Au pays du soleil levant (aperçu de la pensée religieuse nippone)

Le Japon* est un pays qui fascine et intrigue sur bien des aspects. Plus connu par le biais de ses arts martiaux, ses guerriers(samouraïs, sa culture (cinéma et manga tant animé qu’écrit) et tous les clichés qui vont avec ; les yakuzas (mafia japonaise ; qui rappelons-le est une institution qui concentre et canalise la criminalité…), le coté spirituel est cependant, soit méconnu voire ignoré….

Comme on le sait, le Bouddhisme fait son apparition dans le Nord de l’Inde, un demi-millénaire avant la venue de Jésus-Christ. (voir ici)

« Ce Bouddhisme qui connaîtra des interprétations multiples avec son passage au Tibet puis au Ier siècle Ap. J.C., va susciter une exceptionnelle entreprise de traduction«  (CHENG Anne, « Histoire de la pensée chinoise » Pages 238 à 398).

C’est vers 540 A.p. J.C. (la date varie entre 538 et 552), que le roi de Kudara (du royaume de Paikche en Corée) envoya au souverain du Yamato (alors établi à Asuka, dans la préfecture actuelle de Nara) une missive dans laquelle il exposait l’excellence des principes du bouddhisme et demandait de l’aide contre le royaume rival, le royaume de Silla. Accompagné de cette lettre, c’est toute une délégation de lettrés et de religieux bouddhistes charger de plusieurs présents : plusieurs rouleaux des Saintes Écritures (rédigées en chinois), une image en bronze du Bouddha (d’autres en bois), des bannières et divers objets précieux et de culte…

Ainsi, le bouddhisme marque sa première présence officielle, dans les îles japonaises en ces premiers temps…

En fait, il est probable que des bribes de cette doctrine philosophique y avaient fait leur apparition bien avant cette date, apportées par des réfugiés coréens et des Japonais revenus, et/ou fouillant des troubles, du protectorat sur l’État de Mimana en Corée. Mais par manquant de soutien officiel, cette nouvelle « religion » n’a pu se propager et ne comptait que fort peu de fidèles en 538 A.p. J.C.

*Japon viendrait du portugais « Cipango » qui lui même viendrait du chinois jypen khoue !

Dans « Cipango«  on reconnait le « guo«  chinois pour pays. Quand à « Cipan » qui est surment dérivé directement du japonais. – Cipango… nom donné par le Moyen-Age occidental au Japon… on l’apprend en Hérédia « les conquérants »

Quant à l’adjectif « nippon », il provient tout simplement du japonais « Ni-hon » (qui signifie « L’Origine du Soleil » qui donnera Pays du « Soleil Levant ».

Une des prononciations de 日本). venant du mandarin (le pinyin, plus précisément) ce qui donne : 日本 = riben, qui se proche de la prononciation arabe « Haïbène » اليابان.

« mi o sutetemo myori wa sutezu« 

« Même si tu dois te sacrifier, tu ne dois pas oublier ton honneur »

Miyamoto Musashi(a) (1584 Ap Jc – 1645 Ap. JC)

Pochette de disque instrumental hiphop japonais.

Avant de voir l’Islam au Pays du Soleil Levant, le Dr Mansour nous propose de nous pencher sur l’évolution de la pensée et vie religieuse, au sens large ici, de la spiritualité liée à la nature, passant par le culte des ancêtres à la pénétration et intégration des religions monothéistes

« La Voie des dieux »

Le shintô, littéralement « La Voie des dieux », est souvent présenté comme la religion primitive du Japon. Si cette affirmation doit être discutée, on peut en tout cas dire, qu’à l’instar de l’hindouisme pour l’Inde, le shintô a, par les formes qu’il a développées (architecture, musique, liturgie, littérature, vestimentaire …), eu peu d’empressement à se répandre au-delà de certaines frontières (exception faite durant la période coloniale – le Japon comme puissance coloniale -, où le Shintô fut utilisé comme moyen de justifier et d’asseoir le pouvoir et le culte de l’empereur y compris chez ses sujets les plus lointains, comme à Taiwan…). Le Shintô apparaît d’ailleurs, sur un portique rouge sur fond de Mont Fuji, dans tous les albums de cartes postales comme ce que le Japon a de plus exotique.

Pourtant le shintô, comme tout autre phénomène social, a connu une longue histoire, faite de développements contradictoires et de réactions suscitées par les religions arrivant du continent sur l’archipel, en premier lieu le bouddhisme.

L’étiquette -plutôt commode- du Shintô, bien que tardive, est donc d’appliquer à une réalité multiple qui conteste la vision simpliste dun Shintô comme religion nationale des Japonais. – C’est pourtant ce que veulent faire croire certains des quelques rares livres qui existent sur la question en Français. On évitera soigneusement les spéculations, sur ce sujet, de Jean Herbert ; pour préférer les synthèses proposées par René Sieffert, Hartmut Rotermund, ou même les analyses de Jean-Pierre Berthon.

