Bilal Ibn Rabah : « Mon corps et mon âme appartiennent à Allah »

     

Quand on citait le nom d’Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) devant Oumar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée), celui-ci disait: «Abou Bakr est notre maître, qui a libéré notre maître.» Il visait Bilal (qu’Allah l’agrée).

Mais Bilal (qu’Allah l’agrée) ne prêtait pas beaucoup d’attention aux éloges qu’on lui adressait. Il baissait les yeux, en disant humblement: «Je suis plutôt un Abyssinien… J’étais un esclave…». Cet ancien esclave noir, svelte mais grand, aux cheveux crépus et aux petites épaules, qui est-il?

Bilal (qu’Allah l’agrée) était un esclave qui s’occupait du bétail de son seigneur, pour quelques poignées de dattes. Si ce n’était sa foi en l’Islam, il aurait traversé le temps en inconnu. La couleur de sa peau, sa condition sociale ne l’ont pas empêché d’occuper un rang très élevé parmi les musulmans.

Lui, le dépossédé de tout, le fils d’une esclave, on le croyait incapable de la toute petite chose. Mais voilà qu’il osa et embrassa l’Islam. Il eut une foi inébranlable, devant laquelle se brisèrent toutes les tentatives de dissuasion.

Il subissait la vie d’esclave. Des jours se ressemblaient. Il n’avait aucun droit et il n’avait aucun espoir en un possible lendemain différent. Puis, voilà qu’on parla de Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) devant lui. Les Mecquois, y compris Oumaya ibn Khalaf, ne cachaient pas leur sentiment envers Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui), et ils l’exprimaient clairement, tandis que Bilal (qu’Allah l’agrée) écoutait.

Ils reconnaissaient bien l’intégrité de Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui), discutaient de la nouvelle religion mais la rejetaient ensuite. Ils disaient que Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) n’était ni menteur, ni sorcier, ni fou. Cependant, ils avaient peur pour la religion de leurs ancêtres et craignaient que la Mecque perdrait son rôle religieux prépondérant en Arabie.

Dans ces conditions-là, Bilal (qu’Allah l’agrée) eut le cœur ouvert à la lumière divine et il alla au Messager de Dieu (paix et bénédiction d’Allah sur lui) annoncer sa conversion à l’Islam. Mais la nouvelle ne tarda pas à faire le tour de la cité. Son maître Oumaya vit en cela un affront qu’il fallait effacer à tout prix, et vite.

Mais Bilal (qu’Allah l’agrée) était convaincu et résolu. Il ne céda pas, il résista à toutes les tortures.

Dieu l’avait choisi comme exemple pour peut-être dire aux humains que la couleur de la peau et la condition d’esclave n’entament nullement la grandeur de l’âme croyante. La liberté de conscience ne peut s’acheter. Bilal (qu’Allah l’agrée) l’avait démontré par sa résistance à tous les supplices.

On le faisait sortir chaque jour, au soleil de midi, pour le jeter sur le sable brûlant et le laisser souffrir sous le poids insupportable d’un rocher très chaud. Ses tortionnaires voulaient le détourner de sa foi tandis que lui voulait être musulman. Comme sa situation de supplicié durait, on lui proposa de dire un mot de bien, un tout petit mot en faveur de leurs dieux, pour faire cesser son supplice.

Même ce petit mot, Bilal (qu’Allah l’agrée) ne la prononça pas, lui qui pouvait le dire de façon superficielle, sans perdre sa foi, afin d’être soulagé. Oui, il refusa de le dire et se mit à répéter son chant éternel: Ahadoun, Ahadoun (II est l’unique, Il est l’unique).

Ses tortionnaires lui disaient: «Dis ce que nous disons.» Mais lui leur disait: «Ma langue ne sait pas bien dire cela».

Les sévices reprenaient alors de plus belle jusqu’à l’après-midi. A ce moment-là, on enlevait le rocher de sa poitrine, on lui mettait une corde au cou et on le laissait à la merci de leurs garçons, qui le faisaient courir dans les rues de la Mecque et sur les montagnes.

