Des femmes Rohingyas fuient la violence mais se retrouvent vendues…

Les épreuves se multiplient pour l'une des communautés les plus persécutées au monde selon l'ONU. En effet les Rohingyas subissent en ce moment de fortes inondations à cause de la mousson et renforcées par un cyclone qui a touché le pays. Habitations, infrastructures, routes, terres agricoles tous englouties par les eaux et les glissements de terrain un peu partout dans le pays…. L’Etat d'Arakan (région des Rohingyas) n'a pas été épargné, c'est dans cette région où se concentrent les Rohingyas, dans l’ouest du pays, où 140 000 personnes vivent dans des camps.

L'histoire que nous allons vous conter à présent concerne une de ces personnes parquées dans un de ces camps inhumains où le trafic, la faim et l'humiliation assaillent ces pauvres âmes quotidiennement mais cette fois dans la jungle étouffante du sud de la Thaïlande. Dans un camp, loin de chez elle, une jeune femme a été offerte en mariage après un peu plus de deux mois de captivité.

Elle avait fui le Myanmar (Birmanie) dans le cours de l'année dans l'espoir de parvenir à échapper aux persécutions et trouver refuge et sécurité en Malaisie, à la suite des émeutes anti-musulmanes, où elle a vu son village brûlé.

Mais sa famille ne pouvait pas se permettre de payer les 1,260 $ (près de 1148.47€) que les contrebandiers exigeaient pour terminer le voyage.

Les contrebandiers lui ont dit qu'un étranger était prêt à payer pour sa liberté si elle acceptait de l'épouser.

« Je suis autorisé à appeler mes parents, et ils ont dit que si je voulais bien, ce serait mieux pour toute la famille« , a déclaré Shahidah Yunus, 22 ans. « J'ai compris ce que je devais faire« .

Shadidah a rejoint les centaines de jeunes femmes Rohingyas vendues en mariage à des hommes eux mêmes Rohingyas et déjà installés en Malaisie… C'est le prix à payer pour échapper à la violence et à la pauvreté dans leur pays.

Shahidah Yunus avec son mari
Shahidah Yunus avec son mari

Bien que certaines femmes acceptent de plein gré de tels mariages pour échapper à l'emprisonnement ou pire aux mains de passeurs et finir en marchandise, d'autres en revanche sont trompées ou forcées. Certaines d'entre elles n'étant encore que des adolescentes.

Il semble difficile d'évaluer leur nombre, cependant les responsables et militants d'ONG estiment que ces dernières années, des centaines, si ce n'est des milliers de femmes Rohingyas ont été mariées de cette manière, et leur nombre ne cesse d'augmenter selon leur observation.

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés a signalé qu'une vague de migrants venant du Bangladesh et du Myanmar sont arrivés cette année, ces nouvelles arrivées massives ne font qu'augmenter les « enlèvements et les mariages arrangés, sans le consentement de la femme dont le transite (via des passeurs et trafiquants) a finalement été payée par des maris potentiels« .

« Des centaines, voire des milliers de femmes et de filles ont été forcées, ou vendues à des fins de mariage par l'intermédiaire du trafic (des passeurs) depuis 2012« , nous explique Monsieur Matthew Smith, le directeur exécutif de Fortify Rights, un groupe de défense des réfugiés Rohingyas basé à Bangkok.

« Pour certaines familles, cela est perçu comme un impératif (une alternative), comme une nécessité de survie« .

« Les organisations (criminels) de trafiquants voient cela comme une entreprise – très – lucrative » a-t-il ajouté, précisant que pour ces femmes et ces filles, être « vendues – ou forcées de se marier- est un moindre mal, et c'est cela qui pose problème« .

Shadidah partage dorénavant une maison avec son époux, âgé de 28 ans, avec 17 autres Rohingyas sur l'île de Penang, en Malaisie. Elle a expliqué qu'elle avait peu de possibilités, après que l'un de ses oncles qui avait promis de payer la somme demandée par les passeurs pour son voyage, n'a pas réussi à le faire.

« J'ai choisi d'épouser mon mari parce que les contrebandiers avaient demandé cet argent pour me libérer » a-t-elle dit.

« Nous avions peur du viol. Il valait mieux se marier à un homme Rohingya qui peut prendre soin de nous« .

île de Penang
île de Penang

Sharifah Shakirah, une réfugiée Rohingya installée à Kuala Lumpur, qui conseille et aide les réfugiés à s'installer voire à s'intégrer, a déclaré que beaucoup de femmes détenues par les contrebandiers craignent que si elles ne trouvent pas de maris (qui paieraient pour les épousées) rapidement « les trafiquants pourraient les vendre à des marchands du travail du sexe (prostitution) » en Thaïlande et/ou en Inde.

Bien que ce trafic ne soit pas surprenant, il semble s'être généralisé dans la région et cette éventualité, de se retrouver dans le circuit de la prostitution, est devenue une menace concrète.

