Brève histoire de la Centrafrique…

D’après le Dr Mansour pour T.E.P.A et Radio HDR (99.1FM) à 13h30 le 16 Février 2015

C’est en 1896, qu’une colonne militaire française, partie du Gabon, devait assurer la jonction ouest-est des conquêtes territoriales de la IIIe République.

Placée sous les ordres du capitaine Jean-Baptiste Marchand, elle était composée de douze Européens, de 150 tirailleurs africains et de 13 500 porteurs. Elle disposait aussi d’un vapeur, Le Faidherbe, qu’il lui fallut entièrement démonter pour franchir les rapides, une fois arrivée à la hauteur de Bangui. Elle a été fondée neuf ans plus tôt par les frères Albert et Michel Dolisie.

L’objectif final de la Mission Congo-Nil était le Soudan. Elle y parvint, au terme de mille péripéties. Mais elle était attendue sur le Haut-Nil, près d’une bourgade du nom de Fachoda : ayant remonté le fleuve avec un important détachement, le futur Lord Kitchener, qui venait d’écraser les mahdistes dans la bataille d’Omdurman, notifia aux Français qu’ils n’avaient guère les moyens de remettre en question le condominium anglo-égyptien établi au Soudan. Ce fut un banal constat des rapports de forces. Quant au « rêve d’une Afrique française allant d’un seul tenant du golfe de Guinée à l’océan Indien, il s’éloigna et les régions de l’Oubangui-Chari, un moment promues plates-formes de cette pénétration, en devinrent le cul-de-sac« .

Entre mars et juillet 1899, le ministère des Colonies à Paris cède, pour une période de trente ans, « des terres vacantes et sans maître » au Congo français, l’appellation d’alors, et jusqu’en 1910, de l’Afrique équatoriale française (AEF), à une quarantaine de sociétés privées. Avatars des « compagnies à charte » du siècle précédent, ces sociétés vont se partager 70 pour cent de la surface de l’AEF.

Mais à la différence de leurs sœurs aînées au Congo belge, leur capitalisation sera extrêmement pauvre, les fonds effectivement engagés ne représentant qu’un centième des capitaux investis dans l’Empire français, et seulement un millième de tous les placements extérieurs de la France.

Le 19 mars 1903, dans une circulaire du commissaire général Emile Gentil annonçant aux administrateurs coloniaux qu’ils seront dorénavant notés par rapport au recouvrement de l’impôt de capitation payable en caoutchouc par les « indigènes ». Dans l’Oubangui-Chari, administrativement créé en 1903, dix-sept sociétés font la loi sur la moitié du territoire.

En plein boom du caoutchouc, elles transforment nombre d’indigènes en quasi-esclaves de la liane à gomme. La plus importante de ces sociétés, la Compagnie des sultanats du Haut-Oubangui, administre 145.000 km2, depuis Kotto à l’ouest jusqu’à la frontière soudanaise. Ailleurs, la Compagnie du Kouango français, la Compagnie commerciale et coloniale de la Mambéré-Sangha, la Compagnie française de l’Ouhamé et de la Nana, la Compagnie des caoutchoucs et des produits de la Lobaye ou la concession de la Mpoko incarnent le règne du « Blanc », d’autant que l’administration coloniale est des plus faibles.

L’État et les sociétés concessionnaires lient leur sort de façon inextricable, celles-ci rachetant à bas prix le latex recueilli par les fonctionnaires qui, à leur tour, relaient les méthodes des agents commerciaux pour faire rentrer l’impôt en nature. On est loin de la colonisation en Afrique de l’Ouest, où un maillage administratif bien plus serré et des comptoirs commerciaux établis de longue date évitent la cession de monopoles et d’attributs d’État à des intérêts privés.

Un seul exemple, pour illustrer la différence : en 1930, l’Afrique occidentale française (AOF) comptera un demi millier d’enseignants, dont les neuf dixièmes sont des instituteurs africains, tandis que l’AEF ne disposera que de 80 maîtres, parmi lesquels une soixantaine d’Africains…..

