Chelsea Manning accuse les États-Unis de continuer à mentir sur son engagement réel en Irak

D’après Larédac’ à 17h57 le 16 Juin 2014

L’ex-analyste du renseignement en Irak Chelsea Manning, incarcérée pour avoir été à l’origine de la plus grande fuite de documents secrets de l’histoire américaine, est sortie de son silence, dimanche, en accusant Washington de continuer à mentir sur l’Irak.

« Alors que l’Irak entre en guerre civile et que l’Amérique envisage encore une intervention, ce travail inachevé confère une nouvelle urgence à la question de savoir comment l’armée des Etats-Unis contrôle la couverture médiatique de son engagement de longue date là-bas et en Afghanistan« , a-t-elle souligné.

Chelsea Manning, anciennement prénommée Bradley, condamnée à 35 ans de prison en cour martiale pour la fuite de 700.000 documents confidentiels, s’exprime dans une chronique publiée dimanche dans le New York Times, intitulée « La brumeuse machine de guerre ».

« Je crois que les limites actuelles de la liberté de la presse et le lourd voile du secret du gouvernement empêchent que les Américains saisissent pleinement ce qui se passe dans les guerres que l’on finance« , écrit encore la prisonnière.

« Je sais que par mes actes, j’ai violé la loi. Cependant, les inquiétudes qui m’avaient alors guidée n’ont pas été résolues« , écrit Manning, incarcérée à Fort Leavenworth, au Kansas.

Manning, qui a officiellement adopté le prénom féminin Chelsea et demande à bénéficier d’un traitement hormonal pour changer de sexe, avait été reconnue coupable en août 2013 d’avoir transmis au site WikiLeaks des centaines de milliers de documents diplomatiques et militaires, que le site avait publiés.

Alors que le président Barack Obama a annoncé cette semaine étudier « toutes les options » pour empêcher l’avancée des jihadistes en Irak, l’ancienne analyste du renseignement militaire dans ce pays fustige « un accès éviscéré du public américain aux faits, les laissant sans moyen d’évaluer la conduite de leurs dirigeants« .

Evoquant la présentation de l’élection de 2010 en Irak, alors décrite comme un « succès« , Manning explique que « ceux qui étaient stationnés dans ce pays étaient tout à fait conscients d’une réalité plus complexe » que celle présentée officiellement.

« J’étais choquée par la complicité de notre armée dans la corruption de l’élection. Pourtant ces détails profondément troublants ont disparu des radars des médias américains. Comment les plus hauts décideurs peuvent-ils dire que l’opinion publique américaine et même le Congrès soutiennent le conflit alors qu’ils n’ont pas eu la moitié des informations ?« , écrit Manning, en précisant n’avoir jamais vu plus de douze journalistes américains accrédités simultanément en Irak pour une population de 31 millions habitants et 117.000 soldats américains.

Il s’agit de sa « première chronique écrite derrière les barreaux« , souligne Emma Cape, du Réseau de soutien de Manning, soulignant sa « perspective unique sur la question« .

« L’article démontre le perpétuel intérêt de Manning à militer pour la transparence du gouvernement« , ajoute-t-elle dans un communiqué.

Cette information fait écho avec ces élus et anciens responsables militaires qui ont débattu, sur les chaînes de télévision américaines, des différentes options de l’administration Obama pour empêcher l’avancée des designés « jihadistes » en Irak. Le sénateur Lindsey Graham, favorable à des frappes aériennes (sur des civiles…) , a appelé Washington à agir « car l’Irak et la Syrie combinés vont devenir la zone de préparation du prochain 11-Septembre, si on ne fait rien« .

« Les gens qui tiennent le terrain en Irak sont aussi ceux qui occupent le terrain en Syrie. L’instabilité économique venant d’une dégringolade en Irak affectera les prix de l’essence et notre reconstruction économique« , a-t-il ajouté sur CNN. Il a appelé en outre à la démission du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki et à l’engagement direct de Washington avec l’Iran pour freiner l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Ceux-ci ont pris en trois jours les villes de Mossoul et Tikrit ainsi que des secteurs d’autres provinces de Diyala et de Kirkouk.

Le général à la retraite Peter Chiarelli, ex-commandant en Irak, a estimé que les combattants de l’EIIL « avaient un créneau là-bas, ils ont saisi ce créneau et je pense que nous devons vraiment, vraiment nous en préoccuper« . « J’ai lu quelque part hier qu’ils sont devenus l’organisation terroriste la plus riche au monde maintenant qu’ils ont pris Mossoul et je suis inquiet, je pense que tous les Américains doivent être inquiets« , a-t-il déclaré sur ABC.

Opposé à toute action militaire, un autre élu républicain, Michael McCaul, qui préside la commission sur la Sécurité de la Chambre des représentants, a appelé à une offensive diplomatique avec les alliés des Etats-Unis, pour trouver une solution politique impliquant les Sunnites, Chiites et Kurdes d’Irak.

« Sans leur coopération contre les extrémistes, il ne se passera rien. Ils ne vont rien faire tout seuls. Ils ont besoin que nous les guidions« , a-t-il dit sur ABC. Les insurgés de l’EIIL sont « les pires des pires« , a-t-il estimé. « S’ils rentrent aux Etats-Unis ou en Europe occidentale, je vois ça comme la plus grande menace aujourd’hui« .

Irak : prochains pourparlers directs entre Washington et Iran, des ennemis amis le temps d’une guerre.

Des pourparlers directs débuteront sous peu entre les deux grands rivaux américain et iranien en vue d’envisager une coopération pour aider l’Irak face à l’offensive des jihadistes sunnites, selon le Wall Street Journal de dimanche.

L’Iran, pays à majorité chiite, se trouve de manière inattendue avoir des intérêts stratégiques communs avec les Etats-Unis dans l’aide que les deux pays comptent apporter aux autorités irakiennes, bien sûr chiites, contre les insurgés sunnites qui ont pris le contrôle de vastes territoires en Irak.

Dans une déclaration surprenante, le président iranien Hassan Rohani n’a pas exclu samedi une coopération avec les Etats-Unis, pourtant brandi comme le grand ennemi par Téhéran, afin de lutter contre les insurgés sunnites de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) qui tenteraient de créer un Etat islamique à cheval sur l’Irak et la Syrie.

Le Wall Street Journal précise que les discussions pourraient avoir lieu en marge des négociations qui ont débuté à Vienne aujourd’hui lundi sur le nucléaire iranien. Le secrétaire d’Etat adjoint Bill Burns, qui a déjà mené un dialogue secret avec Téhéran, participe aux pourparlers de Genève.

Un responsable américain a démenti les informations du WSJ. « Nous n’avons engagé (aucune discussion) et nous n’avons rien de prévu« , a-t il déclaré à l’AFP.

Prouvant la menace grandissante que représentent les dits « jihadistes » en Irak, Washington a condamné dimanche le massacre « horrible » que l’EIIL a affirmé avoir perpétré en exécutant 1.700 soldats chiites irakiens à Tikrit (nord).

L’EIIL a conquis en trois jours – mardi, mercredi et jeudi- de vastes territoires irakiens, dont la deuxième ville du pays, Mossoul.

Washington a annoncé le déploiement dans le Golfe d’un porte-avions, mais reste opposé à l’envoi de troupes au sol, tandis que l’Iran s’est dit hostile à « toute intervention militaire étrangère« , estimant qu’elle compliquerait encore davantage la situation.

Source : Afp, Associated Press, Wshinton Post, NY Times, The guardian, Wall Street Journal, CNN, ABC