Égypte : Al-Sissi ou comment imposer la victoire par le sang

D’après Larédac’ à 12h07 le 27 Mai 2014

Les bureaux de vote ont ouvert lundi en Egypte pour une présidentielle sans enjeu puisque Abdel Fattah al-Sissi, l’ex-chef de l’armée, est quasi assuré de la remporter face à un unique rival, Hamdeen Sabbahi, les bureaux de vote ont fermé à 18H00 GMT lundi et ce sont ouvert à 06H00 GMT ce mardi. Au total, 53 millions d’électeurs sont appelés aux urnes. Les résultats doivent être annoncés avant le 5 juin, et l’élection devrait être suivie de législatives, probablement vers l’automne.

De longues files d’attente s’étaient formées lundi devant les bureaux de vote du Caire ouverts de 09H00 à 21H00. Les murs de la capitale sont littéralement couverts depuis des mois de portraits de Sissi, qui jouit d’un quasi-culte de la personnalité depuis son coup de force du 3 juillet 2013.

Hani Ramadan, descendant de Hassan Al-Banna et frère de Tariq Ramadan, a exposé hier des faits qui n’ont même pas été révélés par la presse occidentale comme si elle aussi jouait gentiment le jeu d’Al-Sissi avec une désinformation décomplexée ou pire comme si Al-Sissi faisait partie de leur programme anti-Islam du moins de l’Islam qu’ils ne veulent pas. Dans les faits que diffuse Hani Ramadan on apprend la mort d’un jeune enfant du nom d’Ibrahim qui a été tué lors d’une manifestation qui s’est déroulée vendredi 23 mai. (article ici)


« Malheureux le peuple qui a besoin de héros ! » – Bertolt BRECHT (dramaturge Allemand / 1898-1956)

Al-Sissi, président, roi, patriote, sauveur ?

Grand pourfendeur des désigner « islamistes », le maréchal de 59 ans, aujourd’hui à la retraite, dirige déjà de facto le gouvernement intérimaire installé lorsqu’il a destitué et fait emprisonner il y a 11 mois le président Mohamed Morsi.
Et il est extrêmement populaire depuis qu’il a lancé une répression implacable et sanglante contre les pro-Morsi, notamment les Frères musulmans.

Pour une majorité d’Egyptiens, M. Sissi est l’homme à poigne qui ramènera la stabilité après les trois années de « chaos » et de crise économique ayant suivi la révolte populaire de 2011 contre Hosni Moubarak, Mahmoud El-Minyawi, 66 ans, a dit voter pour ce « patriote » car « il faut de la discipline dans la période que nous traversons« .

On a vraiment l’impression que le peuple égyptien est sous le contrôle du Captain Al-Sissi, comme le montre Samia Chami, fonctionnaire, qui a affirmé à l’AFP qu’elle voterait pour l’ex-militaire car « sans lui, nous n’aurions pas pu nous débarrasser de Morsi« . « Ce n’est pas un bulletin de vote que je glisse dans l’urne, c’est un +merci+« , a renchéri avec véhémence un autre électeur.

Dans le bureau où il a voté, M. Sissi a promis aux Egyptiens « demain sera magnifique« , alors que la foule se précipitait pour l’embrasser.

Mais pour ses détracteurs, l’armée confirmera avec son élection qu’elle a repris en main le pays après avoir laissé M. Morsi et les dits « islamistes » se brûler les ailes (aider en cela par le non versements des subsides Saoudiens, et le contrôle par l’armée de ses subventions US) pendant un an d’exercice éphémère du pouvoir.

Le gouvernement intérimaire est déjà considéré par les défenseurs des droits de l’Homme comme plus autoritaire que celui de M. Moubarak.

Et « ce scrutin n’effacera pas l’ardoise après 10 mois de violations flagrantes des droits de l’Homme« , a regretté Amnesty International. « Les partenaires de l’Egypte (…) ne doivent pas se servir de l’élection comme d’une garantie pour reprendre les échanges comme si de rien n’était« .

L’un des membres de la Confrérie a affirmé à l’AFP refuser de voter car l’élection sans suspense de M. Sissi « est la meilleure preuve » que la destitution de M. Morsi « était bien un coup d’Etat militaire« .

Pour justifier leur coup de force du 3 juillet 2013, l’armée et M. Sissi avaient invoqué les millions d’Egyptiens descendus dans la rue trois jours plus tôt pour réclamer le départ de 
M. Morsi, accusé de vouloir accaparer le pouvoir au profit de ses Frères musulmans et – islamiser (comme si la société égyptienne était par essence laïque ?) – la société à marche forcée.

« Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! »

Depuis le 3 juillet, policiers et soldats ont tué plus de 1.400 manifestants pro-Morsi, emprisonné plus de 15.000 Frères musulmans et autres « islamistes » présumés, dont plusieurs centaines ont déjà été condamnés à la peine de mort dans des procès de masse expéditifs.

La confrérie islamiste vieille de 86 ans avait pourtant remporté toutes les élections depuis la chute de Moubarak, subit une répression qualifiée de sans précédent, – véritable campagne d’éradication -, dans ce pays par les capitales occidentales et l’ONU, mais applaudie par la grande majorité des 86 millions d’Egyptiens, chauffés à blanc par les médias qui alimentent un véritable culte de la personnalité depuis 11 mois.

A tel point que le maréchal, dont les portraits couvrent tous les murs depuis des mois, n’a pas eu besoin de battre la campagne.

Mais le gouvernement intérimaire a décrété la confrérie « organisation terroriste » et la considère responsable des attentats qui ont tué, selon les autorités, plus de 500 policiers et soldats depuis l’été.

La plupart de ces attaques sont pourtant revendiquées par deux groupes identifier comme « jihadistes », Ansar Beït al-Maqdess et Ajnad Misr, qui disent s’inspirer « d’Al-Qaïda » et agir en représailles à la sanglante répression visant les « islamistes ».

Vrai Faux rival.., Hamdeen Sabbahi le faire-valoir du pharaon ?

Il faut dire que son unique rival, le leader de la gauche Hamdeen Sabbahi, fait bien pâle figure malgré une campagne très active sur le terrain, et n’est guère en mesure d’empocher un nombre significatif de voix, selon les experts et diplomates unanimes. Certains le considèrent comme un faire-valoir, au mieux résigné, au pire consentant, pour une élection jouée d’avance. 

Dans des entretiens fleuves sur les chaînes de télévision, M. Sissi n’a d’ailleurs pas caché ses intentions, sachant qu’il ne faisait que conforter les aspirations d’une opinion publique inquiète de la multiplication des manifestations et attentats.

L’Egypte ne sera « pas prête pour la vraie démocratie avant 20 ou 25 ans« , a-t-il asséné sans ciller, une assertion qui revient comme un refrain incessant dans la bouche de très nombreux Egyptiens de tous les horizons sociaux.

Et M. Sissi martèle que l’heure n’est plus aux manifestations mais à la stabilité. Et que celle-ci ne reviendra qu’avec l’éradication des « terroristes », comme le gouvernement intérimaire et les médias appellent depuis plusieurs mois les Frères musulmans. 

En deux jours de scrutin lundi et mardi, 53 millions d’électeurs sont appelés aux urnes. Cette présidentielle devrait être suivie de législatives, probablement vers l’automne.

Source : avec Afp, Reuters, Associated Press, Nil Tv, Ahram