Barricadés : Des Rohingya(s) luttent afin de survivre (Témoignage)

Les résidents se tiennent à l'entrée d'Aung Mingalar, où vivent un quart des Rohingya (s) de Sittwe, la capitale de l'État de Rakhine, dans l'ouest du Myanmar. (Photo de Anthony KUHN / NPR)

Habibullah est un musulman Rohingya, qui vit avec sa famille dans une maison en bois à Sittwe, la capitale de l'Etat Rakhine de l'ouest du Myanmar. Comme tous les Rohingya, il est officiellement considéré comme apatride.

Habibullah avec son fils de 4 ans
Habibullah avec son fils de 4 ans

A 46 ans, ce père de famille, est plus chanceux que bon nombre de Rohingya(s). Il n'a pas rejoint les milliers de Rohingya(s) fuyant à l'étranger dans des embarcations de fortune plutôt cette année.

Lui et sa famille n'ont pas été non plus forcés de rester dans des camps d'internement sinistres dans l'État de Rakhine, comme des milliers d'autres Rohingyas dans le sillage des violences communautaires entre Rohingyas et bouddhistes dans l'État de Rakhine en 2012 .

Mais cela ne signifie pas que les choses sont faciles bien au contraire… Habibullah, qui utilise un seul nom, se bat pour survivre dans Aung Mingalar, un ghetto Rohingya.

Tous, sauf 4000 des 15.000 résidents du quartier, qui ont fui pour la plupart ou ont été contraints de se déplacer vers des camps après les violences de 2012.

L'enclave est isolée du reste de la ville par des barricades couvertes de barbelés, et elle est gardée par les forces de sécurité de l'armée.

« C'est comme dans une prison sans murs« , explique Habibullah. « Au lieu de murs, il y a des postes de contrôle de la police« .

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Limitation des mouvements

Migrations des réfugiés Rohingyas

La situation de Habibullah et de ces semblables sont des exemples pour comprendre la récente crise des « boat people » en Asie du Sud-Est.

Le sort des Rohingya(s) a touché l'ensemble de la région et attiré l'attention internationale sur les tensions « ethnico-religieuses » qui sont alimentées par le pouvoir militaire du Myanmar, ce dernier s'en sert comme prétexte afin d'expliquer et de justifier les difficultés et les efforts pour mettre en place les réformes démocratiques.

Habibullah qui vit dans un camp à l'extérieur de Sittwe, souffre de diabète, mais le gouvernement ne permet pas aux Rohingya(s) de se rendre dans les hôpitaux de Sittwe. Ce qui oblige Habibullah à faire près de 4 miles (soit près de 6,47 KM) – dans un camion de la police, sous escorte armée – de Aung Mingalar au camp de Depaing afin d'obtenir des soins médicaux rudimentaires et vitales dans une clinique du gouvernement.

Les moussons de l'été ont transformé le camp en une mer de boue, sans compter les problèmes d'infiltrations d'eau dans les huttes en bambou et en toit de chaume. Du fait des intempéries, les chemins et les routes sont escamotés, le trajet est difficile et long…

Après avoir été vu par un médecin dans le camp, Habibullah met son nom sur une liste afin de rentrer chez lui à Aung Mingalar. Puis il embarque dans un camion plein d'autres Rohingya(s), qui sont de nouveau escortés dans ce « ghetto » par la police.

Le camion arrive sous une pluie battante et les résidents déchargent le bambou, des produits alimentaires et autres fournitures apportées dans ce camp d'internement.

Des résidents Rohingya déchargent bambou et des fournitures à partir d'un camion de la police de Aung Mingalar
Les résidents Rohingya(s) déchargent bambou et des fournitures à partir d'un camion de la police de Aung Mingalar (Photo de Anthony KUHN / NPR)

Aung Mingalar n'est pas très prospère, mais on y trouve des bâtiments en de brique, en béton et en bois qui sont certainement plus solides que les huttes au toit de chaume.

Habibullah de retour dans sa maison, qui est décorée avec des photos de La Mecque et du Taj Mahal, vit avec les membres de sa famille depuis près d'une douzaine d'années.

Habibullah vivait en vendant du poisson séché près de la frontière avec le Bangladesh, mais ça c'était avant……

Pendant les violences de 2012, il a perdu son entreprise. Tout son stock de poisson a fini par pourrir dans un entrepôt. Depuis, Il est au « chômage ».

Son frère, lui aussi est au chômage. Il possédait un magasin d'épices dans le bazar local, explique Habibullah. Mais en 2012, la police a confisqué (fermés ou saisis) tous les étals et boutiques appartenant aux Rohingya (s).

Maintenant, Habibullah et sa famille ont du mal à survivre avec les petites rations quotidiennes que le gouvernement leur fournit – une boîte de 16 onces (soit prés de 453 grammes) de riz par personne et par jour. Les autres denrées alimentaires étant rarement amenées dans ces camps.

Les résidents d'Aung Mingalar ne sont pas considérés comme des personnes déplacées, de sorte qu'ils reçoivent beaucoup moins d'aide alimentaire que les Rohingya(s) dans d'autres camps.