Chroniques du Dr. Mansour : Centrafrique 1/3 – Oubangui-Chari (4 décembre 2014) by Malcolm Jammal Haidar on Mixcloud

Entre 1890 et 1940, la moitié de la population centrafricaine périt du choc microbien et des violences de la rencontre coloniale. Exemple de cette violence, le père de Jean-Bedel Bokassa est tué par les Français, le 13 septembre 1927, devant la préfecture de la Lobaye, dans le sud-ouest de l’Oubangui-Chari, pour avoir libéré des habitants de son village, jetés en prison pour un motif inconnu.Les circonstances exactes de la mort de son père sont inconnues. On sait seulement que Mindogon Ngboundoulou – le prénom signifiant, en mbaka, l’expert en guerre – était chef de terre et, dans le jargon colonial, une forte tête.

L’injustice subie en 1927 fut si outrageante qu’une semaine après, le 20 septembre, la mère de Bokassa se suicida – un événement rarissime dans la culture locale-

À six ans, le futur empereur devint ainsi orphelin, du fait d’un crime colonial. Pris en charge par son grand-père paternel, en même temps que ses onze frères et soeurs, il fut scolarisé un mois plus tard dans l’école Sainte-Jeanne-d’Arc à Mbaïki, le chef-lieu de la Lobaye, à 40km de son village natal. Le fait que les missionnaires catholiques lui aient ouvert les portes de l’un des tout premiers lieux d’enseignement à l’intérieur du pays peut traduire leur volonté de marquer leur dissidence par rapport au meurtre du père. Mais il est vrai, aussi, que les parents de Bokassa faisaient partie de l’infime minorité des convertis à la foi chrétienne. Il n’y avait alors que 3 500 « indigènes baptisés » dans tout l’Oubangui-Chari…..

Timbre – David Dacko

Un an plus tard, en 1928, le meurtre d’un autre chef de terre, Barka Ngaïnombey, déclenche un soulèvement en pays Gbaya, les voisins des Mbaka dans le nord ouest de l’Oubangui-Chari. La révolte du Kongo-Wara, qui restera dans les mémoires comme « la guerre du manche de houe », en raison du bâton de commandement brandi par ses meneurs, n’est définitivement matée qu’en 1930. Ayant pris l’ampleur d’une insurrection anti-coloniale, elle mobilise quelques 50 000 partisans et, en face, un millier de tirailleurs et de gardes régionaux, plus 3 000 auxiliaires, des pisteurs et porteurs. Dans sa phase finale, lorsque 10 000 irréductibles sont pourchassés jusque dans les grottes où ils se sont retranchés, elle fait des milliers de morts…

Chroniques du Dr. Mansour : Centrafrique 2/3 – Oubangui-Chari (11 décembre 2014) by Malcolm Jammal Haidar on Mixcloud

Barthélemy Boganda – nommé comme « père de la Nation » – (autre enfant miraculé, car scolarisé) est le premier prêtre catholique de l’Oubangui-Chari. Chef de file du Mouvement pour l’évolution sociale de l’Afrique noire (MESAN), il siège, à partir de 1946, comme député du territoire à l’Assemblée nationale française, à Paris.

Tout naturellement, il incarne ainsi, dès les années 1950, la nation centrafricaine en éveil.

A la veille de l’indépendance (le 29 mars 1959), le seul dirigeant à avoir une expérience politique périt dans un accident généralement attribué – à un acte de sabotage des services secrets français- .

Comme digne successeur (le fils spirituel de Boganda, en quelque sorte), Abel Goumba (jeune professeur de médecine aux idées socialistes), membre d’une petite minorité ethnique, les Banziri.

