Conflit syrien : Des artistes en exil peignent pour « illustrer la souffrance »

D’après Larédac’ à 09h30 le 10 Janvier 2014

Note de la rédaction : Une femme canado-Syrienne qui est maintenant installée au Liban, a donné la chance a des artistes syriens de pouvoir s’évader un court instant des atrocités qu’ils voient et vivent quotidiennement. Elle a voulu offrir une petite accalmie, une petite parenthèse à un conflit qui devient de plus en plus incompréhensible chaque jour. Ainsi ces artistes ont pu se consacrer à leur art et ont pu exprimer sur la toile leur vision de la souffrance syrienne.

Perchée dans les montagnes qui surplombent Beyrouth, la petite ville libanaise d’Aley est une oasis de paix. «Il y a du calme ici, comme si les gens vivaient normalement. Je ne suis pas habitué à ça. C’est troublant, mais l’endroit est très joli. C’est une belle ambiance pour travailler», dit Mahmoud Majdal, qui a quitté la Syrie pour la première fois de sa vie pour venir ici.

«Quand les artistes arrivent de la Syrie, ils sont très épuisés, très fatigués», explique la Canado-Syrienne Raghad Mardini, ingénieure en génie civil au Art Residence Aley.

Raghad Mardini avait d’abord restauré le bâtiment, une ancienne écurie deux fois centenaire. Puis le conflit en Syrie est venu donner une raison d’être à l’endroit.

«C’est symbolique aussi; cette place était détruite. Et quand je suis venue, j’ai fait la restauration et j’ai donné beaucoup de passion. Et comme ça, je pense qu’on peut reconstruire notre pays», souligne-t-elle.

Chaque mois, le programme qu’elle a mis sur pied permet à deux jeunes artistes de la Syrie d’échapper temporairement à l’enfer d’un pays plongé dans la violence des combats, pour se consacrer à leurs oeuvres.

«L’art, c’est très important dans cette période qu’on vit maintenant. C’est allé dans un tunnel très noir. Et pour ça, on a besoin d’art, pour changer la vie et donner des idées de paix et de réconciliation— Raghad Mardini, ingénieure en génie civil au Art Residence Aley

L’un des artistes, Mohammed Labash, est originaire de Deraa, la toute première ville à s’être soulevée contre le régime du président Bachar Al-Assad. La toile sur laquelle il travaille représente sa vision, non seulement des Syriens, mais de tous les peuples arabes plongés dans un immense broyeur.

«Je ne cherche pas à envoyer un message, mais à documenter. J’illustre des histoires pour pouvoir les faire voir aux autres. Je peux illustrer la souffrance pour que, peut-être, quelqu’un d’autre puisse la ressentir», dit-il.

Il croit aussi que l’art peut aider à panser les plaies d’une société meurtrie, pour autant qu’elle puisse être partagée.

«Si on met un projecteur sur l’art, si on le met en lumière, on peut peut-être réparer des choses dans la société— Mohammed Labash, artiste syrien

Et c’est la mission que s’est donnée Raghad Mardini. Chaque artiste laisse une oeuvre après son séjour à la résidence, qui s’ajoute à une collection permanente de témoignages d’âmes blessées.

«La seule chose qui nous unit tous, les Syriens, c’est la douleur, la grande douleur. On est maintenant tous malades psychologiquement par ce qu’on voit et ce qu’on vit. Quand ils viennent ici pour un seul mois, c’est [comme] guérir. Comme dans un hôpital», estime Raghad Mardini.

Raghad rêve d’un musée où seront réunies les oeuvres de ces artistes d’une époque noire de la Syrie, une époque qui appartiendrait alors au passé.

Source : Radio-Canada