Certaines femmes n'ont rien à dire à ce sujet, selon M. Smith, de Fortify Rights, qui prépare un rapport sur les mariages forcés (contraint par la force des choses) et traite des êtres humains.

« Ils ne se soucient de rien du tout …, » a affirmé une jeune fille de 15 ans, désignant ici l'attitude malsaine et inhumaine de ces trafiquants. Selon les notes fournies par M. Smith, et des témoignages recueillis, la seule chose qui intéresse ces hommes est l'argent, le bien être de leurs captifs importe peu.

Les jeunes femmes entreprennent souvent ces trajets sous la pression des parents, soucieux d'envoyer leurs filles vers un lieu plus sûr et de réduire leurs charges domestiques. Ces parents qui se laissent séduire par les promesses des passeurs, malgré le coût du voyage, et espèrent qu'une meilleure vie les attend eux et/ou leur progéniture en Malaisie.

En réalité, les femmes célibataires qui embarquent sur les navires des passeurs, sans les moyens de payer, deviennent de simples marchandises. Elles se retrouvent tenues dans des camps ou à bord des navires jusqu'à ce que quelqu'un paie pour leur libération.

Si, les contrebandiers savent (ce qu'ils connaissent le plus souvent) que la famille de la femme ou de la jeune fille, ne peut assumer le coût de ce voyage, « ils en informent les autres et disent : « Nous avons cette femme » – (à vendre) » a expliqué Sharifah Shakirah.

Les maris se révèlent le plus souvent être plus âgés et plus pauvres que promis ou pressentis. Beaucoup de ces femmes finissent piégées dans des relations malheureuses ou abusives.

Il y a deux ans, Ambiya Khatu, 21 ans, a épousé un homme en Malaisie qui a payé 1,050 $ (près de 957.34€) pour l’extirper des mains des contrebandiers en Thaïlande. « Même s'il est trop vieux pour moi, ma mère a décidé d'encourager ce mariage« , a-t-elle expliqué. « Il n'y avait personne pour nous sauver, alors j'en ai convenu ainsi.« 

Au Myanmar, elle avait espéré faire des études d’infirmière et ensuite travailler au sein d'un hôpital.

Ambiya Khatu, au centre, avec sa nièce et sa mère
Ambiya Khatu, au centre, avec sa nièce et sa mère

Maintenant, elle vit dans la banlieue de Kuala Lumpur, la capitale malaisienne, où elle prend soin de sa mère, de sa sœur malade ainsi que son bébé dans une pièce exiguë, en attendant le retour de son mari qui a disparu il y a quelques mois, en disant qu'il était à la recherche d'un emploi.

« Après avoir été sauvé, mon mari m'a demandé si je voulais l'épouser« , a déclaré Mme Khatu, son visage rond et expressif, une véritable palette d'émotions conflictuelles.

« Il a dit, « si vous ne voulez pas m'épouser, vous pouvez simplement me rembourser l' argent que j'ai payé pour vous« .

Et cela était-il impossible ???

Pour Ambiya cela l'était…. Trop de difficulté pour elle, comprenant le fait de ne pas parler le malais ou le fait de ne pas posséder de papier d'identité ou de carte de séjour officielle… « Je ne connais pas la langue, alors comment vais-je travailler afin de le rembourser ? » a-t-elle déclaré désabusée.

« Aussi, nous n'avons aucun parents ici, et je n'ai pas de papiers (ni documents) d'identité, il n'y avait donc pas d'option pour moi, sauf le mariage« .

Sa mère, Mabiya Khatu, secoua la tête et murmura en signe de désapprobation. Son mari a été tué en 2012, lorsque des émeutiers ont détruit leur village, laissant la famille pauvre, a-t-elle expliqué.

Sa seule alternative a été de vendre ses filles pour l'esclavage sexuel, a-t-elle avoué avec honte et tristesse.

« Si je ne donne pas ma fille à cet homme, les trafiquants pourraient la vendre à des mauvaises mains« , a déclaré cette mère désemparée.

« Les trafiquants ont essayé de vendre deux de mes autres filles, donc je les ai mariées, et ici elles sont entre de bonnes mains, et peuvent manger au moins« .

À cette déclaration la jeune Ambiya fronça les sourcils en déclarant « je ne l'aimais pas, » … « mais je devais l'aimer« ….. L'amour par obligation….

Transaction « In »-humaine

Les hommes Rohingya(s) qui ont payé les passeurs pour les mariées sont réticents à discuter de la façon dont les transactions ont été négociées. Mais un appel téléphonique enregistré par les enquêteurs de Fortify Rights, en septembre dernier, entre une femme Rohingya détenu dans un camp en Thaïlande et un courtier Rohingya révèle le calcul de l'estimation d'une femme.

En voici quelques éléments fournis par le groupe de défense :

« Vous avez des femmes encore jamais mariées ? » demande le courtier.