Il devient premier ministre de l’Oubangui-Chari. À ce titre, il part favori dans la course à la présidence quand, le 13 août 1960, le territoire doté depuis deux ans de l’autonomie interne accède à l’indépendance. Mais un enseignant Mbaka jouissant du soutien des autorités française, David Dacko, alors ministre de l’Intérieur, faisant encercler le parlement par une escouade de pygmées armés de flèches empoisonnées pour obliger les députés à l’élire – par une manouvre politique extrêmement efficace – il « confirme » la prorogation du mandat desdits députés, sans obligation pour eux de retourner devant le corps électoral.

De fait il devient le premier président de la République centrafricaine souveraine.

On peut noter parmi les premiers actes de l’arrivée de David Dacko au pouvoir, est de faire assigner à résidence son rival direct Abel Goumba, et d’interdire le parti de ce dernier.

Très vite, un régime autoritaire se met en place à travers le vote de toute une série de lois liberticides – sur la répression des actes de résistance ou de désobéissances aux autorités, sur le droit du gouvernement de dissoudre les partis politiques, syndicats ou autres associations incompatibles avec l’ordre public, sur l’internement administratif des personnes jugées dangereuses, sur la censure des écrits subversifs, etc. – qui replongent le pays dans l’ère coloniale.

La France ne s’oppose pas à cette régression. Au contraire, Paris paraît complice : quand, en 1962, lors de la traduire en justice Abel Goumba, l’avocat de celui-ci, en la personne de Me Marcel Manville, est débarqué du vol pour Bangui à l’escale de Nice, à la demande de Jacques Foccart (L’éminence grise de la France-Afrique).

Toutefois, pour endiguer une corruption qui s’emballe malgré le maintien de très nombreux conseillers techniques au poste de commande, Paris impose, dès 1961, un programme de redressement économique.

Ceci afin de ne pas encombrer les prisons, il est décidé, avec pragmatisme, que seuls seraient sanctionnés par des peines de réclusion les auteurs de détournements supérieurs à 250 000 francs CFA (€764), à l’époque vingt fois le salaire moyen annuel. Entre 1963 et 1965, on dénombrera une vingtaine de préfets et de sous-préfets se retrouvant derrière les barreaux.

À la fin 1963, le président Dacko demande à la Chambre des députés que son mandat soit porté de cinq à sept ans et qu’il soit dorénavant élu au suffrage universel. En janvier 1964, étant le candidat unique, du parti unique, il se fait plébisciter, sans fausse modestie, par la totalité des électeurs.

Le 29 septembre, en quête de nouveaux appuis, il reconnaît la Chine populaire et appelle de ses voeux une coopération privilégiée entre Bangui et Pékin. Colère de Paris.

Le 15 janvier 1965, le chef de l’État centrafricain lance un « emprunt national obligatoire », qui revient à doubler l’impôt de capitation. Qui s’avère être un échec ….

À la fin de l’année 1965, David Dacko, qui sous une forme de dépression, et lasser du pouvoir, se sens incapable de gouverner le pays.

Le président Dacko songe à passer la main au commandement de la gendarmerie, le colonel Jean Izamo, un ami. Mais ce dernier se fait devancer par le colonel Jean-Bedel Bokassa – qui est préféré par la France – …..

-Suite dans les audio-

Bokassa 1er Empereur de Centrafrique

Chroniques du Dr. Mansour : Centrafrique 3/3 – Bokassa 1er (18 décembre 2014) by Malcolm Jammal Haidar on Mixcloud

Bibliographie :

– Pierre Saulnier : « Le Centrafrique : Entre mythe et réalité (1998);

– Jean-Noël Brégeon : « Un rêve d’Afrique : Administrateurs en Oubangui-Chari, la Cendrillon de l’empire » (1998) ;

– Pierre Kalck : « Histoire centrafricaine des origines à 1966 » (1992) ;

– Olivier Colombani : « Mémoirescoloniales : La fin de l’Empire français d’Afrique vue par les administrateurs coloniaux (1991).