Chine/Ouïghours : 8 personnes condamnées à mort

D’après larédac à 21h50 le 09 Décembre 2014

Huit personnes ont été condamnées à mort en Chine pour avoir participé à deux attaques au couteau et à la bombe au printemps dernier dans la région du Xinjiang, rapporte la presse officielle lundi.

Cinq accusés ont été condamnés à la peine capitale « avec sursis« , ce qui en principe équivaut à la réclusion à perpétuité.

Quatre personnes ont été condamnées à des peines de prison d’une durée inférieure, indique l’agence Chine nouvelle.

En avril, une attaque au couteau et à la bombe dans une gare ferroviaire d’Urumqi, la capitale du Xinjiang, avait fait trois morts et 79 blessés. En mai, des explosifs jetés de l’intérieur de deux SUV avaient fait 39 morts sur un marché d’Urumqi.

Des centaines de personnes ont été tuées dans cette région autonome de l’ouest de la Chine ces deux dernières années, pour la plupart en raison des violences entre la minorité musulmane ouïghoure et la majorité chinoise.

Des attaques ont eu lieu en outre dans d’autres parties de la Chine, notamment à Pékin, de la part d’islamistes du Xinjiang.

L’attaque du mois d’avril aurait été organisée par un membre du « Mouvement islamique du Turkestan oriental » qui a depuis quitté la Chine, indique l’agence de presse.

Le groupe s’était réuni pour regarder des vidéos et s’exercer aux explosifs, indique Chine nouvelle.


De nombreux Ouïghours , minorité musulmane persécuté et discriminé par le pouvoir central chinois, et appellent le Xinjiang Turkestan oriental. Le gouvernement chinois met souvent les violences qui ont lieu dans la région sur le compte « d’extrémistes » indépendantistes.

La télévision publique a diffusé des interviews de certains accusés, qui ont dit avoir été entraînés et regretter leurs actes.

Pour Dilxat Raxit, porte-parole du Congrès mondial ouïghour, un procès équitable n’était pas possible dans ce contexte hautement politisé.

Manifestation en faveur d’un intellectuel Ouïghour


Quelques dizaines de personnes ont manifesté place du Trocadéro à Paris le 6 décembre 2014 à l’appel du Parti Démocratique Chinois. Ils réclament la libération de l’intellectuel ouïghour Ilham Tohti condamné à perpétuité par la justice chinoise pour séparatisme. 

Les manifestants se sont réunis sur le parvis des Droits de l’Homme, place du Trocadéro, pour contester l’arrestation le 15 janvier 2014 puis le jugement le 23 septembre à perpétuité de l’économiste et militant ouïghour. 

Économiste respecté, enseignant à l’Université des minorités de Pékin, Ilham Tohti, 44 ans, a longtemps dénoncé la répression visant les Ouïghours en évitant toujours soigneusement de réclamer l’indépendance du Xinjiang, le nom officiel de la province chinoise situé au Nord-Ouest du pays.

Il est connu pour avoir fondé Uighurbiz.net, un site d’informations sur le Xinjiang en chinois et en ouïghour. Ce site est bloqué en Chine depuis les émeutes interethniques qui avaient secoué en 2009 Urumqi, y faisant près de 200 morts.

L’intellectuel Ouïghour Ilham Tohti a été condamné, mardi 23 septembre, à la prison à vie pour « séparatisme« . Il s’agit du verdict le plus sévère infligé à un critique du régime.

Un verdict sévère

Le tribunal populaire intermédiaire d’Urumqi, capitale de la province musulmane du Xinjiang, s’est prononcé en faveur de la plus lourde peine encourue, avait annoncé son avocat Li Fangping à la sortie de trois heures et demie d’audience.

Des vidéos des cours de Ilham Tohti ainsi que des commentaires publiés sur son site Internet ont été montrés lors de l’audience par les procureurs afin de prouver qu’il dirige un groupe séparatiste, a confié l’avocat.

« Je n’accepte pas ce verdict, je proteste »

« Il fera certainement appel« , a précisé son avocat Li Fangping qui avait affirmé lors du procès : « Nous ne voyons rien dans le dossier qui nous a été présenté susceptible d’être considéré comme du séparatisme concernant Ilham Tohti.« 

« Ilham a été condamné à la prison à vie pour séparatisme et tous ses biens confisqués. Ilham n’a dit qu’une phrase : « Je n’accepte pas ce verdict, je proteste !« , a rapporté de son côté sur son microblog son deuxième avocat, Liu Xiaoyuan.

Un soutien international

Ilham Tohti bénéficie d’un soutien international. L’Union européenne et les États-Unis, entre autres, ont critiqué la tenue de ce procès. Ils demandent en vain sa libération.

L’ONG Human Rights Watch (HRW) avait dénoncé ce procès comme une « mascarade de justice«  illustrant « l’intolérance (du pouvoir) vis-à-vis des critiques pacifiques«  qui ne pouvait que « conforter le sentiment de discrimination à l’encontre des Ouïghours« .

De son côté, Raphaël Droszewski, le premier secrétaire à la délégation de l’Union européenne à Pékin a déclaré qu’ »Ilham Tohti exerçait ses activités dans le respect de la loi chinoise et nous pensons qu’il doit être libéré« .

Une dizaine de diplomates étrangers se sont rendus à Urumqi pour assister à son procès. Ils se sont toutefois vus refuser l’accès à la salle d’audience, tout comme la presse internationale.

Source : avec Reuters, Chine Nouvelle, AFP, LaCroix, Cidizenside