Birmanie : Les Rohingya parqués comme des animaux dans des camps créés à la base pour les protéger

D’après Larédac’ à 08h30 le 19 Juin 2014

Ce ne sont pas des camps de réfugiés, ce ne sont pas des camps pour aider avec une intention humanitaire, non ce sont des camps de concentration moderne !

Confinés dans des camps sordides, soi-disant pour leur « protection », persécutés les Rohingya(s) de Birmanie sont en train de succomber lentement à la famine, le désespoir et la maladie.

Cela s’appel « un crime contre l’humanité ». Pékin express est fini, l’engouement retombé mais pour eux le calvaire continue ! Alors l’oublie pour nous n’est pas permis !

 

Photo : Rosheda Bagoung tient son enfant souffrant de malnutrition dans une tente au camp de « réfugiés » de Dar Paing à Sittwe, Birmanie, le 10 mai 2014

Quelques jours avant sa naissance, la famille de Mohammad Johar échappa de peu à la foule «bouddhiste» qui attaquait leur quartier, en incendiant les maisons des musulmans dans leur sillage. 

La menace d’un regain de violence a contraint des dizaines de milliers de Rohingya à se  confiner dans un terrain vague aux allures de camps retranché, entourés par des gardes armés, en dehors d’une ville côtière dans l’ouest de la Birmanie. Ce confinement forcé, a donné naissance à des dangers encore plus insidieux. 

La semaine dernière, Mohammad Johar, deux ans, est mort de la diarrhée et d’autres complications, dans ce camp, que les autorités de l’Etat revendiquent avoir créé afin de les préserver (??). 

La clinique médicale locale était vide et l’hôpital le plus proche beaucoup trop loin – et peut-être impossible à atteindre, étant donné que sa famille aurait dû obtenir l’autorisation d’aller à l’extérieur de la zone de confinement. « C’est seulement dans la mort qu’iil est libre« , soupira son frère Nabih, 18 ans…

Deux ans après le déclenchement de la violence communautaire, une crise humanitaire s’est installée et s’aggrave de jour en jour. La malnutrition et les maladies dues au manque d’eau dans les camps, aggravées par l’expulsion des organisations humanitaires et le début des pluies de mousson, ont entraîné une forte augmentation des décès qui étaient facilement évitables. 

Dans un pays qui a toujours été salué en Occident pour son inclinaison vers la démocratie, le blocus pour une aide cruciale même plus que vitale à plus de 100.000 déplacés Rohingya autour de Sittwe – sans compter les milliers ailleurs dans l’État de Rakhine – constitue un crime contre l’humanité, s’insurgent des groupes de défense des droits.

Pendant des années, les Rohingyas se sont vu refuser la citoyenneté en Birmanie, à majorité « bouddhiste », et ont fait face à de sévères restrictions et discriminations : sur le mariage, l’emploi, les soins de santé et l’éducation.

Maintenant, il semble que les autorités birmanes sont déterminées à les faire mourir de faim et à les dégoûter de toute existence.

« L’aide est toujours bloqué par les autorités de diverses façons, et cela est symptomatique du fait que le sentiment partagé parmi les responsables gouvernementaux à tous les niveaux, est que les Rohingyas n’appartiennent pas à l’État de Rakhine, » dit Matthew Smith, directeur exécutif de Fortify Rights, un groupe basé à Bangkok, qui a publié un rapport (en février), mettant en évidence que les politiques gouvernementales visant la minorité ethnique des Rohingya sont planifiées depuis longtemps. 

« La ségrégation est de plus en plus permanente sur les Rohingyas, elle est tout à fait incompatible avec le discours dominant disant que la démocratie va s’étendre à toute la nation. Les Rohingyas sont confrontés à quelque chose de plus que la persécution – ils sont confrontés à des menaces existentielles « .

L’état ne montre aucun signe de relâchement. La construction, actuellement en cours, est un dispositif tentaculaire, un mur à l’intérieur même du périmètre du camp, ainsi que des bases de police et de l’armée…. 

Médecins Sans Frontières, l’agence qui a été expulsé par le gouvernement en Février, n’a pas été autorisé à revenir. Bien que certains groupes d’aide étrangère aient repris leurs activités depuis la fin du mois de mars, alors que des « bouddhistes » radicaux ont saccagé plusieurs douzaines de bureaux…

L’ONU (Organisation des Non Utiles), qui comme d’habitude jette des mots sans actions, déclare que l' »on doit faire beaucoup plus« . 

Le Programme alimentaire mondial continue de fournir des rations de riz, des pois chiches, de l’huile et du sel, mais les travailleurs humanitaires insistent sur le fait – que cela ne suffit pas à endiguer le problème de la malnutrition

En effet, plusieurs Rohingya « internés » ont été brutalement battus par les forces de sécurité birmanes au cours des dernières semaines juste pour le fait d’avoir tenté de compléter leur alimentation par la pêche au-delà des limites des camps.

Le gouvernement birman refuse de reconnaître ses 1,3 million de Rohingyas en tant que citoyens. Bien que les Rohingya aient vécu dans le pays depuis des générations, ils sont largement, et avec affectation, appelés Bengalis, afin de donner la fausse impression qu’ils sont des intrus en provenance du Bangladesh voisin. 

