Conflit syrien (Genève-II) : L’opposition se divise sur sa participation à la conférence de paix mais l’ONU a retiré son invitation à l’Iran

D’après Larédac’ à 14h27 le 21 Janvier 2014

Alors que le Conseil national syrien (CNS), une des principales composantes de l’opposition syrienne, a annoncé lundi son retrait de la Coalition pour protester contre la décision de celle-ci de participer à la conférence de Genève II où elle doit négocier avec le régime de Damas sur une issue au conflit.

Le CNS, qui a toujours refusé de négocier tant qu’il n’y aurait pas de garanties d’un départ du président Bachar al-Assad, a estimé qu’en décidant de participer à cette conférence, la Coalition nationale reniait ses « engagements » à l’égard de la révolte syrienne.

Genève II sauvé par le retrait de l’Iran

À la veille de l’ouverture de la conférence de paix en Syrie mercredi en Suisse, Genève II semblait sauvé par l’exclusion de l’Iran sur décision du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, qui l’avait invité dans un premier temps avant de se rétracter. L’opposition syrienne avait menacé de boycotter la conférence si l’Iran, allié de Bachar al-Assad, était présent, il fallait donc sauver les meubles ! 

Dans un communiqué, la coalition de l’opposition a immédiatement « confirmé sa participation à Genève II, qui a pour objectif une transition politique en Syrie« .

Par contre, une des principales composantes de cette opposition, le Conseil national syrien (CNS), a annoncé son retrait de la Coalition pour protester contre sa participation à Genève II. Ban « a décidé que la réunion d’un jour à Montreux (Suisse) aura lieu sans la participation de l’Iran« , selon son porte-parole Martin Nesirky.

Genève II doit s’ouvrir mercredi par une session ministérielle à Montreux présidée par Ban Ki-moon et à laquelle sont conviés une quarantaine de pays, dont les grandes puissances et les autres pays de la région dont l’Arabie saoudite. 

Les délégations du gouvernement et de l’opposition doivent négocier ensuite à Genève, à partir de vendredi, sous l’égide du médiateur de l’ONU et de la Ligue arabe Lakhdar Brahimi. Martin Nesirky a justifié la décision de Ban Ki-moon par le refus iranien de soutenir un gouvernement de transition en Syrie, comme le prévoit le « communiqué de Genève » signé par les grandes puissances le 30 juin 2012. 

Malgré des assurances verbales données par de hauts responsables iraniens à Ban Ki-moon, a-t-il expliqué, Téhéran a refusé d’entériner le communiqué, alors que celui-ci constitue « la base de discussions et l’objectif » de Genève II. Le ministère iranien des Affaires étrangères avait affirmé lundi que « l’Iran participerait à la conférence sans préconditions« . Le communiqué de Genève parle d’instaurer un gouvernement de transition en Syrie ayant les « pleins pouvoirs exécutifs », ce qui laisse entendre que Bachar el-Assad pourrait perdre une bonne partie, voire la totalité de ses prérogatives.

Toujours selon son porte-parole, Ban Ki-moon, qui devait arriver mardi en Suisse, a été « profondément déçu par les déclarations publiques de l’Iran aujourd’hui« . Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, qui souhaitent le départ de Bachar el-Assad, avaient tous trois fait d’un soutien iranien à une transition démocratique une condition sine qua non de sa présence à Montreux. Un responsable du département d’État s’exprimant anonymement avait même enjoint l’ONU de « retirer » son invitation, annoncée à la presse par Ban Ki-moon lui-même dimanche soir.

Après cette crise, la porte-parole du département d’État américain Jen Psaki a demandé lundi soir « à toutes les parties de se concentrer désormais sur la tâche à accomplir : mettre fin aux souffrances du peuple syrien et amorcer enfin une transition politique« .

De son côté, la Russie, autre fidèle allié de Damas, avait affirmé lundi par la voix de son ministre des Affaires étrangères Serguei Lavrov qu’exclure l’Iran serait « une erreur impardonnable« . Bachar el-Assad avait lui-même contribué à raidir les positions en affirmant, dans un entretien exclusif accordé dimanche à l’AFP, qu’il avait de « fortes chances » d’être candidat à sa succession cette année. 

Samedi soir, l’opposition syrienne en exil avait levé, après de difficiles tractations, la dernière hypothèque qui pesait sur Genève II en acceptant d’y envoyer une délégation. Mais l’invitation lancée par Ban Ki-moon à l’Iran dimanche avait rebattu les cartes, déclenchant d’intenses consultations dans une ambiance de crise. Les négociations en tant que telles entre le gouvernement de Bachar el-Assad et l’opposition doivent débuter vendredi à Genève mais les objectifs des deux camps semblent totalement inconciliables. 

