Al-Ruhawi et l’éthique du bon médecin

D’après Larédac’ à 00h35 le 06 Août 2014

Le médecin musulman du neuvième siècle al-Ruhawi a écrit un traité sur l’éthique médicale intitulé « Adab al-Tabib » (Code éthique (ou déontologie) du médecin). 

Al-Ruhawi était probablement d’Ar-Ruha, l’actuelle Sanliurfa en Turquie, près de la frontière avec la Syrie, qui est souvent tout simplement connu sous le nom d’Urfa. Il est né chrétien, et selon certains historiens peut avoir toujours était chrétien quand il a composé ses œuvres, malgré la très forte influence de l’Islam sur lui. Cependant, en se basant sur une analyse de ses écrits, un historien moderne a contesté cette notion, affirmant que seul un musulman pouvait avoir produit de tels textes*. En effet, son texte commence par la formule « Au nom de Dieu (Allah), le bienveillant, le miséricordieux ». L’ambiguïté vient du fait que dans un passage de son texte, il parle des aspects positifs de la consommation du vin, ce qui paraît peu conforme à l’Islam cependant il fait aussi la liste des dommages causés par cette boisson.

Dans son écrit « Adab al-Tabib », il décrit comment les médecins doivent être modeste, vertueux, aimable, il les exhorte aussi à éviter l’avidité et les dépendances personnelles.

C’est le travail Arabe le plus ancien conservé sur l’éthique médicale. Il a basé son travail sur Hippocrate et Galien, mais il est plus proche d’Hippocrate car son travail est un prolongement de la promesse qu’Hippocrate s’était faite à lui-même, c’est à dire d’être un médecin qui pratique avec une éthique médicale. 

L’ouvrage se compose de vingt chapitres sur divers sujets liés à l’éthique médicale. Il a également été le premier à documenter le processus d’examen par les pairs en médecine, en insistant sur l’importance des soins médicaux responsables et la possibilité de poursuites pour faute professionnelle si un médecin a été jugé pour négligence.

En cela il insiste sur la loyauté et la bonne foi du médecin, la condamnation de la corruption et du charlatanisme, la dignité qui s’attache à cette profession et le respect qu’elle mérite, les critères de sélection des bons médecins, le soin que le médecin doit avoir de lui-même, les bons comportements pendant les visites, la manière d’interroger le patient et ses proches, ce que le patient lui-même doit dire ou taire devant le médecin et la manière de recevoir ses directives selon qu’on est malade ou en bonne santé, etc. 

Il appelle aussi le médecin le « gardien des âmes et des corps ».

Son traité de déontologie médicale est conservé dans un manuscrit unique de la Süleymanie Kitabhane d’Istanbul, il avait été rédigé à la base pour le sultan Bayazid II.

* Sahin Aksoy, « The Religious Tradition of Ishaq ibn Ali al-Ruhawi, the Author of the First Medical Ethics Book in the Islamic Medicine », Journal of the International Society for the History of Islamic Medecine 3 (5), 2004, p. 9-11.