« Je me suis jamais marié, » répond la femme.

Le courtier lui dit alors qu'il connaît un homme sérieux, un Rohingya assez âgé, qui est prêt à payer 780 $ ( 711.29€) pour le reste de son voyage vers la Malaisie.

« Oui, je vais me marier, si telle est la volonté de Dieu« , répond-elle.

« Nous sommes dans une situation difficile. Voulez-vous s'il vous plaît essayer de nous prendre dans deux ou trois jours ? Nous ne pouvons pas obtenir de la nourriture, ni d'eau, ni de vêtements, et ne nous pouvons pas prendre de bain« .

Une fois que la négociation est arrivé à son terme, le courtier expose ces demandes à un garde dans le camp lui disant qu'il a besoin de plusieurs femmes, pour des maris potentiels.

« Vous pouvez les voir, d'abord, » déclare le gardien. « Si vous voulez en prendre une ou deux, qui a votre approbation« .

Les transactions ne sont pas toujours aussi claires, cependant, il est à préciser que les femmes Rohingya(s) viennent d'une culture où les mariages arrangés sont quasi la norme. A la différence notable, c'est que dans leurs villages, les femmes connaissent souvent les maris potentiels, et ils sont susceptibles d'avoir plus à dire lors des demandes en mariages et sur la décision finale. En clair il leur reste tout de même le choix.

Dans certains cas, les familles Rohingy(a) pauvres arrangent les mariages bien à l'avance, afin de payer le voyage d'une fille.

Certaines des femmes qui se marient après avoir payé le prix à un contrebandier, décrivent cela comme un choix.

Mais selon Susan Kneebone, professeur à l'Université de Melbourne en Australie, qui étudie les migrations et les mariages forcés ou arrangés en Asie du Sud-Est, ces mariages sont une finalité dans une organisation de traite d'humain où l'exploitation de la misère, la détresse mêlée à la violence, et les menaces ou les promesses trompeuses sont les jeux pervers de ces sous-hommes.

« L'idée d'une traite organisée est vraiment une réalité« … ajoute Susan Kneebone, mais cette traite est possible du fait de la faiblesse des États et des nations unies qui restent dans un silence pesant et honteux.

Autre chose à noter, ce n'est qu'au cours des deux dernières années que le nombre de femmes et enfants fuyant le Maynmar a augmenté. Jusqu'ici, et suite aux violences anti musulmanes de 2012, le grand nombre des réfugiés étaient des hommes.

Une des raisons est la rareté des hommes Rohingyas encore présents au Myanmar. Cette pénurie d'homme n'a fait qu'augmenter le coût des dots versées par les familles des mariées, a déclaré Chris Lewa, un défenseur des droits de Rohingya basé elle aussi à Bangkok.

À l'inverse, continue-t-elle, le ratio élevé des hommes comparé aux femmes Rohingyas en Malaisie a fait que les hommes sont plus disposés à payer pour le voyage de leur future épouse qui renonce à la dot.

Selon elle, cette année et l'année dernière « on peut dire en toute certitude qu'au moins 5 000 jeunes femmes ont embarqué sur des bateaux et auraient été mariées tout juste après leurs arrivées en Malaisie« .

Pour l'instant, le trafic a été interrompu entre autres à cause des intempéries dues à la saison de la mousson.

Mais il reste encore beaucoup trop de femmes Rohingyas, qui sont en attente d'une reprise des échanges afin qu'elles puissent aussi fuir, même si le prix d'un billet est un mariage et même si celui si pourrait être malheureux.

Tahera Begum, 18 ans, une jeune femme Rohingya qui avaient fui le Myanmar quelques mois plus tôt, vivait avec sa sœur et son frère dans un camp de fortune à Kutupalong, au Bangladesh, en attendant de poursuivre son voyage et épouser un homme en Malaisie qui a été choisi par son autre frère, qui se trouve lui déjà en Malaisie .

Elle n'a jamais vu cet homme, mais ils se sont parlés au téléphone à plusieurs reprises.

« Quand je lui ai parlé, il a dit qu'il avait un emploi, donc qu'il a un revenu« , a-t-ell expliqué. « J'aurais été plus heureuse si je pouvais rester ici, mais mon frère voulait que je me marie en Malaisie« .

« Si je reçois le signal de mon frère« ….. « Je vais essayer de nouveau« , cette aventure a-t-elle affirmé…..

Ce qui est le plus décevant aux yeux des défenseurs des droits humains, et nous sommes de cet avis, c'est le silence et l'indifférence totale de Aung San Suu Kyi (soi-disant prix Nobel de la Paix s'il en est ! Tout comme « l'Oncle Tom » Obama qui est aussi gratifié de ce titre alors qu'il est un « va t'en guerre »…), à ces grandes violations des droits humains. Elle veille, mesquinement à sa popularité …

Sources : Reuters, Malaysia Times, NY Time, Burma news, Associated Press