Dans un entretien à l’AFP, le président syrien a en effet exclu de confier la direction d’un futur gouvernement à un opposant et a pronostiqué que sa guerre contre les rebelles prendrait « beaucoup de temps ». Face à cette assurance, un haut responsable américain a indiqué lundi que Washington avait reçu de « nombreux messages » de la part de membres du régime de Damas « impatients de trouver une solution pacifique » à la guerre civile qui ensanglante le pays. 

Celle-ci a fait plus de 130 000 morts depuis mars 2011. Sur le terrain, un double attentat-suicide à la voiture piégée a eu lieu lundi dans la ville frontière de Bab al-Hawa, près de la frontière turque, tuant au moins cinq personnes, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). 

Et à la veille du début de la conférence de paix, le Guardian et CNN ont publié lundi un rapport dans lequel trois anciens procureurs internationaux accusent la Syrie de massacres à grande échelle et de tortures. Le rapport, commandé par le Qatar, pays qui soutient les rebelles syriens, est visible sur les sites du quotidien britannique et de la chaîne d’information américaine, et est basé sur le témoignage et des photos fournis par un déserteur anonyme pour raisons de sécurité.

La Russie regrette que l’Iran ne soit pas invité à Genève II 

La Russie considère comme une « erreur » la décision de l’ONU de renoncer à inviter l’Iran à la conférence Genève II sur la Syrie, a déclaré mardi le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, devant la presse. « C’est bien sûr une erreur », a déclaré Sergueï Lavrov. « Nous avons toujours souligné que tous les acteurs extérieurs qui ont une influence sur la situation devaient être représentés », a-t-il ajouté, interrogé sur la décision du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, peu après avoir invité l’Iran, d’exclure ce pays pour sauver la conférence qui commence mercredi. 

Sergueï Lavrov a critiqué les explications données par Ban Ki-moon pour son revirement. « Quand le secrétaire général de l’ONU a dit qu’il était contraint d’annuler son invitation à l’Iran parce que l’Iran ne partage pas les principes du règlement inscrits dans le communiqué de Genève (de juin 2012, ndlr), c’est à mon avis une phrase assez retorse », a déclaré Sergueï Lavrov. « Ceux qui ont exigé que l’on annule l’invitation de l’Iran sont ceux qui affirment que la mise en oeuvre du communiqué de Genève doit aboutir à un changement de régime » en Syrie, a déclaré le ministre russe.

Syrie : un rapport impute à Damas des massacres à grande échelle 

Trois anciens procureurs internationaux accusent la Syrie de massacres à grande échelle et de tortures dans un rapport basé sur le témoignage d’un déserteur et commandé par le Qatar, pays qui soutient les rebelles syriens, ont rapporté lundi le Guardian et CNN. Le rapport, visible sur les sites du quotidien britannique et de la chaîne d’information américaine, est basé sur le témoignage non authentifié et des photos fournies par cette source, restée anonyme pour des raisons de sécurité. 

La publication de ce rapport intervient à la veille du début de la conférence de Genève II destinée à sortir la Syrie de la guerre civile. L’informateur, un photographe qui affirme avoir déserté le police militaire syrienne, a fourni environ 55 000 photos numériques de 11 000 prisonniers morts aux experts médico-légaux mandatés par le cabinet juridique représentant le Qatar. Il affirme qu’ils sont morts en captivité avant d’être transportés dans un hôpital militaire pour y être photographiés. 

Certains d’entre eux n’avaient plus d’yeux et d’autres présentaient des signes de strangulation ou d’électrocution, selon le rapport de 31 pages. Le rapport a été rédigé par Desmond de Silva, ancien procureur en chef du tribunal spécial pour la Sierra Leone, Geoffrey Nice, ancien procureur en chef lors du procès de l’ex-président yougoslave Slobodan Milosevic, et David Crane, qui a inculpé le président libérien Charles Taylor. 

Les auteurs du rapport ont jugé le témoin et ses preuves crédibles après les avoir soumis à « un examen rigoureux », et ont mis le résultat de leur travail à la disposition de l’ONU, des gouvernements et des organisations de défense des droits de l’homme.

« Nous avons maintenant des preuves directes de ce qui est arrivé aux personnes qui avaient disparu« , a commenté David Crane. Le Qatar, à majorité sunnite, avait immédiatement apporté son soutien aux rebelles lors de leur soulèvement en 2011 contre Assad, soutenu par l’Iran chiite.

Source : Afp, Reuters, OSDH, agences de presse