Canada : Les grandes villes canadiennes, terrain propice aux recrutements « intégristes »

D’après Larédac’ à 11h39 le 30 Août 2014

Collin Gordon (à g.) et Greg Gordon (à dr.) se sont convertis à l’islam et étaient connus dans la communauté musulmane comme Abdul Malik et Khalid (Photo tirée de Facebook)

Le Canada est inquiet de l’augmentation de tous ses ressortissants voulant partir pour rejoindre l’EI en Irak. Certaines de ses grandes villes sont particulièrement touchées. Toronto, Montréal et maintenant Calgary, la grande ville canadienne de l’Ouest, qui est plutôt connu pour son rodéo et son pétrole, serait à son tour devenue un terrain de chasse particulièrement riche pour les recruteurs de groupes dits islamistes extrémistes comme l’État dit islamique qui n’hésiterait pas à menacer et décapiter tout musulman modéré qui oserait s’opposer à lui. 

Deux autres jeunes de Calgary, Gregory et Collin Gordon se seraient ralliés, probablement en 2012, aux étrangers qui se battent aux côtés de l’État islamique en Irak et en Syrie, rapporte cette semaine la télévision publique canadienne.

Ce cas vient s’ajouter à la liste grandissante de jeunes qui ont quitté la métropole albertaine pour l’Irak et la Syrie.

Après s’être convertis à l’islam, les frères Gordon se sont fait connaître auprès des membres de la communauté musulmane de Calgary en tant que Abdul Malik et Khalid, rapporte la CBC, la chaîne de langue anglaise de la télévision publique canadienne.

Entre 2011 et 2012, ils partagent un appartement dans l’immeuble où ont habité Damian Clairmont et Salman Ashrafi.

Ashrafi s’est fait exploser en Irak en novembre dernier lors d’un attentat-suicide de l’État islamique, qui a fait 46 morts, alors que Clairmont a été tué en combattant en Syrie plus tôt cette année.

Un autre Calgarien, Farah Shirdon, qui avait pris part à un «groupe d’étude» avec Salman Ashrafi, Damian Clairmont et les frères Gordon, s’est rallié à l’État islamique et aurait été tué dans un combat il y a quelques semaines, affirme la CBC.

Sur les réseaux sociaux, Collin Gordon se fait appeler Ibrahim Canadi et publie entre autres des photos du chef de l’État islamique Abou Bakr Al-Baghdadi. L’une de ses publications fait l’apologie de la mort du journaliste américain James Foley, disant qu’il s’agit de la perfection dans le domaine du terrorisme.

Selon des sources dans la communauté musulmane de Calgary, les frères Gordon auraient disparu fin 2012. C’est aussi à cette époque que MM. Ashrafi et Clairmont se sont rendus en Syrie.

Et ces cas sont loin d’être uniques. Il y a près de deux semaines, un jeune homme, encore une fois de Calgary, et qui était apparu dans une vidéo de l’EI il y a quatre mois, aurait perdu la vie au combat en Irak, si on en croit ce que disent sur les réseaux sociaux des groupes et individus de la mouvance islamiste en Irak.

Cet autre jeune Calgarien, Farah Mohamed Shirdon, avait été filmé pendant qu’il brûlait son passeport canadien. Il faisait partie d’une vingtaine d’Albertains à s’être joints au groupe extrémiste depuis deux ans.

Les communauté musulmanes réagissent, l’EI menace

Mais, de plus en plus, les communautés musulmanes trouvent le courage de réagir et condamnent les groupes ultra-radicaux comme l’État dit islamique.

Mahdi Qasqas, un jeune musulman et psychologue de Calgary, cité par la CBC, estime que sa communauté doit se mobiliser pour combattre la radicalisation.

« Il y a des signes qui nous indiquent que certains individus suivent ce chemin. C’est pourquoi nous voulons former les travailleurs sociaux. Pour qu’ils puissent faire cesser ce processus. Nous voulons qu’ils soient efficaces« , affirme-t-il.

Le jeune psy musulman croit qu’il faut former les membres de la communauté et les intervenants sociaux pour reconnaître les signes de la radicalisation.

