Birmanie : La malnutrition en forte hausse dans les camps Rohingya, les enfants en grand danger

D’après Larédac’ à 12h22 le 16 Août 2014 

Née il y a un peu plus d’un an, Dosmeda Bibi a passée toute sa courte vie dans un camp pour la minorité Rohingya qui est pour rappel la minorité musulmane la plus persécutée du monde reconnu par l’ONU.

Dans ces camps aux allures de prison, un grand nombre croissant d’autres enfants Rohingya souffrent de la faim et commencent sérieusement à montrer les premiers signes d’une malnutrition sévère.

Le ventre de cette pauvre petite est gonflé et sa peau s’accroche fermement aux os de ses petits bras et de ses petites jambes frêles. Alors que d’autres de son âge sont assis ou tiennent à peine debout. La petite ne peut même pas se retourner sur le dos ou sur le ventre sans un petit coup de pouce de sa mère, ses forces l’abandonnent comme le monde entier.

« J’ai peur qu’elle ne vive plus longtemps« , murmure tristement Hameda Begum, en regardant les yeux enfoncés de sa fille (un regard vide et sombre). « Nous avons à peine de quoi nous nourrir. Certains jours, je ne peux même pas ramasser quelques bouchées de riz pour qu’elle mange. » La situation devient de plus en plus catastrophique, c’est un génocide à petit feu.

Le taux de malnutrition des enfants en Birmanie était déjà fort élevé, mais c’est devenue trop familier dans l’ouest du pays et surtout dans l’état d’Arakan, qui est le foyer de la quasi-totalité des 1,3 million de musulmans Rohingya du pays. 

Plus de 140 000 ont été pris au piège dans des camps surpeuplés depuis que des extrémistes que l’on appelle encore « bouddhistes » ont commencé à les chasser de leurs maisons, il y a deux ans, tuant au passage 280 personnes. Les autres se sont retrouvés bloqués dans des villages isolés, et subissent une discrimination systématique, avec des restrictions sur leurs déplacements et l’accès limité à la nourriture, l’eau potable, l’éducation et les soins de santé et tout cela avec le silence du gouvernement birman mais aussi de la communauté internationale.

Même avant ces violences, l’Office humanitaire de la Communauté européenne a signalé que des parties du deuxième état le plus pauvre du pays avaient des taux de malnutrition aiguë frappant 23% de la population, nous étions déjà bien au-delà du seuil d’urgence de 15% qui est fixé par l’Organisation mondiale de la Santé.

La saison des pluies bat son plein en ce moment et s’abat sur les tentes en plastique ainsi que sur les cabanes de bambou situées à l’intérieur des camps Rohingya. La situation est devenue encore plus misérable et dangereuse pour les enfants comme Dosmeda.

Les petits garçons et petites filles courent pieds et corps nus sur des voies étroites et boueuses, jouant dans des piscines d’eaux usées, les exposants ainsi à des maladies d’origine hydrique qui sont potentiellement mortelles. Certains ont les cheveux noirs avec des tâches de teinte rouge ou blond, un signe révélateur de carences nutritionnelles souvent vu dans des endroits qui connaissent la famine.

Après une visite de 10 jours dans la région le mois dernier, Yanghee Lee, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme en Birmanie, a résumé ce qu’elle a vu :

« La situation est déplorable » déclare-t-elle.


Myanmar, un pays à prédominance bouddhiste, n’a émergé que récemment d’un demi-siècle de régime militaire répressif et d’un isolement auto-imposé. Malgré les expressions occasionnelles de préoccupation, mais qui reste très insuffisante, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et ainsi que d’autres au sien de la communauté internationale ont largement condamné les conditions des Rohingyas qui se sont et continue de se détériorer, sans cependant faire en sorte que cela s’arrête, faisant penser que ce peuple n’a pas d’intérêt.

Certains ambassadeurs et représentant des pays donateurs ont confié de façon non officielle que les discutions entamées avec le nouveau gouvernement sont ardues et ont noté un retour en arrière dramatique. 

D’autres ne veulent pas mettre en péril les projets de développement et d’investissement de plusieurs milliards de dollars nécessaire dans le pays. Notre cher pays est encore une fois sur place avec des Sociétés Françaises mais aussi Américaines principalement !!

Mais le silence complice des autorités n’a fait qu’encourager les extrémistes « bouddhistes », en dictant et décidant des modalités de distribution de l’aide dans l’Etat d’Arakan.

Le mois dernier, même Bertrand Bainvel, représentant de l’UNICEF, affirmait que le nombre de cas de malnutrition sévère avait plus que doublé entre le mois de mars et juin de cette année pour atteindre près de 1.000 cas…

Seules les ONG se préoccupent du sort de ce peuple !!! Il est triste de voir que même les autorités religieuses musulmanes ainsi que la communauté ne s’en souci. Encore un exemple flagrant de solidarité sélective !! Dernièrement l’ONG Baracka City a lancé une campagne de sensibilisation pour la cause Rohingya, mais celle-ci a été rapidement occultée par la répression de l’État sioniste sur le peuple Palestinien.

Le terme « Rohingya » bannie par les autorités birmanes !

