Égypte : Les Frères musulmans ont entamé leur « journée de la colère »

D’après Larédac’ à 13h18 le 04 Juillet 2014

Les Frères musulmans ont entamé jeudi leur « journée de la colère » en Égypte, un an, jour pour jour, après la destitution par l’armée du président Mohamed Morsi, suivie d’une violente répression ayant durement frappé la confrérie. Les policiers ont dispersé plusieurs défilés et étaient massivement déployés, bouclant les principales places de la capitale, habituel lieu de rassemblement dans le pays, en proie depuis la révolte de 2011 à des crises à répétition et à des manifestations qui ont régulièrement dégénéré en violences meurtrières.

La journée de jeudi est un test pour la confrérie de Mohamed Morsi. Le mouvement vieux de 86 ans qui avait remporté toutes les élections depuis la révolte populaire de 2011 a récemment été déclaré « terroriste », interdit, et la quasi-totalité de sa direction, à l’instar de Mohamed Morsi, a été arrêtée et encourt désormais la peine de mort dans de multiples procès. Son guide suprême, Mohamed Badie, a ainsi déjà été condamné deux fois à la peine capitale. 

L’implacable et sanglante répression menée par les autorités sous la houlette du tombeur de Morsi, l’ex-chef de l’armée Abdel Fattah al-Sissi récemment élu président, a drastiquement réduit leur capacité à se mobiliser. En un an, plus de 1 400 manifestants pro-Morsi sont tombés sous les balles des forces de l’ordre et plus de 15 000 personnes ont été arrêtées, dont des centaines condamnées à mort à l’issue de procès expéditifs.

Pour marquer l’anniversaire de ce que l’opposition (de tout bord) appelle un « coup d’État militaire », l’Alliance anti-coup d’État, coalition pro-Morsi chapeautée par les Frères musulmans, a convoqué dans un communiqué au ton virulent une « journée de la colère ». 

Dès la publication de cet appel, cinq cadres de cette coalition, dont plusieurs chefs de petits partis dits « islamistes » soutenant Mohamed Morsi, ont été arrêtés. Deux défilés ont été dispersés à coup de grenades lacrymogènes au Caire, selon des responsables des services de sécurité, mais un militant islamiste a affirmé que des manifestations étaient prévues tout au long de la journée.

Répression et véritable chasse aux sorcières…

Pour les défenseurs des droits de l’homme, la répression lancée en juillet 2013 et qui se poursuit sans faiblir est la plus sanglante qu’ait connue le plus peuplé des pays arabes en plusieurs décennies. D’abord uniquement dirigée contre les designés « islamistes » et les pro-Morsi, cette répression vise désormais aussi les militants laïques et progressistes qui étaient derrière l’armée il y a un an. 

Et c’est une véritable guerre judiciaire qui se joue actuellement en Égypte, où des tribunaux condamnent régulièrement des dizaines d’opposants, notamment en vertu d’une loi décrétant « illégale » toute manifestation n’ayant pas obtenu au préalable l’autorisation du puissant ministère de l’Intérieur.

Amnesty International évoque ainsi « une hausse des arrestations arbitraires, des incarcérations, de la torture et des morts en détention qui prouve la grave détérioration des droits de l’homme en Égypte dans l’année qui a suivi la destitution de Mohamed Morsi« . L’ONG dénonce encore une « catastrophe » pour les droits de l’homme alors que « la Sûreté de l’État est de retour et emploie les mêmes méthodes de torture qu’aux pires heures du régime de Hosni Moubarak« , renversé début 2011. En représailles, des insurgés djihadistes mènent des attaques qui ont fait, selon le gouvernement, plus de 500 morts dans les rangs des forces de l’ordre.

Face aux violences qui ont fait fuir touristes et investisseurs étrangers, Abdel Fattah al-Sissi, vainqueur en mai de la présidentielle avec 97 % des voix, capitalise sur son image d’homme à poigne capable de ramener la stabilité. Mais les Frères musulmans, dont l’organisation est rodée à l’action clandestine après des décennies d’interdiction sous les présidents précédents, peuvent encore compter sur des fidèles. 

Et dès la nuit, des violences ont émaillé la journée de jeudi : un homme a été tué apparemment alors qu’il était en train de fabriquer un engin explosif, tandis qu’une bombe de faible puissance a explosé dans une voiture à proximité d’un hôpital militaire du Caire.

Lundi déjà, deux officiers de police avaient trouvé la mort en tentant de désamorcer des bombes installées par un groupe identifié comme « djihadiste » devant le palais présidentiel au Caire.

Mais pour Al-Sissi, maintenant on commence à avoir l’habitude, c’est les Frères Musulmans !!!

Source : Afp, Reuters, L’orient le Jour,Amnesty International,  Nil Tv, Ahram