Égypte : 183 hommes condamnés accusés d’avoir tué 13 policiers

D’après Larédac à 18h28 le 02 Février 2015

Un tribunal égyptien a confirmé lundi la condamnation à mort de 183 hommes accusés d’avoir tué 13 policiers en août 2013, quelques heures après que les forces de l’ordre eurent tué au Caire plus de 700 manifestants partisans du président destitué Mohamed Morsi.

Le même tribunal avait condamné à la peine capitale le 2 décembre 2014, en première instance, 188 hommes accusés d’avoir participé à un raid contre un commissariat de police de Kerdassa, dans la banlieue du Caire, le 14 août 2013. Les peines de cinq d’entre eux ont été commuées.

Ce procès, comme d’autres procès de masse ayant abouti à la condamnation à mort des centaines de partisans de M. Morsi depuis sa destitution par l’armée le 3 juillet 2013, a été dénoncé par les organisations internationales de défense des droits de l’Homme. Les Nations unies ont qualifié ces procès de masse, expédiés parfois en quelques minutes, de « sans précédent dans l’Histoire récente » du monde.

Lors de condamnations à la peine capitale, le tribunal doit recueillir l’avis, non contraignant, du grand mufti d’Egypte, avant de confirmer ou infirmer son verdict, ce qu’il a fait lundi. Sur les 188 condamnés initialement, dont 143 seulement sont détenus, deux ont été acquittés, l’un a vu sa peine commuée à dix ans de prison, et le tribunal a abandonné les accusations contre deux autres, décédés.

Les condamnations à mort confirmées lundi peuvent faire l’objet d’un appel.

Depuis que M. Al-Sissi a été élu président en mai 2014, après avoir éliminé toute opposition de la scène politique, dite « islamiste » puis laïque et libérale, plus de 15.000 personnes ont été emprisonnées depuis juillet 2013, essentiellement des membres des Frères musulmans.

Dans le Sinaï, la branche égyptienne de l’EI gagne en puissance

Les derniers attentats, particulièrement meurtriers, perpétrés dans le Sinaï par des insurgés qui seraient liés à l’état dit « islamique » (EI), sont de véritables camouflets pour l’armée égyptienne qui, malgré une offensive sans précédent, peine à enrayer une insurrection de plus en plus violente.

Photo Afp : Des proches de militaires égyptiens tués la veille dans le Sinaï se retrouvent le 30 janvier 2015 à l’aéroport militaire du Caire lors du rapatriement des dépouilles.

Les attaques du principal groupe armé Ansar Beït al-Maqdess sont de plus en plus sophistiquées, grâce notamment au savoir-faire de combattants de l’état dit « islamique » (EI) revenus de Syrie ou d’Irak, estiment les experts. Visant quasi-exclusivement les forces de l’ordre, elles se sont espacées mais ont laissé place à des attentats coordonnés et apparemment bien planifiés, beaucoup plus meurtriers.

Et les frappes et bombardements de l’armée dans la péninsule du Sinaï (nord-est), qui durent depuis plus d’un an à une échelle inédite dans l’histoire récente de l’Egypte, sont loin d’avoir mis un terme aux violences des insurgés désignés « islamistes ».

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Ansar Beït al-Maqdess?

Ansar Beït al-Maqdess (Partisans de Jérusalem, en arabe) est né en mars 2011 avec comme objectif revendiqué alors de s’en prendre à l’entité sioniste, frontalier du Sinaï, et d’empêcher la coopération égypto-israélienne.

Mais, il s’en prend systématiquement au nouveau pouvoir égyptien depuis que l’armée a destitué en juillet 2013 le président Mohamed Morsi, assurant frapper les forces armées en représailles à la sanglante répression menée contre les pro-Morsi.

Depuis qu’il a fait allégeance à l’EI en novembre 2014, le groupe a adopté un nouveau nom, « Province du Sinaï » (effacent la référence a la Palestine…), pour bien marquer que son bastion fait partie du – prétendue – « Califat islamique » proclamé par l’EI sur les territoires qu’il occupe en Syrie et en Irak.

« Ils accélèrent clairement le rythme de leurs opérations, ce qui suggère un renforcement de leurs capacités, probablement grâce à des financements supplémentaires de l’EI » et à son expertise, analyse Aaron Reese, un chercheur de l’Institute for the study of war, basé à Washington.

Jeudi, malgré un couvre-feu drastique dans certaines régions du nord du Sinaï, les combattants de ce groupe ont mené une série d’attaques audacieuses contre des installations de la police et de l’armée, faisant 30 morts, en majorité des soldats.

Ils ont notamment pris pour cible un périmètre ultra-sécurisé au coeur d’Al-Arich, chef-lieu du Nord-Sinaï, au moyen de pièces d’artillerie volées à l’armée lors d’une attaque en octobre, a dit à l’AFP le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Hani Abdel Latif, qui appelle à ne pas sous-estimer « l’important armement » dont dispose le groupe.

Le 24 octobre, 30 soldats avaient été tués dans l’attaque également très sophistiquée d’un campement militaire près d’Al-Arich, l’assaut le plus meurtrier depuis des années.

Pour Mathieu Guidère – encore un – , spécialiste français des mouvements « jihadistes », Ansar Beït al-Maqdess est passé d’une logique de « ciblage d’individus » à une stratégie de « conquête territoriale« .

« Il y a probablement un ou deux chefs de l’EI qui sont revenus dans le Sinaï pour structurer et organiser le groupe, » explique ce professeur d’islamologie et de géopolitique à l’Université de Toulouse en France.

La tâche de l’armée dans le Sinaï est rendue encore plus ardue par la nature géographique de la péninsule désertique et montagneuse, qui permet aux membres de Ansar Beït al-Maqdess d’échapper facilement à l’armée.

Egalement, ces derniers se fondraient dans une population qui leur est en partie acquise ou est terrorisée, dans les villages reculés du nord-Sinaï, se déplaçant rapidement d’une localité à l’autre lorsque l’armée lance ses opérations.

Pour les experts, la stratégie de l’armée pousse en outre une partie de la population, victime collatérale de sa guerre à outrance « contre le terrorisme« , à sympathiser avec les membres de Ansar Beït al-Maqdess.

Après l’attentat d’octobre, un état d’urgence et un couvre-feu ont été imposés dans une partie du nord-Sinaï, près de la frontière avec la bande de Gaza palestinienne. L’armée a aussi entamé la construction d’une zone tampon le long de cette frontière, ce qui a entraîné l’expulsion de plus d’un millier de familles et la destruction de centaines de maisons.

Pour les autorités, la zone tampon devrait permettre d’isoler les « terroristes » dans un secteur désertique et éliminer les tunnels clandestins vers Gaza, qui seraient utilisés pour le trafic d’armes et le passage des membres de Ansar Beït al-Maqdess.

« Les pertes civiles causées par les représailles de l’armée, la démolition des maisons, malheureusement tout cela provoque la colère contre le gouvernement et encourage le recrutement des groupes jihadistes, » estime M. Reese.

Source : avec Afp, associated press, Al watan, Nil tv, Rfi