 « Il a été prononcé lors d’une présentation pour des projets pour les enfants dans l’Arakan, plutôt que le terme « Rohingya », le gouvernement insiste pour les appeler « bengali »« .

Il a promis que l’UNICEF n’utilisera plus ce terme, ceux qui étaient présents lors de la réunion l’on redit ! Il a évité de répondre aux demandes répétées de l’agence de presse Associated Press sur cet incident.

Le gouvernement prétend que les Rohingya sont des migrants clandestins en provenance du Bangladesh voisin et leur refuse la citoyenneté, même si beaucoup de leurs familles sont arrivées il y a plusieurs générations et ce depuis plusieurs siècles.

Ils sont regardés avec dédain par la grande majorité des 60 millions d’habitants du pays. 

Même par ladite lauréate « du prix Nobel » Aung San Suu Kyi, que ce soit pour des raisons personnelles ou politiques, est restée largement silencieuse lorsque les Rohingya ont été pourchassés par des foules armées de couteaux, bâtons ou autres armes…

Les conditions de vie, dans les camps et ailleurs dans l’Arakan vont de mal en pis depuis février dernier, après que le gouvernement ait expulsé leur principale bouée de sauvetage de la santé, Médecins Sans Frontières (MSF).

Un mois plus tard, d’autres organisations humanitaires ont été temporairement évacuées après que des extrémistes « bouddhistes » ont pris d’assaut leurs résidences et leurs bureaux, en disant qu’ils donnaient aux musulmans un traitement préférentiel. 

Depuis beaucoup ont pu revenir, mais leurs champs d’opérations ont été sévèrement restreint.

Cependant, l’ONG Médecins Sans Frontières est restée interdite. Dans un geste apparemment programmé pour l’arrivée du secrétaire d’Etat John Kerry en Birmanie vendredi dernier, le gouvernement a déclaré que l’organisation (MSF) pourrait se remettre au travail, même si on ne sait pas quand cela se produira et dans quelles conditions.

Reshma Adatia, conseillé opérationnel de Médecins Sans Frontières, a déclaré à John Kerry et d’autres ministres des Affaires étrangères qui étaient présents à une assemblée régionale en Birmanie le week-end dernier, qu’ils devraient faire pression sur le gouvernement pour permettre à toutes les organisations humanitaires de revenir immédiatement et sans conditions.

« Il est important que les gouvernements étrangers et les acteurs humanitaires internationaux s’emploient vraiment à pousser et mettre la pression sur le gouvernement birman afin de permettre l’accès à l’aide humanitaire qui est plus que nécessaire aujourd’hui« , « Nous parlons de centaines de milliers de personnes qui sont en péril en ce moment.« 

Sans soutien ni aide

Le père de Dosmeda (le bébé souffrant de malnutrition), est mort en mer alors qu’il travaillait comme pêcheur juste avant sa naissance.

Après que les foules d’extrémistes « bouddhistes » ont attaqué la maison de sa famille, sa mère enceinte, Hameda Begum, passe dans le camp Ohn Taw Gyi à l’extérieur de Sittwe.

Dans les mois qui ont précédé la naissance de son enfant, incapable de travailler, et sans un mari pour l’aider, elle a eu beaucoup de mal à trouver de quoi se nourrir. Quand le bébé est né, elle était donc incapable de produire du lait.

« Je ne pouvais lui donner que ce que les adultes mangeaient, du riz ou du poisson prémâcher « , a déclaré Hameda en parlant de son premier enfant. « Mais les rations alimentaires que nous avons obtenues étaient faibles. Parfois, nous n’avions rien du tout « .

Elle savait que son bébé était malade, mais elle ne comprenait pas ce qu’était la malnutrition. 

Elle n’est donc pas à blâmer.

« Elle a juste continué à maigrir et maigrir…. » déclare-t-elle.

Les deux premières années de la vie d’un enfant, sont essentielles pour le développement du cerveau, physique et mental. Sans une nutrition adéquate, les petites filles comme Dosmeda sont sujettes à un retard de croissance, une condition qui déterminera le reste de leur vie. 

A l’âge adulte, ils seront plus faibles, sujets aux maladies et avec des capacités cognitives limitées. Ils sont également susceptibles d’être moins productifs au travail, en effet des études montrent, qu’ils gagnent des salaires plus bas qui les maintiennent coincés dans la pauvreté.

Dosmeda a maintenant obtenu l’aide de base venant d’Action Contre la Faim, l’une des seules organisations étrangères, qui a été autorisé à continuer à fonctionner dans les camps.

Malgré cette aide, la petite Dosmeda Bibi continue de dépérir, de jour en jour. Le bébé est la seule famille que la jeune mère a dans le camp, et elle est désespérée et a l’espoir d’arriver à la sauver.

« Tout ce que je peux penser, toute la journée, c’est à ma fille. Comment puis-je l’aider ? Comment puis-je lui faire pour qu’elle retrouve une bonne santé, lui donner une vie plus longue ? « , a déclaré Hameda. « Si quelque chose lui arrivait, je ne sais pas ce que je ferais. Je ne pense pas que je puisse vivre sans elle« .

Source : Avec Associated Press et Irrawaddy News