Athènes, capitale européenne toujours sans mosquée….

Athènes est la dernière capitale de l'Union européenne à ne pas avoir de mosquée. Selon une étude de 2010 du Pew Research Center, quelque 610.000 musulmans vivent en Grèce. La capitale en accueillerait 40%. Pour les fidèles d'Athènes s'est un vrai parcours du combattant qui les attend quotidiennement pour célébrer les prières. Mais l'absence de lieux de culte décent n'est pas le seul problème, les imams ne sont pas formés ou très peu, il y a un énorme manque d'institution d'apprentissage, pas de cimetière, l'Aube Dorée qui ne se ménage pas pour faire interdire tout projet concernant les musulmans d'Athènes, bref, la communauté musulmane est la communauté oubliée de la ville.

Des centaines de petites salles décimées à travers Athènes font office officieusement de lieu de culte… Beaucoup d'entre elles sont insalubres et cela à un coût pour les fidèles qui les côtoient puisqu'ils ont à leur charge l'entretien du lieu ainsi que le loyer et ce surtout dans un pays qui a du mal à se relever de la crise.

Des journalistes de Newsgreek.fr nous en présente une, celle de la « mosquée » Al Salam. La « mosquée » Al Salam, située dans le Sud Est d'Athènes, se trouve derrière la porte de garage d'un immeuble…. Les fidèles prennent place sur un tapis couvrant les emplacements de parking. Des exemplaires du Saint-Coran sont installés sur des étagères selon les journalistes. C'est le propriétaire de l'immeuble qui à titre gracieux laisse cet endroit à disposition.

Ces journalistes ont rencontré Elena Martine, Française de 55 ans converti depuis 5 ans, et expatriée en Grèce depuis une vingtaine d'années. « Ce ne sont pas des conditions dignes » leur a-t-elle glissé tristement. « La crise complique énormément les choses. Le loyer, l'entretien… Tout ça coûte cher, et les gens ont de moins en moins de moyens ! » leur a-t-elle confié avec un certain fatalisme.

Si les conditions dans lesquels les fidèles de la mosquée Al Salam pratiquent leur foi semble indigne, celles-ci est en fait bien loti par rapport à ses semblables. En effet, la mosquée d'Al Salam est qualifiée de correcte avec un micro pour l'imam, la ventilation et le grand espace. Pour les autres salles cela relève le plus souvent du contorsionniste « certaines sont minuscules et dans un état déplorable : 10 mal isolées, des fuites partout ! » a déploré Elena, perdant, selon les journalistes, le sourire arborant son visage depuis leur rencontre.

Comme mentionné au début, la communauté musulmane d'Athènes trouve aussi difficulté dans l'enterrement de ses morts. Selon Elena, ils doivent aller dans une autre ville pour se faire enterrer ! « Nous n'avons même pas de cimetière, nous devons aller jusqu'en Thrace pour nous faire enterrer ! »

La peur de l'égarement est aussi présente puisque les imams sont pas ou très peu formés, il n'y a pas à Athènes de formation digne de ce nom, parfois certains sont obligés de s'improviser imams avec le peu de connaissance qu'ils détiennent.

La montée islamophobe n'a pas épargné la Grèce surtout à Athènes avec le concours du Parti d'extrême droite xénophobe, l'Aube Dorée qui s'emploie avec force à faire capoter tout projet de mosquée dans la ville. Ses membres sont ultra-violents, en 2011, ils avaient attaqué une salle de prière où plusieurs fidèles avaient été blessés. Elena, comme beaucoup, refuse de tomber dans la paranoïa et ne compte pas céder à ce genre d'intimidation « on n'a pas peur. Pourquoi faire ? Se cacher ? Ce qui devra arriver arrivera !« . Elena, convertie, a bien senti le changement chez certaines personnes lorsqu'il s'agit de la communauté musulmane « mes voisins ont été choqués ! Pour la plupart des Grecs, musulmans égal terroristes, mais avec la nouvelle génération, les mentalités tendent à évoluer » a-t-elle déclaré.

UNE MOSQUÉE À ATHÈNES EN ATTENTE DEPUIS 2003

Livrés à eux-mêmes, les musulmans d’Athènes s’organisent. En 2003, Naïm Elghandour fonde, avec sa femme Anna Stamou, l’Association Musulmane de Grèce. En première ligne des négociations pour la construction d’une mosquée à Athènes, ils ont conscience de ne pas être la priorité du gouvernement.

« Tsipras ne peut pas faire grand-chose pour le moment, reconnaît Naïm, il a reçu un lourd héritage, et nous comprenons qu’il se bat pour la dignité de tous les Grecs. Ce serait ridicule de lui demander une mosquée maintenant! » La compréhension est donc de mise, malgré une certaine impatience.

Et pour cause, les premières requêtes de la communauté musulmane remontent à 1932 ! A cette époque, depuis la chute des Ottomans, les mosquées tombent en désuétude. Il faut attendre 2000 pour que le débat revienne sur le tapis. Une loi prévoit la construction d’une mosquée ainsi que d’un centre islamique, près de l’aéroport. Les musulmans s’y opposent. En cause, l’emplacement, trop éloigné de la ville, et le financement, en provenance de l’Arabie Saoudite. Echaudée par ce projet élaboré dans son dos, la communauté musulmane soumet, six ans plus tard, sa propre demande : une mosquée publique, afin d’éviter tout financement extérieur, au centre d’Athènes. De cette demande naîtra une loi, selon laquelle une mosquée devra voir le jour à deux pas de l’Acropole, dans une ancienne base navale désaffectée. Un budget de 15 millions d’euros est même prévu. « Ce budget s’est évaporé« , souffle Anna Stamou, dépitée, tout en ajustant le hijab qui couvre ses cheveux.

Plus récemment, en 2010, le PASOK (centre gauche), arrivé au pouvoir un an plus tôt, propose de reprendre le projet, mais les ambitions ont pris du plomb dans l’aile. Le budget chute à 1 million d’euros, et la réhabilitation de la base navale se limite cette fois à une partie seulement du bâtiment. L’obstacle rencontré cette fois est de taille: l’opposition de la puissante Eglise orthodoxe. Un veto justifié par sa crainte des financements, et de l’influence venus de pays comme le Qatar, les Emirats Arabes Unis, ou encore l’Arabie Saoudite… Une nouvelle déception pour Naïm et Anna. Mais le couple se refuse à tout défaitisme et ne baisse pas les bras. « Nous avons confiance en Syriza, et en leurs intentions. Pour le moment, nous attendons que l’été passe et que l’accord avec l’Europe se fasse, puis en octobre nous bougerons. Nous savons que nous allons encore devoir attendre, mais nous gardons foi en le fait que nous verrons la mosquée un jour.« 

Sources : Newsgreek.fr, BFMTV, AFP