Attentat de Bangkok : À la recherche d’un Ouïghour Chinois ?

Un tribunal de Thaïlande a délivré un nouveau mandat d'arrêt dans l'enquête sur l'attentat du 17 août à Bangkok. Ce mandat vise un Ouïghour venu du nord-ouest de la Chine, lequel est considéré par la police thaïlandaise comme un possible organisateur de l'attentat. Le suspect se trouverait actuellement en Chine. Les Ouïghours, de confession musulmane, disent que leurs droits culturels et religieux sont restreints par les autorités chinoises. Bien qu'au début de l'enquête les autorités thaïlandaises avaient reconnu sur une photo un activiste qui se bat contre le pouvoir thaïlandais, c'est à ce moment que la Chine a quant à elle « proposée » la piste Ouïghour.

  • Une bombe a explosé lundi 17 août au soir à Bangkok, faisant au moins 27 morts et plus d'une centaine de blessés. L'explosion s'est produite au sein même d'un sanctuaire hindouiste du centre ville, et non pas à proximité comme on le pensait au départ. Selon le ministre de la Défense, les auteurs visaient les « étrangers ».

Abdurahman Abdusater, titulaire d'un passeport chinois et né au Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine, a quitté la Thaïlande pour le Bangladesh le 16 août, à la veille de l'attentat à la bombe qui a fait 20 morts et 130 blessés dans le centre de Bangkok. D'après la police du Bangladesh, il se trouverait actuellement en Chine.

Initialement, la police thaïlandaise estimait qu'il était l'organisateur de l'attentat. D'après des informations données par un des suspects en détention, Abdusater aurait réparti les rôles et donné les instructions à la petite dizaine de personnes impliquées dans l'attentat. Mais les policiers thaïlandais sont maintenant moins sûrs du rôle qu'a véritablement joué cet homme.

Ils pensent en effet que le suspect détenu pourrait vouloir minimiser son propre rôle en attribuant une fonction d'organisateur à l'homme en fuite. Mais en tous cas, la piste Ouïghoure est désormais la plus solide. La Thaïlande avait déporté, en juillet dernier, 109 Ouïghours en Chine. La décision avait entrainé de nombreuses condamnations au sein de la communauté internationale.

L'attaque aurait donc été une vengeance de groupes militants Ouïghours. Mais les autorités thaïlandaises évitent d'en parler publiquement, car cela mettrait en avant leur faux pas humanitaire et diplomatique.

Attentat de Bangkok à la recherche d'un Ouïghour chinois
Les secours évacuent le corps d'une victime de l'attentat survenu à Bangkok, le 17 août 2015 (Reuters)

La Chine influencerait-elle la direction de l’enquête ?

L'hypothèse de la piste Ouïghour était basée sur le fait qu'une centaine de membres de cette communauté de musulmans turcophones fuyant la Chine y avaient été renvoyés par la Thaïlande en juillet.

L'un des deux suspects étrangers actuellement détenus par la police thaïlandaise, Yusufu Mieraili, voyageait avec un passeport chinois, avec comme lieu de naissance le Xinjiang, la région d'où sont originaires les Ouïghours.

Mais la police n'a confirmé ni son ethnie, ni sa nationalité, pas plus que celles de l'autre suspect interpellé, Adem Karadag, arrêté dans un appartement de la capitale thaïlandaise en possession de matériel pour fabriquer des bombes, et de plusieurs faux passeports turcs.

Les Ouïghours se plaignent que leurs droits linguistiques, culturels et religieux sont bafoués dans leur berceau du Xinjiang.

Aux confins occidentaux de la Chine, le Xinjiang est en proie à une résurgence de violences meurtrières – plus de 200 personnes tuées l'an dernier – liées aux tensions entre l'ethnie majoritaire chinoise des Han et les Ouïghours, au nombre d'une dizaine de millions.

Sources : Reuters, Associated press, AFP