Au pays du soleil levant (aperçu de la pensée religieuse nippone) : Le Bouddhisme

« mi o sutetemo myori wa sutezu« 

« Même si tu dois te sacrifier,

tu ne dois pas oublier ton honneur »

Miyamoto Musashi* (1584 Ap Jc – 1645 Ap. JC)

Dr Mansour nous propose la suite de l’aperçu de la pensée religieuse au Japon jusqu’à l’arrivée de l’Islam, nous avions vu la dernière fois le shintoisme, aujourd’hui nous voyons le Bouddhisme.

Lire ou relire : Aperçu de la pensée religieuse nippone 1ere partie

Le Bouddhisme au Japon

Estampe aquarellée de Kawanabe Kyosai, réprésentant Bouddha – 1876 –

Ici le mot « Secte » est utilisé dans le sens noble du terme et de façon négative – Dr Mansour

Au début du IVe siècle, ce sont plus de 1000 moines (selon les sources, le chiffre varie mais reste près des 1000), de différentes nationalités, qui travaillent à la traduction des écritures bouddhiques.

Il faut se rendre compte de la portée intellectuelle et culturelle de leur tâche. Il s’agit là, de permettre à une pensée longuement murie en Inde d’abord, puis par le cheminement à travers le Tibet, la Chine puis la Corée pour qu’elle soit intégrable à une culture qui a déjà construit un système de réflexion très élaboré, et quasi aux antipodes.

La conversion à cette doctrine/pensée religieuse ne concernait que quelques clans locaux. Ces derniers y voyaient un moyen d’unification et un facteur de progrès capable de les aider à supplanter leurs rivaux, et commencèrent à utiliser le savoir et le talent des religieux, des artistes et des artisans revenus nombreux de Corée après que le Mimana (capitale du Royaume de Kaya) eut échappé définitivement (en 562) au protectorat des souverains du Yamato.

Mais d’autres s’opposèrent farouchement à l’adoption du bouddhisme en tant que religion d’État, et deux partis se formèrent bientôt, plongeant le pays, déjà déchiré par les luttes d’influence opposant les clans entre eux, dans une confusion encore plus grande. Les uns, dirigés par le clan des Nakatomi, auquel appartenaient les prêtres shintô qui officiaient à la Cour, étaient de farouches partisans de la religion indigène, le Shintô, tandis que les autres, à la tête desquels se trouvaient le clan des Soga dirigé par le Premier ministre Iname, se montraient partisans des réformes « à la chinoise » et de l’adoption du bouddhisme.

D’âpres luttes s’ensuivirent, qui se terminèrent en 587 par l’éradication – et non leur destruction ou leur anéantissement – des clans tenant du Shintô. La Cour se convertit alors au bouddhisme, ainsi qu’un certain nombre de familles nobles.

C’est en 592, sous l’impulsion du prince impérial Shotoku Taishi (574-622) que le bouddhisme fût déclaré religion d’État. Il fera adopter l’écriture chinoise et ses caractères (kanji) pour transcrire la langue japonaise qui était jusqu’alors une langue –principalement- orale.

Les plus anciennes sectes bouddhiques japonaises existent encore, mais ont quasiment disparu. Deux sectes de l’école Vajrayana apparaissent à l’époque Heian (794-1192), toutes deux inspirée de l’enseignement la secte chinoise Tiantai : la secte : Tendai , et la secte Shingon , dont les moines fondateurs étaient rivaux.

La secte Tendai, fondée par le moine Saichô (767-822) qui apprit la doctrine Tiantai en Chine, est soutenue par la famille impériale et prône la triple méditation : la contemplation de l’illusion (le monde concret), la contemplation du vide et la contemplation de la voie médiane (conciliant matière et esprit).

La secte Shingon enseigne des mantra (paroles magiques secrètes à réciter, sous forme d’incantations), les mudra (positions symboliques des mains de Bouddha) et la méditation sur des mandala (représentation symbolique du monde, inscrit dans un cercle). Elle se divise au fil du temps en de multiples écoles. Le moine fondateur du Shingon, Kobo Daishi (774-835), invente une nouvelle écriture, inspirée du sanskrit, pour transcrire le japonais, non plus par l’utilisation d’idéogramme mais de manière syllabique avec de nouveaux caractères (le kana).