On va s’attarder un peu, afin de préciser quelques points, sur ce que l’on nomme les périodes du Shintô :

1 : Le « Shintô primitif », est une sorte de grand sac dans lequel, des spécialistes et autres vulgarisateurs fourguent toutes les pratiques religieuses d’avant l’histoire (soit antérieur au VIe s.) que l’archéologie et quelques textes (principalement de sources chinoises) nous laissent deviner ;

2 : Le « Shintô des mythes », qui concerne la représentation du monde (cosmogonie) et se dévoile dans la saga divine (les Recueil des choses anciennes, « Kojiki » (b)) écrite par certaines élites japonaises du début du VIIIe s. L’affirmation de ce récit synthétisait « les croyances des Japonais » est biaisée, rappelons ici trois réalités infirmant tout cela;

  • Il faut prendre en compte que les rédacteurs du Kojiki étaient animés par le souci de préserver un savoir menacé, de façon directe par l’introduction de la culture chinoise.
  • Tout cela en utilisant, non seulement l’écriture, mais aussi un certain nombre de concepts empruntés à la culture continentale dont ils craignaient le déferlement. Ce qui met en doute l’authenticité des propos de cet écrit. Il est bon de rappeler ensuite que le Kojiki a été très peu, pour ne pas dire quasiment pas, lu avant le 17e siècle. Les élites japonaises se formaient sur d’autres textes, et le shintô se développait sur d’autres bases que ce grand recueil mythique….
  • Ce qui est révélateur, c’est qu’en prenant de nombreuses études plus approfondies (par des épigraphistes et ethnologues), en récoltant les contes, légendes et mythes (écrites et orales) racontées dans les villages, on se rend compte que le Kojiki avait finalement eu très peu d’impact sur les croyances et les connaissances locales avant l’époque moderne.

3 : Le « Shintô folklorique », composé principalement de pratiques rurales toujours très vivantes jusqu’au début des années 1970, et encore dans les campagnes… S’accompagnant au rythme des saisons et soucieuses de la fécondité des sols, des fonds marins, et du ventre des femmes. On a souvent voulu expliquer ces coutumes comme venant directement du shintô primitif (postulant, de façon à la limite du péjoratif, que les paysans étaient la version contemporaine des hommes de la préhistoire Nipponne)… Mais il n’en est rien, du fait des grandes ruptures dans les systèmes de pensée religieux et qu’ils s’imbriquent dans des réalités religieuses et spirituelles très différentes.

4 : Le « Shintô des écoles », composé d’enseignements syncrétiques propres à un maître fondant école, qui se développèrent surtout entre le XVe et le XIXe s.

5 : Le « shintô des sanctuaires », centré sur un culte lié à un grand bâtiment religieux (dès le XIVe s., le Japon est sillonné de missionnaires vantant la force magique de la divinité vénérée dans leur sanctuaire).

6 : Le Shintô propre aux rites impériaux enfin, dont Macé (1992) nous apprend qu’ils ont pu être à différents moments de l’histoire japonaise objets de réinventions subtiles.

On s’aperçoit que le Shintô est un ensemble d’éléments qui ne sont associés que parce qu’ils se sont développés, sur un même territoire, avant ou en réaction au Bouddhisme, au christianisme… Proposer une définition du Shintô avec toutes ses diversités, s’avère difficile et très peu aisé.

Même, s’il est vrai, que l’étiquette s’applique aujourd’hui (depuis plus d’un siècle), à une série de lieux, de rites et de réflexes que tout Japonais saisit comme particulier à sa propre culture.

On pourrait juste faire les remarques suivantes :

Étant, en quelque sorte, une forme de polythéisme inclusif (ce que l’on retrouve dans la religion romaine antique et le culte des ancêtres dans diverses cultures…), les shintô acceptent, et de façon diversifier et en rationalisant, la perception de tout phénomène naturel remarquable (montagne nourricière – mont Fuji et ses glaces éternels qui apporte ses eaux aux lacs et rivières-, les grands arbres, rochers de forme particulière, cascades, tempêtes violentes…), ou de tout être exceptionnel (homme vertueux, saint, héros, ancêtre), comme étant qu’entité pouvant être consacrée, ou recevoir une vénération voire même un rituel ; … Une grande richesse –même si elles restent rares- des spéculations métaphysiques, les pratiques mystiques (méditation…) sont faites avec une grande attention, l’établissement de textes canoniques, et d’exégèse ; avec un soin accordé aux rites (exemple le Chanayu : cérémonie du thé…), à leur déroulement, à leur inscription dans un calendrier et des lieux précis. Dans les pratiques rituelles, l’accent est mis sur l’impureté et sa gestion, donc sur la purification (bain rituel, grand lavage…) et les évitements (les « tabous ») sont très forts.

Dans la suite prochainement, insha Allah, le Bouddhisme au Japon….