Au pays du soleil levant (aperçu de la pensée religieuse nippone) : L’Islam

Suite et fin de l’aperçu de la pensée religieuse au Japon proposé par le Dr Mansour. Cet essai nous parle aujourd’hui de l’arrivée au pays du soleil levant de la dernière religion monothéiste révélée… L’Islam.

(Umar Mita traducteur japonais du Saint Coran)

La pénétration de l’Islam au Japon est un phénomène assez récent par rapport à d’autres pays asiatiques.

L’Islam est venu par la Chine continentale au cours des siècles précédents. Plus tard, il a été introduit en Inde et en Indonésie. Mais sa marche vers le nord fut freiné par la colonisation espagnole des Philippines dans le 15ème siècle. Le Japon d’autre part, comme nous l’avons déjà vu, a été un pays bouddhiste.

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Il n’y a pas de sources clairs sur les premiers contacts du Japon avec l’Islam, ni de véritables traces historiques de la propagation de la religion de toute sorte, sauf pour quelques cas isolés de contact entre l’individu Japonais et les musulmans d’autres pays avant 1868. On sait qu’il existe, depuis la fin du XIXème siècle, des relations entre certains pays musulmans (principalement la Turquie, des pays d’Asie et l’Inde…) et le Japon, l’ouverture du pays et la soif de connaissances des Japonais ne se limitant pas aux seuls pays occidentaux.

C’est en 1877, avec la traduction de la Sîra du Prophète Muhammad (Paix et bénédictions sur lui), que les Japonais appréhendent l’Islam comme faisant partie intégrante de la pensée religieuse occidentale, au premier abord.

Ce qui va contribuer à ce que l’Islam trouve une place dans l’imaginaire intellectuel et culturel du peuple Japonais, mais seulement une connaissance et une partie de l’histoire des cultures qui sont agrégées à l’Islam (Chine, Inde, Turque …).

Bien qu’il y ait eu quelques musulmans dans les temps anciens, les premiers musulmans de l‘ère récente qui sont arrivés au Japon étaient des Malais qui servaient comme navigateurs sur les navires britanniques et néerlandais à la fin du 19ème siècle.

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C’est en 1890, que le contact le plus important fut établi, lorsque les Ottomans ont dépêché un navire de guerre en direction du Japon dans le but d’établir des relations diplomatiques entre les deux pays. Ce navire appelé « Ertughrul» a chaviré lors d’une tempête le 16 septembre 1890 lors de son retour avec près de 609 personnes à bord, 540 d’entre eux se sont noyés.

Parmi Les premiers Japonais à avoir effectué le pèlerinage à La Mecque, on trouve une certain Omar Kôtarô Yamaoka, en 1909. La sincérité de sa foi est cependant questionnable, Omar était probablement un agent du gouvernement japonais chargé de nouer des contacts avec le puissant Empire ottoman dans l’optique de développer ce pan-asianisme qui obsédait le Japon depuis la fin du XIXème s.

C’est d’ailleurs selon cette même politique de création de liens avec des pays non occidentaux contre les grands empires coloniaux, chrétiens, qu’il faut comprendre la construction des deux premières mosquées japonaises (Kôbe, 1935 ; Tôkyô, 1938), au plus fort de l’activité impérialiste japonaise, et sous la pression de la « Ligue musulmane du Grand Japon », fondée en 1930 par les milieux de l’ultra-droite. L’époque marque un certain « boom » des études sur l’Islam (la première traduction du Coran en japonais date de 1920).

Parallèlement à cette découverte de l’Islam pour raisons politiques, on peut retrouver la trace de conversion d’intellectuels japonais à un Islam savant et littéraire, parfois par le biais de la Chine. Ceci n’a cependant jamais pris la forme d’un phénomène de masse (le second hajj effectué par un Japonais aurait eu lieu en 1923, soit 14 ans après le premier).

Les premiers Japonais musulmans réellement attesté sont Mitsutaro Takaoka c’est en 1909 qu’il se convertit et prit le nom de Omar Kôtarô Yamaoka après avoir fait le pèlerinage à la Mecque et Bumpachiro Ariga, qui à la même époque était en Inde pour de raisons commerciales, se convertit à l’Islam par les contacts des commerçants musulmans locaux et par la suite il a pris le nom Ahmad Ariga.