« Il n’y a pas ici une telle chose comme les « Rohingya », » insiste U Pynya Sa Mi, à la tête d’un monastère à Sittwe. « Les gens sont tout simplement Rakhine et ils défendent leurs terres contre les immigrés qui créent des problèmes.« 

Lire : Les Rohingya(s) : Minorité musulmane de Birmanie

Les responsables birmans minimisent la crise sanitaire, en invoquant la distribution d’eau et la mise à disposition de services médicaux. 

Mais la visite des camps raconte tout autre chose. 


Tout le long de la route qui mène à l’intérieur, des enfants aux ventres nus, sont étendus, stationnant devant une clinique de fortune qui doit servir à des centaines de familles vivant dans des abris de bâche et de tôle

Chit San Win est une ancienne infirmière qui, par nécessité, est devenue un médecin mobile pour les déplacés. Chit San Win voit une moyenne de 40 patients par jour et explique que les conditions sont devenues « bien pires » depuis que Médecins sans frontières a été évincé, insistant sur le manque de services et de fournitures. 

Un garçon d’un an, sous sa garde, tousse avec des symptômes de la tuberculose, un fléau grandissant en raison d’un manque de vaccins. VIH et paludisme sont également une source de préoccupation. Cependant, sans un laboratoire pour effectuer des tests ou des organismes d’aide afin de fournir le minimum nécessaire, Chit San Win se donne de l’espoir avec une médecine de second ordre. « Je fais ce que je peux« , dit Chit San Win.

Alors que le nombre de décès n’étant pas définie, en raison des restrictions imposer aux associations et aux organismes humanitaires, les conditions de vie, ou plutôt ici de survie, ont poussé des dizaines de Rohingya à risquer leur vie en mer à destination de la Thaïlande et de la Malaisie, malheureusement pas pour une vie meilleure, la mort ou l’esclavage les attendent de l’autre côté.

En effet, c’est une aubaine pour les divers trafiquants (tout comme pour les africains candidats à l’immigration…), qui font embarquer les réfugiés sur des embarcations de fortune, qui le plus souvent finissent par couler. Ces jours-ci, les petits bateaux qui viennent de la frontière Birmanie-Thaïlande contenaient 300 à 500 passagers, pour un périple de trois jours. À l’arrivée, les Rohingyas doivent payer 2000 $ chacun aux passeurs. 

Si elles ne parviennent pas à payer, ils se retrouvent en captivité dans des camps en pleine jungle. Souvent afin d’obtenir une rançon dans le meilleur des cas, ou ils finissent vendus comme esclaves, comme « servitude pour payer les dettes ». Ceux qui sont pris par les autorités s’en tirent guère mieux : les Thaïlandais les renvoient dans des centres de détention sinistre, où ils sont maltraités, violentés et torturés par les fonctionnaires, en clair retour à la case départ !

Abul Bassier, un instituteur de 36 ans dont le frère et le père ont été tués quand une foule ont rasé leur maison, dans le quartier Bu-mai de Sittwe, explique que son frère cadet a eu « la chance d’embarqué sur un bateau en Mars« .

Environ deux semaines plus tard, Abul Bassier a reçu un appel téléphonique d’un homme en Thaïlande, lui demandant de payer pour la libération de son frère. Avec six enfants à s’occuper et aucune permission de travailler, il se retrouve vaincu par sa propre impuissance.

« Qu’est-ce que je peux faire ici, un prisonnier sans droits, sans humanité ? » S’exclame-t-il, fondant en larmes. Chaque fois qu’Abul Bassier appelle le numéro enregistré sur son téléphone cellulaire, à chaque fois la même scène se répète : Le Thaïlandais demande s’il a de l’argent, puis raccroche lorsque la réponse de Abul Bassier, est négative.

Peu d’espoir

Et pourtant, peu de soulagement à l’horizon, certains Rohingya, par dépit, rassemblant le peu qu’il leur reste, allant jusqu’à vendre leurs propres rations alimentaires, de la ferraille, même leurs propres vêtements pour lever des fonds

L’un d’eux, Muhibullah, 54 ans, a déjà fait le voyage par voie terrestre vers la Malaisie en 1988, époque où la junte militaire au pouvoir avait presque bouclé la Birmanie du monde. Il a été pris et a passé 18 mois en prison, en Malaisie, avant d’être expulsé. Au cours de la dernière année, dit-il cinq de ses amis ont fait le voyage en bateau avec succès ; trois sont morts en route. « Mais je n’ai pas peur, » dit-il …

Une heure plus tard, le cortège funèbre de Mohammad Johar passe et la conversation des hommes se tue. Accompagné par une tripotée de jeunes garçons, dans des calottes blanches tricotées, un volontaire enveloppe le petit cadavre dans une feuille de bananier, bien au-delà de la caserne ….

Le groupe s’arrête enfin dans une clairière, à une portée de voix de la mer, où les lignes de tiges en bambou marquent les tombes fraîchement creusées. En peu de temps, le petit garçon est enterré et une prière offerte. Un autre jour, une autre vie a disparu….. Qu’Allah vienne en aide à nos frères et nous prions pour eux, pensons à eux, parlons d’eux pour ne pas les oublier.

Source : Reuters, Time