Mais s’opposer aux extrémistes pour qui le Canada, comme la Grande-Bretagne, la France, la Belgique et bien d’autres pays occidentaux, est un vivier de jeunes djihadistes en puissance, ne va pas sans risque.

La semaine dernière, menacé par l’État islamique, un imam canadien s’est mis en grève de la faim.

Un imam de Calgary, Syed Soharwardy, fondateur du Conseil Suprême Islamique du Canada et de Musulmans contre le terrorisme, connu pour prôner le pacifisme dans ses prêches, a réagit au meurtre horrible du journaliste américain en déclarant qu’il voulait « que tout le monde sache que l’EIIL [État islamique en Irak et au Levant, l’autre nom de l’État islamique] ne fait pas partie de la communauté musulmane ».

« L’EIIL utilise l’islam pour détruire la paix et créer une mauvaise image de l’islam. Ce sont des terroristes et ils doivent être punis« , s’est indigné le religieux musulman.

Mais, peu après sa condamnation, a raconté à la télévision publique de la CBC, il dit avoir été contacté sur Facebook par un musulman originaire d’Ottawa disant combattre actuellement à Mossoul, ville du nord de l’Irak sous contrôle de l’EI.

L’homme a condamné à son tour l’imam, lui disant « tu es un imam déviant et ta version de l’islam n’est pas la bonne« .

L’EI propagande 2.0

Après la suspension de nombre de ses comptes par Twitter, l’État dit islamique se reporte sur d’autres réseaux pour diffuser sa vision. Un de ces réseaux décentralisé est Diaspora, celui-ci déjà fait fermer les comptes les plus actifs, a-t-il indiqué à l’AFP.

« Nous avons vu de nombreux comptes suspects se créer assez rapidement le 20 août. La liste en compte aujourd’hui 120. La grosse majorité sont déjà supprimés« , a indiqué à l’AFP « Flaburgan », porte-parole du réseau.

« Mais les administrateurs ne sont pas obligés de supprimer les comptes signalés. D’abord, le compte peut ne pas être illégal dans le pays où le serveur est situé, ensuite, l’administrateur peut choisir volontairement de laisser le contenu en assumant« .

Mais « nous souhaitons que notre réseau soit un lieu d’échange amical et ne serve pas à l’organisation de meurtres ou à la diffusion de messages de propagande incitant à la haine« , explique-t-il.

Diaspora a été lancé en 2010 par des étudiants américains, c’est un réseau de « noeuds » qui permet à chacun d’ouvrir un mini-réseau social, sans administrateur central pour le censurer. Sur son blog, Diaspora explique que l’État dit islamique « migre vers des systèmes de logiciel libre » décentralisés de ce type.

« Il n’y a pas de serveur central, donc aucun moyen pour l’équipe centrale de retirer des contenus dans un « noeud »« , explique le groupement, contrairement à Twitter ou YouTube.

« Nous ne pouvons empêcher personne d’utiliser Diaspora ni influencer les décisions des administrateurs individuels. C’est peut être une des raisons qui a attiré l’État islamique sur notre réseau« .

Même constat en Grande-Bretagne où la presse britannique avait déjà signalé il y a une dizaine de jours que le groupe avait utilisé discrètement un service gratuit créé par un étudiant polonais pour y publier de nombreuses images d’exécutions et de propagande.

Twitter a déjà suspendu nombre de comptes de membres de l’État islamique et de ses partisans, qui relayaient les images de la fausse ou vrai exécution du journaliste américain James Foley par exemple.

LiveLeak, autre site qui avait hébergé la vidéo sur James Foley, légèrement tronquée, est revenu sur sa position libertaire pour annoncer qu’il « ne montrera plus d’autres vidéos de décapitations de l’État islamique« .

Le site, dont le credo était de montrer la réalité sans censure, raconte avoir connu un pic de trafic mercredi d’internautes qui cherchaient la vidéo sur James Foley.

« Nous avons montré au monde la véritable horreur de cette forme d’exécution plus d’une fois et ne pouvons trouver aucune raison d’en monter davantage« .

Liveleaks regrette cependant que « le monde s’émeuve quand meurt un des nôtres mais pas pour des meurtres d’Arabes« .

Source : avec 45e Nord.ca, Presse Canadienne, AFP