A la nuit tombée, ses bourreaux lui disaient: «Demain, dis du bien de nos dieux; dis que tes seigneurs sont al-Lat et al-Ouzza et nous laissons…» Mais Bilal (qu’Allah l’agrée) rejetait sereinement ce marchandage par la reprise de son chant. Sur ce, Oumaya ibn Khalaf explosait de colère et de haine: «Par al-Lat et al-Ouzza tu vas voir. Tu seras un exemple pour les esclaves et pour les maîtres».

Et le lendemain, à midi, les bourreaux conduisaient Bilal (qu’Allah l’agrée) à la place de la veille, sans savoir qu’il était armé de patience et de résolution. 

Puis, un jour, Abu Bakr as-Siddiq (qu’Allah l’agrée) alla à cet endroit, pour leur dire: «Allez vous tuer un homme parce qu’il dit que son seigneur est Allah?» Par la suite, il dit à Oumaya: «Je l’achète avec un prix dépassant sa valeur. Qu’en dis-tu?» Oumaya ne se fit pas attendre de prendre au vol la bouée de sauvetage qui venait de lui être lancée. Ayant perdu espoir de briser la volonté de Bilal (qu’Allah l’agrée), il accepta l’offre d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée). Il s’était rendu compte que le prix de Bilal (qu’Allah l’agrée) était plus profitable que sa mort.

Comme Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) aidait Bilal (qu’Allah l’agrée) à se relever, Oumaya dit: «Prends-le! Si tu m’avais proposé un ouqiya, je te l’aurais vendu».

Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), se rendant compte que ces mots étaient destinés à humilier Bilal (qu’Allah l’agrée), répondit: «Par Dieu! Si vous aviez exigé cent ouqiyas, je les aurais avancées». Puis il se retira avec Bilal (qu’Allah l’agrée).

Puis, plus tard, il y eut l’exode à Médine et le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) décréta l’appel à la prière. Qui allait être le premier muezzin des musulmans? Qui allait lancer cet appel cinq fois par jour? Eh bien! Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) allait choisir Bilal (qu’Allah l’agrée) qui, treize ans auparavant, avait dit aux polythéistes: «Dieu est l’Unique… il est l’Unique.»

Puis, il y eut la bataille de Badr entre les musulmans et les qouraychites qui étaient sortis au secours de leur caravane. Oumaya ibn Khalaf y était et Bilal (qu’Allah l’agrée) aussi. Mais chacun se trouvait dans le camp opposé.

Ce jour-là, le chant que Bilal (qu’Allah l’agrée) répétait sous la torture devint le slogan menant les musulmans au combat et à la victoire. Oumaya vit alors sur le champ de bataille Abdourrahman ibn Awf (qu’Allah l’agrée) et il demanda sa protection. Abdurrahman (qu’Allah l’agrée) accepta et le conduisit vers l’endroit où on rassemblait les captifs. 

Bilal (qu’Allah l’agrée) le vit sur le chemin et dit à voix haute: «Le chef de file de la mécréance! Oumaya ibn Khalaf!» Puis, il s’élança, l’épée menaçante. Abdurrahman (qu’Allah l’agrée) intervint: «Bilal! C’est mon captif!»

Comment Oumaya était-il un captif, alors que tout à l’heure il maniait son sabre contre les musulmans? Sur ce, Bilal (qu’Allah l’agrée) appela ses compagnons: «Ô soutiens de Dieu! Voilà le chef de file de la mécréance! Oumaya ibn Khalaf!» 

Un groupe de musulmans accoururent et encerclèrent le polythéiste et son fils. Abdourrahman ibn Awf (qu’Allah l’agrée) ne put rien faire…

Puis, les années passèrent et les musulmans entrèrent à la Mecque en libérateurs. Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) se dirigea droit vers la Kaaba encore encombrée d’idoles. A partir de ce jour, plus de Houbal, plus de Ouzza, plus de Lat en ce lieu sacré. Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) entra avec Bilal (qu’Allah l’agrée) à l’intérieur de la Kaaba, puis il lui demanda de monter sur le toit et de lancer l’appel à la prière.

