Chine : Quarante émeutiers ont été tués dans le Xinjiang

D’après Larédac’ à le 29 Septembre 2014

Une série d’attaques à l’explosif a eu lieu dans la préfecture de Luntai dimanche 21 septembre à 17 heures, selon Tianshan Wang, le site du journal officiel de la région autonome du Xinjiang (RAX). Luntai se trouve au cœur de la région, à 360 kilomètres au sud-ouest d’Urumqi, la capitale du Xinjiang.

Ces événements interviennent alors que l’universitaire ouïghour Ilham Tohti est passé en jugement à Urumqi les 17 et 18 septembre.

Le 23, la nouvelle de sa condamnation à la prison à vie pour crime “séparatiste” a été annoncée.

Cet incident, qui n’a été annoncé que dans la nuit de jeudi à vendredi (ce 26 septembre 2014) -cinq jours après les faits- est intervenu à l’avant-veille de la condamnation à la prison à vie mardi de l’intellectuel ouïghour Ilham Tohti par un tribunal d’Urumqi, la capitale du Xinjiang.

Pékin est aux prises avec la récente radicalisation d’une minorité de Ouïghours. Ceux-ci ont multiplié les attentats meurtriers – dont plusieurs attentats suicide – au Xinjiang, Région autonome aux confins de l’Asie centrale, et dans le reste de la Chine.

Deux émeutiers ont été arrêtés, selon Tianshan, tandis que le principal suspect, présenté sous le nom de Mamat Tursun, a été abattu.

Les 40 émeutiers tués se seraient fait exploser ou ont été abattus par la police, a affirmé Tianshan.

Lundi, la presse officielle avait fait état brièvement d’une série d’explosions et de deux morts à Luntai.

Les autorités communistes restreignent sévèrement l’accès au Xinjiang et les informations sont difficilement vérifiables de manière indépendante.

Contactés vendredi par l’AFP depuis Pékin, des employés d’hôtels à Luntai ont raconté que la ville était quadrillée par la police militaire, la gendarmerie chinoise.

Les forces de sécurité sont encore dans la rue, a déclaré l’un deux, tandis qu’une autre évoquait l’isolement de la ville: Beaucoup de gens ne viennent plus.

Selon Tianshan, quatre explosions se sont produites dimanche dans deux commissariats de police, un marché et un magasin au cours de cette attaque organisée et d’envergure.

Le meneur désigné, Mamat Tursun, qui travaillait dans le bâtiment, aurait progressivement basculé dans l’extrémisme depuis 2003 et appelé d’autres gens à rejoindre son groupe terroriste, a affirmé pour sa part l’agence officielle Chine Nouvelle.

A l’issue d’un procès qui a suscité une levée de boucliers à l’étranger, Ilham Tohti, un universitaire ouïghour « modéré », a été accusé de séparatisme, une accusation qu’il a rejeté.

Teng Biao, un avocat chinois renommé, défenseur d’opposants, a écrit à ce propos cette semaine dans le quotidien britannique The Guardian que les autorités chinoises, avec leur usage excessif de la violence, ont semé hostilité, division et désespoir au Xinjiang et au Tibet.

Dans un commentaire, le quotidien officiel Global Times a estimé au contraire que la prison à vie pour l’intellectuel devrait servir de leçon aux séparatistes et leur faire réaliser le prix à payer.

La recrudescence des violences a fait plus de 200 morts depuis un an au Xinjiang, où les autorités ont lancé une dure campagne de répression ces derniers mois, qui s’est soldée notamment par plus d’une vingtaine d’exécutions annoncées.

Les Ouïghours, turcophones de tradition musulmane, sont évalués à une dizaine de millions au Xinjiang, où ils constituent l’ethnie majoritaire, à côté notamment des Kazakhs et des Tadjiks.

Les Chinois han, arrivés par millions ces dernières années, constituent désormais plus de 40% de la population du Xinjiang.

Série d’incidents

Le site d'information Zhongguo Xinwen Wang signale par ailleurs que les accusés de l'attaque du 1er mars dernier dans la gare de Kunming, capitale du Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine, ont été jugés le 12 septembre. Ce jour-là, 5 Ouïghours avaient attaqué à l'arme blanche des civils, tuant 31 personnes et en blessant 141. Trois Ouïghours ont été condamnés à la peine de mort, une autre à la prison à vie, pour les crimes terroristes.

Plusieurs autres émeutes en rapport avec des Ouïghours ont eu lieu au cours de cette année, rappelle le Takungpao, quotidien hongkongais proche de Pékin. En mai 2014, une explosion dans un marché à Urumqi a entraîné la mort de 31 personnes et fait 94 blessés. En avril, la gare sud d’Urumqi a connu des affrontements, dans lesquels 3 civils avaient été tués et 79 blessés. En février, un groupe d’Ouïghours a attaqué la police de la préfecture d’Uqturpan, 3 personnes se sont suicidées au cours de l’incident. En janvier, au centre de la préfecture de Xinhe, une série d’explosions avait entraîné au moins 9 morts, dont celle d’un civil.