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Cependant, des études récentes ont révélé qu’un autre japonais du nom de Torajiro Yamada était probablement le premier musulman Japonais qui ait visité la Turquie, hors de la sympathie pour ceux qui sont morts à la suite de l’épave du «Ertugrul ». Il se convertit à l’Islam, et prit le nom Abdul Khalil et probablement fait pèlerinage à La Mecque.

La vraie vie de la communauté musulmane n’a toutefois pas commencé avant l’arrivée de plusieurs centaines de turkmène, ouzbek, tadjik, kirghize, kazakhe et d’autres réfugiés turco-tatares de l’Asie centrale et de la Russie dans le sillage de la révolution bolchevique durant la Première Guerre mondiale.

Ces musulmans qui ont donné asile au Japon s’installent dans plusieurs grandes villes à travers le pays et ont formé de petites communautés musulmanes. Un certain nombre de Japonais se convertissent à l’Islam à travers le contact avec ces musulmans.

Avec la formation de ces petites communautés musulmanes plusieurs mosquées ont été construites, les plus importantes d’entre elles étant la mosquée de Kobe construit en 1935 (qui est la seule mosquée restante au Japon de nos jours) et la Mosquée de Tokyo construit en 1938.

Il faut souligner une chose, c’est que le poids des musulmans japonais ressenti dans la construction de ces mosquées et très minime, de plus il y a eu peu de Japonais jusqu’à présent qui aient joué le rôle d‘imam dans une mosquée

Pendant la Seconde Guerre mondiale, un phénomène de « Boom Islamique » a pu émerger et cela grâce à l’action de l‘armée gouvernementale à travers des organisations et des centres de recherche sur l’Islam et du monde musulman.

Il est dit que pendant cette période plus de 100 livres et revues sur l’Islam ont été publiés au Japon.

Cependant, là aussi une chose est à souligner, ces organisations ou centres de recherche n’étaient malheureusement pas contrôlés ou gérés par des musulmans.

Le but en fait n’était pas la propagation de l’Islam ou une envie de faire connaître au peuple cette religion. Non, le seul but était de donner aux militaires les moyens d’être mieux équipés en ce qui concerne les questions liés à l’Islam et les musulmans. Ces connaissances sur l’Islam et les musulmans étaient nécessaires pour le gouvernement japonais car il y avait d’importantes communautés musulmanes dans les zones occupées en Chine et en Asie du Sud-Est par l’armée japonaise. En conséquence, avec la fin de la guerre en 1945, ces organisations et centres de recherche ont rapidement disparu puisqu’ils n’étaient plus nécessaires d’un point de vue stratégique.

Remarque importante, on retrouve bon nombre de convertit dans les familles descendantes de samouraïs et des dignitaires des anciens Clans guerriers… Ils serviront durant la Guerre du Pacifique (1941-1945)… Beaucoup d’entre eux étaient et sont encore nationalistes et pro Impérial…

Un autre « Boom Islamique » a été mis en mouvement cette fois dans l’ombre du « Boom arabe » après le « choc pétrolier » en 1973. Les médias japonais ont donné grande publicité pour le monde musulman en général et le monde arabe en particulier après le rapprochement économique et politique d’importance, ainsi que des investissements de ces pays.

Avec ce rapprochement, on a vu la multiplication des expositions (depuis les années 1980-1990), des publications et des conférences. Delà beaucoup de Japonais, qui n’avaient aucune idée de ce qu’était l’Islam ont eu la chance de voir et connaitre l’histoire et le rituel du Hadj à La Mecque et entendre l’Adhan (l’appel à la prière) et des récitations coraniques.

A côté de nombreuses conversions sincères à l’Islam, il y avait aussi des conversions de masse qui se seraient élevés à plusieurs dizaines de milliers de conversions qui ont eu lieu au cours de cette même période. Et on verra beaucoup de ses convertis sur le devant de la scène artistique, intellectuel et sociale (association de bienfaisance), quasi inexistant sur le plan politique. Aujourd’hui, le gouvernement japonais chouchoute sa population musulmane et a pour objectif de devenir le premier pays asiatique en ce qui concerne le tourisme Halal.