Bilal (qu’Allah l’agrée) monta et lança l’appel devant les milliers de musulmans. Ces derniers reprenaient après lui chaque séquence de l’adhan, tandis que la majorité des polythéistes étaient dans leurs maisons. Cependant, trois notables qouraychites se trouvaient devant la Kaaba: Abou Soufyan ibn Harb qui venait de se convertir à l’Islam, Attab ibn Ousayd et al-Harith ibn Hicham qui étaient encore polythéistes.

«Dieu a bien fait d’épargner à mon père d’écouter celui-là. Sinon il aurait entendu ce qui l’exaspérait, dit Attab (qu’Allah l’agrée).

– Par Dieu! Si je sais que Muhammad a raison, je le suivrai, dit al-Harith (qu’Allah l’agrée)»

Quant au rusé Abou Soufyan (qu’Allah l’agrée), il dit: «Moi je ne dis rien. Si je dis quelque chose, ces cailloux rapporteront cela»

Quand le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) sortit de la Kaaba, il leur dit: «J’ai su ce que vous avez dit»; Puis il leur raconta leur conversation. Al-Harith (qu’Allah l’agrée) et Attab (qu’Allah l’agrée) dirent à voix haute: «Nous attestons que tu es vraiment le messager de Dieu. Par Dieu! Personne ne nous a entendu pour que nous disions qu’il t’a informé»

Bilal (qu’Allah l’agrée) était le Compagnon de toujours du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Il prenait part aux expéditions et aux batailles, lançait l’appel à la prière, accomplissait les rites de cette religion nouvelle. Si bien que le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit de lui: «C’est un homme qui fait partie des Compagnons du Paradis».

Mais Bilal (qu’Allah l’agrée) était resté toujours modeste. Une fois, avec un compagnon qui voulait se marier lui aussi, il alla demander la main de deux femmes. Devant le père, il dit: «Je suis Bilal et voilà mon frère. Deux esclaves d’Abyssine. Nous étions des égarés mais Dieu nous a guidés. Nous étions des esclaves mais Dieu nous a libéré. Si vous nous donnez la main de vos filles, alors louange à Dieu, si vous refusez, alors Dieu est grand»

Après la mort du Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui), Bilal (qu’Allah l’agrée) dit au khalife Abou Bakr (qu’Allah l’agrée): «Ô khalife du Messager, j’ai entendu le Messager de Dieu dire: «La meilleure action du croyant c’est de combattre sur le chemin de Dieu.

– Ô Bilal, que veux-tu? dit Abou Bakr (qu’Allah l’agrée).

– Je veux sortir pour stationner sur les frontières et me consacrer ainsi au combat sur le chemin de Dieu jusqu’à la fin de mes jours.

– Et qui va s’occuper de l’adhan? 

– Je ne ferai plus d’adhan pour personne après la disparition du Messager de Dieu.

– Reste et occupe-toi de l’adhan pour nous, Ô Bilal.

– Je ferai ce que tu veux, dans le cas où tu m’avais libéré pour que je sois à toi. Sinon, laisse-moi avec la cause pour laquelle tu m’avais libéré, dans le cas où tu m’avais libéré en vue de Dieu…

– Au contraire, je t’avais libéré en vue de Dieu, Ô Bilal…».

Là, les historiens divergent. Selon certains, Bilal (qu’Allah l’agrée) partit aux frontières de Syrie, en tant que combattant pour la cause de l’Islam. Selon d’autres, il resta à Médine après avoir accepté la demande d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée). Mais après la disparition de ce dernier, il demanda au nouveau khalife Oumar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée) la permission d’aller stationner sur les frontières, pour la cause de Dieu. Après quoi, comme il voulait, il s’en alla en Syrie.

Sa tombe se trouve à Damas.

Mots-clés : Histoire, Islam, Sahaba