Des dizaines d’arrestations avant une manifestation anti-régime d’Al Sissi

Officiellement organisé pour protester contre la rétrocession de deux îles de la mer Rouge à l’Arabie saoudite, le rassemblement s’est transformé en contestation du régime. « Je proteste à cause de la situation générale dans le pays, pas seulement pour les îles », a expliqué Mohamed Hussein, un ingénieur.

Plus d’un millier de personnes ont manifesté vendredi dans le centre du Caire en demandant la « chute du régime » du président Abdel Fatah al-Sissi, le plus grand rassemblement de contestation du pouvoir depuis deux ans.

Dans la soirée, la police a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants restants tandis que des policiers en civil en poursuivaient d’autres dans les rues adjacentes au lieu de rassemblement, a constaté un journaliste de l’AFP.

Plus tôt dans la journée, la police avait dispersé une autre manifestation dans le quartier de Mohandessine à coups de grenades lacrymogènes et procédé à au moins 12 arrestations, selon un officier de police.

A Alexandrie (nord), les forces de l’ordre ont également tiré des gaz lacrymogènes contre les protestataires et arrêté certains d’entre eux, selon la même source.

Au Caire, la principale manifestation a eu lieu près du syndicat des journalistes, dans le centre, à l’appel de militants de gauche et laïcs qui ne s’étaient jamais mobilisés ainsi contre le régime du président Sissi depuis son élection en juin 2014.

Arrestation et étouffement ? 

Un homme face aux forces de sécurité pendant une manifestation, le 15 avril dans le centre du Caire, appelant à la "chute du régime" du président Sissi. (Afp)
Un homme face aux forces de sécurité pendant une manifestation, le 15 avril dans le centre du Caire, appelant à la « chute du régime » du président Sissi. (Afp)

Les forces de sécurité égyptiennes ont arrêté dans les dernières 24 heures des dizaines de personnes dont des avocats et des militants des droits de l’Homme avant une manifestation anti-régime prévue le 25 avril, a indiqué un collectif d’avocats.

Ce collectif a publié vendredi soir sur sa page officielle Facebook une liste de 59 personnes interpellées depuis jeudi.
« La campagne d’arrestation se poursuit », a-t-il précisé.  

Des témoins et le collectif d’avocats ont déclaré que de nombreux militants ont été arrêtés jeudi soir alors qu’ils se trouvaient sur des terrasses de café, dans le centre du Caire.

Plusieurs groupes d’opposition dont le mouvement du 6-Avril, chef de file de la contestation populaire qui chassa le président Hosni Moubarak du pouvoir début 2011, ont appelé à une manifestation le 25 avril contre la politique menée par le président Abdel Fattah al-Sissi.

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Ils s’insurgent notamment contre la rétrocession à l’Arabie saoudite des deux îlots inhabités de Tiran et Sanafir au large de la péninsule du Sinaï.

Plus d’un millier de personnes avaient manifesté le 15 avril dans le centre du Caire en demandant la « chute du régime » du président Sissi, le plus grand rassemblement de contestation du pouvoir depuis deux ans.

Officiellement organisé pour protester contre la rétrocession des deux îlots de la mer Rouge, le rassemblement s’était transformé en contestation du régime.

La manifestation avait été organisée à l’appel de militants de gauche et laïcs. Les protestataires avaient été dispersés par la police à coup de gaz lacrymogène.

Parmi les personnes arrêtées ces dernières 24 heures figurent le célèbre militant des droits des travailleurs et avocat Haitham Mohamedin, a indiqué l’avocate Rajia Amrane, membre du collectif.

La loi égyptienne interdit tout rassemblement public qui ne serait pas préalablement autorisé par le ministère de l’Intérieur.

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Le président Sissi jouit depuis son élection en 2014 d’une grande popularité mais essuie depuis quelques mois de nombreuses critiques pour sa gestion de la crise économique et la persistance des violences policières.

Ex-commandant de l’armée ayant destitué en 2013 son prédécesseur Mohamed Morsi, M. Sissi est accusé par les organisations internationales de défense des droits de l’Homme d’avoir instauré un régime ultra-autoritaire, réprimant implacablement toute opposition qu’elle soit islamiste, laïque ou libérale.

Sources: AFP, reuters, Al Watan, L’orient le Jour