Les deux premières sectes Zen (méditation silencieuse) naissent à l’époque Kamakura (1192-1333) où les shoguns* soutenus par des forces militaires dirigent alors le pays à la place de l’empereur, elles privilégient la posture en zazen*.

Eisai (1141-1215), un moine japonais de la secte Tendai, étudia en Chine le Chan et fonda la première secte zen au Japon en 1191, la secte Rinzai. Elle est basée sur la pratique des koan*, la méditation et l’étude pour atteindre l’illumination (Satori qui signifie en réalité « compréhension » globale). Elle est liée aux arts martiaux.

Quelques années plus tard, un disciple d’Eisai, Dôgen (1200-1253) fonde la deuxième secte zen en 1227, la secte Soto. Dans la secte Soto, l’illumination est progressive et se fait au bout de nombreuse méditations.

– Précisons ici que le japon est traversé par de multiples guerres intestines entres Clans et les rébellions répétées –

Prochainement insha Allah, le christianisme au pays du soleil levant…

* Takezō Shimmen, de son véritable nom, (Miyamoto étant le nom de son village de naissance et Musashi, une autre façon de lire les idéogrammes écrivant Takezō) ; samouraï invaincu par une vie de combats, maître d’armes, il a influencé un grands nombres de disciples (jusqu’à n nos jours). A l’âge de 60 ans (et cela quelque mois avant sa mort) il se retire dans une grotte pour méditer et rédige à l’intention de ses disciples l’œuvre majeure de sa vie : « Gorin no shō » qui ce traduit : « le Traité des Cinq Roues » – texte lumineux sur l’essence des arts martiaux et le secret d’une stratégie victorieuse qui transcende la violence et devient art de vivre et d’agir…. La légende de Miyamoto Musashi est tellement ancrée dans l’histoire du Japon que plus de 7 films différents retracent sa vie, ainsi que des pièces de théâtre.

« La Pierre et le Sabre » best seller international d’Eiji Yoshikawa, raconte la vie de ce guerrier hors du commun. Mais le véritable tournent est avec Musashi (pour la Toho) lance une production de grand luxe qu’elle confie à Hiroshi Inagaki. Tournée en couleurs, cette trilogie formée de La légende de Musashi, Duel à Ichijoji et La Voie de la Lumière, reprend fidèlement l’œuvre de Yoshikawa. La distribution est dominée par l’acteur fétiche de Kurosawa, Toshiro Mifune qui campe Musashi avec sa puissance et son charisme coutumier. La trilogie Musashi La Pierre & le Sabre a remporté l’Oscar 1956 du Meilleur Film Étranger.

* Le terme shogun (ou shogoun), vient du japonais shōgun, qui signifie « général ». Le terme original est Seii Tai Shōgun, qui veut dire « grand général pacificateur des barbares ». Cependant, il est à noter qu’après Minamoto no Yoritomo, ce terme devint un titre héréditaire de la lignée Minamoto, il avait dès lors pour sens le dirigeant de facto du Japon (un peu comme un dictateur militaire), alors même que l’empereur restait lui le dirigeant de jure (en quelque sorte le gardien des traditions). Le titre de Seii Tai Shogun fut par la suite abandonné lors de la constitution au XIX siècle de la noblesse japonaise.

* Zazen se défini par la posture de méditation assise de la pratique du Bouddhisme zen, particulièrement des écoles Soto et Rinzai qui sont les plus connues en Occident. Elle est présentée comme la posture qu’aurait utilisée Bouddha pendant ses méditations. Zazen est associé à dhyana dans le yoga, et au chan chinois.

* Un kōan ( transcription du japonais, la prononciation japonaise est « on’yom »i, qui vient lui même du terme chinois « pinyin » : gōng’àn, qui veut dire littéralement « arrêt faisant jurisprudence ») ou koan est une courte phrase ou une brève anecdote absurde, énigmatique ou paradoxale, ne sollicitant pas la logique ordinaire, utilisée dans certaines écoles du bouddhisme chan (appelé son en Corée, zen au Japon ou Thien au Viet Nam).