Lire les articles en lien avec le tourisme Halal japonais : http://tousensemblepouravancer.com/les-nippons-investissent-dans-le-marche-du-halal/

http://tousensemblepouravancer.com/le-japon-continue-de-miser-sur-le-tourisme-halal/

http://tousensemblepouravancer.com/japon-des-universites-proposent-des-repas-halal-a-leurs-etudiants/

Famille musulmane japonnaise

Bibliographie :

Jean Herbert (1897-1980) spécialiste de l’Inde et de l’indouisme

« Aux Sources du Japon: Le Shintô », Albin Michel, 1964

« Les Dieux nationaux du Japon », Albin Michel, 1965

« Dieux et sectes populaires du Japon », Albin Michel, 1967

« La religion d’Okinawa », Editions Dervy Livres, 1980

René Sieffert (1923-2004) – Specialiste du Japon et Traducteur de nombreux textes et ouvrages japonais

« Les Religions du Japon » 1968

Divers traduction : 1960 : Zeami. La Tradition secrète du Nô ; Une journée de Nô / 1970 : Les Belles endormies de Yasunari Kawabata / 1975 : Poèmes d’amour du Manyô-shû / 1976 : Chants de palefreniers / 1976 : Le Cycle épique des Taïra et des Minamoto….

Hartmut O. Rotermund, né en 1939 fondateur (dans les années 1970) du Centre d’études sur les religions et traditions populaires au Japon et développe une approche anthropologique de l’étude des religions japonaises à Paris

« Die Yamabushi : Aspekte ihres Glaubens, Lebens und ihrer sozialen Funktion im japanischen Mittelalte  » : que l’on peu traduire : « Le Yamabushi: aspects de leur foi, la vie et ses fonctions sociales en japonais médiéval « Kommissionsverlag Cram », de Gruyter, 1968

« Religions, croyances et traditions populaires du Japon. 1 : Aux temps où arbres et plantes disaient des choses » Maisonneuve et Larose 1988

Jean-Pierre Berthon, chercheur au CNRS, Centre de recherches sur le Japon (EHESS), Paris

Religions, croyances et traditions populaires du Japon. (sous la dir. de Hartmut O. Rotermund), Paris, Maisonneuve & Larose, 2000, 540 p. [présentations, traductions et commentaires de textes]

« Religion et politique sous l’ère Meiji : l’exemple des nouveaux mouvements religieux ». Regards et discours européens sur le Japon et l’Inde au XIXe siècle, sous la dir. de Bernadette Lemoine. Presses universitaires de Limoges, 2000 (Chapitre p. 103-115).

« Omoto essai d’analyse d’une « nouvelle religion » japonaise » ; sous la direction de Hartmut O. Rotermund, 1983

L’Homme (la revue d’anthropologie) N° 117de 1991(revue créée en 1961 par Claude Lévi-Strauss…)

Mieko MACE (chercheuse en Études d’Extrême-Orient, épistémologiste, historienne des sciences…)

« Dossier épistémologie in Daruma no 4″ dans la revue du Département de Japonais de l’Université de Toulouse-le Mirail 1998

« Le Japon d’Edo », coll. « Guides des Belles Lettres des Civilisations », 2006, En collaboration avec F. Macé – Paris, Les Belles Lettres. En 2006, 2e édition , 2009..

Anne CHENG « Histoire de la pensée chinoise », édition Seuil St Amand, 1997

Patrick CARRé « Le Soûtra de l’Estrade du Sixième Patriarche Houei-neng » dans la collection : Points, Sagesse; au Seuil, 1995.

Heinrich DUMOULIN « Zen Buddhism: A History ; 2 vol. » Nanzan Studies in Religion and Culture. New York, Macmilan Publishing Company, 1988-1990.

Catherine TOULSALY « Sûtra de la plate-forme » Paris, Librairie You Feng, 1992

Philip YAMPOLSKY « The Platform Sutra of the Sixth Patriarch » . New York, Columbia University Press, 1967

Lynne Y. Nakano, « Marriages lead women into Islam in Japan », Japan Times Newspaper, 19 nov. 1992

Michael Penn, « Islam in Japan »

hhtp://www.asiaquarterly.com/content/view/168/om/women/women_japan.htm

http://www.themodernreligion.c http