Égypte : Le référemdum sous haute tension et attentat au Caire

D’après Larédac’ à 11h19 le 14 Janvier 2014

Préparatifs dans un bureau de vote, le 13 janvier 2014 au Caire MOHAMED EL-SHAFED AFP

Les électeurs égyptiens commencent mardi à voter pour le référendum constitutionnel, un scrutin considéré comme un « plébiscite » pour le chef de l’armée qui a destitué Mohamed Morsi, et déjà perturbé par un attentat au Caire.

Le général Abdel Fattah al-Sissi, vice-Premier ministre, ministre de la Défense et véritable homme fort du pays le plus peuplé du monde arabe, a appelé samedi les 53 millions d’électeurs à se rendre « massivement » aux urnes et à voter « oui ».

Il a aussi souligné qu’il se présenterait à la présidentielle prévue en 2014 si le « peuple le réclame » et si l’armée soutient sa candidature (chose acquise s’il en est).

La nouvelle Constitution a été rédigée par une commission nommée par le gouvernement intérimaire que le général avait mis en place dès le 3 juillet après avoir annoncé la destitution et l’arrestation de M. Morsi, premier président civil – le seul à jamais avoir été élu démocratiquement en Egypte -.

Depuis, fort du soutien d’une large majorité de l’opinion publique, le pouvoir dirigé de facto par l’armée réprime implacablement les partisans de M. Morsi, en particulier son influente confrérie des Frères musulmans.

Plus d’un millier de manifestants ont été tués ces six derniers mois et les pro-Morsi emprisonnés par milliers, mais certains continuent de protester quotidiennement dans la rue, en petit nombre, et les Frères ont appelé à boycotter le référendum.

Attentat le jour du scrutin : À qui profite le crime ? 

Parallèlement, les attentats se sont multipliés, y compris au Caire, revendiqués par des mouvements « jihadistes » qui seraient liés à « Al-Qaïda », mais le gouvernement accuse les Frères musulmans d’en être à l’origine et dans le but de décrété la confrérie « organisation terroriste ».

Mardi, une bombe « de faible puissance », selon un général de la police, a fortement endommagé la façade d’un tribunal dans un quartier populaire du sud-ouest du Caire, sans faire de blessé, deux heures avant l’ouverture des bureaux de vote. ci-contre : La façade d’un tribunal endommagée par un attentat, le 14 janvier 2014 au Caire ( AFP / Khaled Desouki)

Après l’explosion, des dizaines de personnes se sont rassemblées devant le tribunal, brandissant des photos du général Sissi.

Référendum sous haute surveillance et tension … 


Soldats déployés le 13 janvier 2014 devant un bureau de vote au Caire ( AFP / Mohamed el-Shahed)

Pour assurer la sécurité du scrutin qui se déroulera sur deux jours, le gouvernement intérimaire a annoncé le déploiement de 160.000 soldats et 200.000 policiers dans le pays.

Devant un bureau de vote installé dans une école du centre du Caire, soldats et policiers étaient déployés tandis que des dizaines de femmes faisaient la queue, certaines brandissant des drapeaux.

Certaines organisations de défense des droits de l’Homme dénoncent un scrutin organisé dans un climat de peur et de répression de toute opposition, mais la très grande majorité de la population soutient le nouveau pouvoir et n’a d’yeux que pour le général Sissi, dont les portraits ornent les rues et presque chaque boutique au Caire.

Lorsqu’il a annoncé la destitution de M. Morsi le 3 juillet, le chef de l’armée avait invoqué les millions de manifestants réclamant trois jours plus tôt le départ du président qu’ils accusaient de vouloir islamiser de force la société et de ruiner une économie déjà exsangue.

Il avait également aussitôt donné mandat au gouvernement intérimaire de changer la Constitution et d’organiser en 2014 des élections législatives et présidentielle. Cette dernière devrait intervenir dans les six mois.

Pour les experts, le nouveau pouvoir voit dans ce référendum un premier moyen d’obtenir une caution dans les urnes pour ce que ses détracteurs présentent comme un « coup d’Etat » mais dont l’armée assure qu’il répondait à un ras-le-bol populaire massif à l’égard de Frères musulmans accaparant sans partage le pouvoir depuis un an.

« Ils ont besoin d’un vote populaire de confiance clair, qui permettrait au général Sissi de se présenter à la présidentielle s’il le décidait« , estime Andrew Hammond, expert au European Council on Foreign Relations.

Le référendum est un « test » pour « l’ordre post-Morsi, qui permettra également de mesurer « la popularité de Sissi », renchérit Issandr El Amrani, d’International Crisis Group. D’ailleurs, note-t-il, le scrutin « est explicitement présenté de cette façon par l’élite au pouvoir« .                                           Des soldats égyptiens devant une école qui sera utilisée comme bureau de vote pour le référendum, le 13 janvier 2014 au Caire ( AFP / Mohamed el-Shahed)

Le projet de nouvelle Constitution a été débarrassé de clauses ajoutées sous M. Morsi renforçant les devoirs religieux mais ne modifie que très marginalement les pouvoirs institutionnels, notamment ceux du président. Il renforce cependant quelque peu ceux, déjà exorbitants, de l’armée. 

Depuis qu’une révolte début 2011 a chassé du pouvoir Hosni Moubarak après 30 ans de règne absolu, les Egyptiens ont déjà été appelés à se prononcer à trois reprises sur des textes ou amendements constitutionnels.

Source : Afp, Reuters, radio Canada, les agences de presse égyptiennes