Habibullah s'inquiète au sujet de l'état de santé de son fils de 4 ans, Mohamed Harris, qui a de la fièvre depuis presque un mois.

« Il ne reçoit pas un bon traitement médical et il est mal nourri » dit-il.

« Il est devenu faible, et maintenant il est incapable de marcher« 

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Retour à Aung Mingalar, Habibullah berce son fils fiévreux. Aussi mauvaise qu'est la situation ici, il dit qu'il se sent chanceux d'être dans sa maison – et non dans un camp fermé.

Il dit qu'il est important pour les Rohingya(s) de s'accrocher, pour montrer qu'ils ont le droit de vivre dans ce pays. Ils sont nés et ont grandi ici, et ont vécu ici depuis des centaines de générations. Et il est important pour la Oumma de continuer à parler de leur situation. Il est important pour nous de partager toutes informations les concernant. Il est important de soutenir les actions des collectifs qui s'occupent sans relâche de leur situation comme le fait le Collectif Hameb que vous pouvez soutenir sur leur site ou sur leurs médias sociaux.

« Nous ne pourrons jamais partir…, » dit-il résolument, « peu importe ce que nous faisons face à des problèmes, notamment le manque de nourriture. Si Allah le veut, ceux qui ont dû quitter seront en mesure de revenir chez eux.« 

Il demande aux fidèles de prier pour que ses voisins puissent bientôt revenir à la maison.

Les limites de l'homme, les craintes d'un « Djihad » défensif

Marchez pendant quelques minutes dans n'importe quelles directions dans ce ghetto, et vous arriverez face à un homme – faisant limite – et des barrières métalliques surveillées par la police et les soldats.

Alors que les « bouddhistes » du Rakhine sont autorisés à faire du commerce, même avec des Rohingya(s), les journalistes étrangers et les ONG doivent faire la demande d'une autorisation pour entrer. Mais les Rohingya(s) ne sont guère autorisés à quitter les camps, et ils ne peuvent travailler sans autorisations préalables.

Le gouvernement du Myanmar insiste sur la présence des forces de sécurité, qui est nécessaire parce que, pour l'instant, les Rohingya(s) et le reste de la population de Rakhine ne peuvent pas vivre ensemble dans la paix.

Une boutique dans une rue du marché dans le camp Depaing à l'extérieur de la ville de Sittwe.
Une boutique dans une rue du marché dans le camp Depaing à l'extérieur de la ville de Sittwe. (Photo de Anthony KUHN / NPR)

Ce gouvernement nie toutes les accusations – qui sont des réalités factuelles – par des associations et organisations des droits de l'homme, concernant le nettoyage ethnique contre les Rohingya(s). Se targuant de fournir une assistance humanitaire aux Rohingya(s) en coopération avec les organisations internationales non gouvernementales.

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Tin Maung Swe, secrétaire exécutif du gouvernement de l'État de Rakhine, affirme que le gouvernement voudrait permettre la réinstallation des Rohingya(s) qui vivent actuellement dans des camps, dans de nouveaux foyers. Pour l'instant, il a expliqué que les déplacements des Rohingya(s) restent restreints, mais le gouvernement les aides à se déplacer.

« S'ils veulent aller en ville, nous avons organisé – un aller et retour – en véhicule tous les jours » affirme-t-il lors d'une interview dans son bureau de Sittwe.

« Ils peuvent aller avec cette voiture. En cas d'urgence, s'ils le veulent, à l'hôpital, à Yangon ou à d'autres endroits…« 

A lire : Les Rohingyas en exil rencontrent la faim et la mort

Des communautés musulmanes à travers l'Asie ont exprimé leur sympathie et leur indignation à propos de la situation des Rohingya(s).

Des partis politiques « islamiques » et des groupes civiques en Indonésie et en Malaisie ont appelé leurs gouvernements respectifs à accorder refuge aux « boats peoples ».

Plus significative, une situation dont nous avions déjà fait mention dans un article, et qui est passée quasi inaperçu, des « talibans » pakistanais ont encouragé les Rohingya(s) à se battre contre leurs oppresseurs – un « Djihad » défensif – .

Abdul Hakim, un imam de la mosquée, qui est à côté de la maison de Habibullah, s'inquiète que certains Rohingya(s) pourrait prendre ce conseil au sérieux. Trop de souffrances, prévient-il, pourraient pousser des jeunes Rohingya(s), ne supportant plus les injustices, à envisager le « djihad ».

« Un « Djihad » exigerait une idéologie radicale et une aide étrangère, » explique-t-il prudemment, en ayant peur que les injustices subites par son peuple, soient récupérées par des forces extérieures. « Mais si nous avions de quoi nous défendre face au gouvernement du Myanmar qui cherche à nous détruire. Nous n'hésiterions pas à utiliser le mot « Djihad »« .

Ne les oublions pas…..

Sources : Reuters, Associated Press, Washington Post, BBC, Burma News International..