Birmanie : Un rapport accable encore cette année les autorités birmanes

D’après Larédac’ à 12h30 le 20 Février 2014

Malgré le processus de réforme déployé par la Birmanie, celui-ci ne profite toujours pas aux musulmans du pays. Human Rights Watch (HRW), comme tous les ans, a révélé le 24 janvier dernier son rapport annuel. Cette année encore les autorités birmanes font partie du haut du tableau pour l’aggravation des violences envers la communauté musulmane et ce au-delà du cas des Rohingya.

Human Rights Watch (HRW), tout comme le Collectif Hameb qui d’ailleurs est parti avec 250.000 eu pour aider au mieux la communauté Rohingya, se veut être la voix des minorités persécutées en Birmanie. Dans la publication de son rapport, l’ONG dénonce la banalisation des violences contre la communauté musulmane dans son ensemble, dans le centre du pays, « avec une série d’attaques apparemment coordonnées contre des communautés musulmanes et des biens » comme cela a été le cas à Meiktila en mars 2013 où au moins 44 personnes y avaient été tuées, 1 400 entreprises et foyers appartenant majoritairement à des musulmans avaient été détruits et plus de 12 000 personnes ont été déplacées. 

« Les forces de police birmanes ne sont pas intervenues au cours de la plupart de ces violences et, dans la majorité des cas, n’ont pas agi pour protéger la vie des musulmans ou leurs biens ; dans certains cas, ils ont activement participé aux violences à l’encontre des musulmans« , dénonce HRW.

Il faut savoir que depuis un moment maintenant ce ne sont pas que les Rohingya qui subissent les assauts des révoltés. Même ceux reconnu par la Birmanie ont subi des attaques. Pour exemple, en octobre, ce sont les Kaman, minorité musulmane vivant dans le sud de l’État d’Arakan, qui ont été victimes. Là aussi on a dénombré des morts (6) et des maisons détruites (100) « les autorités ont arrêté les hauts membres du parti politique arakanais accusés d’être à l’origine des violences« , l’ONG précise tout de même que cette mesure était en coïncidence avec une visite dans la région du président Thein Sein. 

Comme le souligne la source, le pire c’est que c’est souvent les victimes qui sont accusées comme par exemple dans les émeutes meurtrières de Meiktila où sept musulmans ont été condamné à des peines de prison allant de 2 à 28 ans pour leur rôle de près ou de loin dans ce conflit civil « les procédures légales engagées à l’encontre des auteurs des violences ont été à l’origine déséquilibrées, davantage de musulmans ayant été jugés et condamnés dans davantage d’affaires que les instigateurs bouddhistes birmans » et « aucun membre des forces de sécurité n’aurait fait l’objet de mesures disciplinaires ou de poursuites pour sa participation aux violences« .

Toutes ces exactions envers la communauté musulmane sont dues en très grande partie à cause d’un homme, un bouddhiste, soutenu silencieusement par le gouvernement en le laissant agir, qui est partie en croisade contre les musulmans embarquant avec lui des centaines d’autres moines tous voués à sa cause. Wirathu, tel est son nom, est le créateur du mouvement 969, dans un rapport intitulé “Rohingya”, paru dans le New York Times, il est mentionné : “Les Rohingyas sont exposés à un nettoyage ethnique par un groupe radical de moines bouddhistes aussi connus comme « 969 », et dont le leader est Ashin Witharu.« . 

Ce personnage véhicule un message de haine bien loin de celui du bouddhisme, d’ailleurs cet homme avait fait la couverture du Times Magazine avec pour titre « le visage de la terreur » en juillet 2013. Son organisation a été normalement interdite mais il continue à agir en toute impunité, même la soi-disant prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, n’a pas réagi ni dénoncé ces persécutions inhumaines.

Mais il n’est pas le seul dernièrement nous avions posté une vidéo d’un moine important, souhaitant la mort de tous les Rohingya, qui suggérait de laisser les musulmans se détruire eux-même car il serait trop difficile de s’en débarrasser ! (ici). Dernièrement aussi nous avions posté le témoignage, recueilli par le Collectif Hameb, d’une victime ou devrait-on dire d’une survivante du massacre de Duchiradan (ici).

Cependant, selon le rapport la Birmanie serait en cours de changement. La majorité des attaques sont faites sur des musulmans mais les chrétiens dont la minorité chrétienne des Kachin n’est pas épargnée faisant partie certainement du rapport sur l’augmentation des conflits religieux. Malgré tout le rapport affirme que la Birmanie serait en pleine réhabilitation sur le plan international. Mais nous voyons ici ni plus ni moins qu’un arrangement entre puissances puisque l’Europe ainsi que les États-Unis ont levé la plupart des sanctions à l’encontre de la Birmanie en échange de petit arrangement minier et donc contre le silence international. « Les investissements étrangers ont augmenté, principalement dans les secteurs de l’extraction et des ressources naturelles » peut-on lire dans le rapport.

Autre signe de ce début de réconciliation avec les pays occidentaux mais aussi preuve de ce que nous appelons « arrangement », la série de visites officielles effectuées en Europe dont la France fait partie, mais aussi aux États-Unis ainsi qu’en Australie durant l’année 2013 du président Thein Sein. Pire encore, aucun de ces pays n’a pris en compte le rapport dénonciateur (ici en anglais) de HRW en avril 2013 qui accusait clairement la Birmanie de crimes contre l’humanité.

Selon les dernières estimations, 180 000 personnes, le plus souvent musulmanes, demeurent dans des camps de déplacés à travers l’État d’Arakan, « un grand nombre d’entre elles vivant dans des conditions déplorables« , souligne l’ONG. Le gouvernement refuse toujours d’abroger la loi de 1982 qui prive les Rohingyas de la citoyenneté. La situation des « déplacés au nord de l’État d’Arakan restait précaire en 2013, malgré une intervention humanitaire internationale de grande envergure« , déclare HRW. 2014 n’annonce pas d’amélioration pour les musulmans de Birmanie. Le monde entier est un témoin silencieux de cette persécution, notre responsabilité est engagée ainsi que pour tous les peuples opprimés, persécutés, humiliés au quotidien pour le simple fait d’être musulman ou chrétien.

Source : HRW.org

Lire ou relire tous les sujets sur le peuple opprimé des Rohingya 

Lire ou relire les faits historiques du peuple Rohingya ici et ici.

Rapport entier de HRW : https://www.hrw.org/fr/node/122164