Allah l’agrée).

La loyauté était l’une des qualités les plus évidentes d’Abou Oubayda (qu’Allah l’agrée). À la bataille d’Ouhoud, celui-ci resta non loin du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) pour intervenir vite et le protéger contre un éventuel danger. En effet, après que le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) eut été blessé, Oubayda (qu’Allah l’agrée) accourut auprès de lui.

À cet effet, Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) laissa ce témoignage: «Dans la bataille d’Ouhoud, lorsque le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a été blessé aux joues par les mailles de son casque, j’ai couru vers lui en même temps qu’un autre qui venait de l’autre côté. Quand nous sommes arrivés auprès du Messager, je l’ai reconnu. C’était Abou Oubayda ibn al-Jarrah, en prenant les devants, il m’a demandé de le laisser retirer les mailles. Alors je l’ai laissé…»

Dans l’éxpédition d’al-Khabat, Abou Oubayda (qu’Allah l’agrée) fut, sur ordre du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui), le commandant de la colonne musulmane, composée alors de plus de 300 combattants.

Quand les délégués de Najran entrèrent à Médine, ils demandèrent qu’un Compagnon fût envoyé avec eux, pour que celui-ci leur enseignât la religion musulmane. Le Messager leur répondit alors: «Je vais envoyer avec vous un homme loyal.»

À cet effet, Oumar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée) laissa ce témoignage:«Ce jour-là, j’ai tant aimé être l’émir à désigner… Quand le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) termina la présidence de la prière du dhuhr, il se mit à regarder à droite et à gauche. Je me mis à me montrer, pour être vu de lui. Il continua à chercher de son regard si bien qu’il vit Abou Oubayda ibn al-Jarrah, il l’appela et lui dit: «Va avec eux et juge avec le Vrai sur l’objet de leur diffêrend.»

Ainsi Oubayda (qu’Allah l’agrée) triompha-t-il de cette distinction!»

Aprés la disparition du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui), Oubayda (qu’Allah l’agrée) resta fidèle au poste. Il assuma ses responsabilités de musulman avec loyauté. Une fois, quand le khalife Oumar (qu’Allah l’agrée) eut décidé de démettre Khalid ibn al-Walid (qu’Allah l’agrée) du commandement de l’armée qui était prête à livrer une grande bataille, Oubayda (qu’Allah l’agrée) intercepta l’ordre écrit et demanda au messager de ne pas le transmettre à Khalid (qu’Allah l’agrée), avant la fin de la bataille.

La bataille se terminant par la victoire des musulmans, il remit la missive à Khalid (qu’Allah l’agrée). Celui-ci dit alors: «Que Dieu t’accorde miséricorde, Ô Abou Oubayda! Pourquoi ne m’en as-tu pas informé dès l’arrivée de l’écrit?» 

Oubayda (qu’Allah l’agrée) dit: «Je n’ai pas aimé te prendre ta bataille. Et puis, ce n’est pas le pouvoir de l’ici-bas que nous voulons, et ce n’est pas pour l’ici-bas que nous œuvrons. Nous sommes tous des frères en vue de Dieu.»

Par la suite, Abou Oubayda (qu’Allah l’agrée) devint l’Emir des émirs en Syrie, où se trouvaient les plus puissantes armées musulmanes. Mais ce poste ne le changea point. Il était resté le même; un combattant modeste au service de la cause musulmane. Et quand des informations parvinrent à lui, disant que les Syriens étaient éblouis de son rang, il les réunit et leur dit: «Ô gens! Je ne suis qu’un musulman issu de Qouraych.» Mais, en tant que gouverneur général, ses ordres devaient être appliqués.

Une autre fois, à l’occasion d’une visite en Syrie, le khalife Oumar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée) remarqua la demeure de son compagnon Abou Oubayda (qu’Allah l’agrée). Ne trouvant dans la maison que le sabre, le bouclier et la monture de son compagnon, il lui dit en souriant: «Pourquoi ne te donnes-tu pas des largesses comme les autres gens?»

Plus tard, Abou Oubayda ibn al-Jarrah (qu’Allah l’agrée) mourut en Jordanie, où il fut enterré. C’était lui qui libéra ce pays du paganisme perse et de l’oppression des Byzantins. Quand la nouvelle du décès parvint à Médine, le khalife Oumar (qu’Allah l’agrée) dit à ce propos: «Si j’avais à souhaiter une chose, je souhaiterais une maison pleine d’hommes qui ressemblent à Abou Oubayda.»