Égypte : Petit meurtre entre amis

D’après larédac à 18h07 le 30 Novembre 2014

L’ancien président égyptien Hosni Moubarak est arrivé samedi matin au tribunal qui devait rendre un verdict dans son procès pour complicité de meurtre de centaines de manifestants durant la révolte de 2011 qui l’a chassé du pouvoir, selon l’agence de presse officielle Mena.

M. Moubarak, 86 ans, a été transporté en hélicoptère de l’hôpital militaire du Caire, où il est incarcéré, au tribunal, installé dans une académie de police, a précisé la Mena.

L’ex-raïs, à qui il est reproché d’avoir ordonné à la police de réprimer le soulèvement populaire de 2011 ayant fait 846 morts, est jugé avec son ancien ministre de l’Intérieur Habib al-Adly et six anciens hauts responsables des services de sécurité.

La cour devait également se prononcer dans le cadre d’un autre dossier, une affaire de corruption concernant le président déchu et ses deux fils, Alaa et Gamal.

Les co-accusés de M. Moubarak ont été amenés tôt samedi au tribunal.

Le verdict devait être rendu le 27 septembre  dernier mais le juge l’avait ajourné, expliquant qu’il n’avait pas eu assez de temps pour finir la rédaction des 2.000 pages d’attendus.

Lors d’un premier procès, M. Moubarak avait été condamné en juin 2012 à la prison à perpétuité mais la sentence avait été annulée pour des raisons « techniques » et l’affaire rejugée.

Moubarak blanchi
Le tribunal a donc blanchi samedi l’ancien président Hosni Moubarak de l’accusation de complicité de meurtres qui pesait sur lui.

La cour a également acquitté M. Moubarak, âgé de 86 ans, d’accusations de corruption, notamment dans le cadre de la vente de gaz naturel égyptien à l’état zioniste qui se serait faite en dessous des prix du marché.

Cinq hauts responsables de la sécurité, dont l’ex-ministre de l’Intérieur de l’ancien président Hosni Moubarak, ont été également acquittés par le juge Mahmoud Kamel al-Rashidi, qui les a déclarés « innocents« .

Une décision qui passe mal

Des manifestants se sont rassemblés, ce samedi, près de l’emblématique place Tahrir au Caire, scandant des slogans anti-gouvernementaux et dénonçant l’abandon de l’accusation de complicité de meurtres de manifestants contre l’ancien président-tyran.

Photo de  Khaled Desouki pour AFP : Des partisans de l’ancien président égyptien Hosni Moubarak brandissent des portraits du raïs, quand son convoi médicalisé quitte l’hôpital militaire de Maadi pour se diriger vers un tribunal au Caire où a lieu son procès le 29 novembre 2014

Près de 300 manifestants se sont rassemblés près d’une entrée de l’emblématique place Tahrir, épicentre de la révolte de 2011, scandant : « le peuple exige la chute du régime, » ou encore « ils ont innocenté l’assassin, le sang de nos frères n’a pas coulé en vain. » Plus de 846 personnes avaient été tuées en 2011 durant les 18 jours du soulèvement populaire. 

Selon l’AFP, la manifestation aurait fait au moins un mort. Aujourd’hui dimanche, la colère grondée dans plusieurs campus égyptiens en protestation contre le verdict annoncé. 

Samedi, la place était bouclée par l’armée qui avait déployé dès vendredi ses blindés et des renforts en prévision des manifestations organisées par l’opposition islamiste. L’abandon des charges pour meurtre a été en revanche accueilli positivement par les partisans de Moubarak, qui se sont rassemblés en nombre limité devant l’hôpital militaire où l’ex-Raïs de 86 ans est actuellement détenu. Il est d’ailleurs brièvement apparu au balcon de sa chambre, assis dans une chaise roulante et lunettes de soleil sur le nez, pour les saluer. 

Après la chute de Moubarak, l’Égypte a connu près de quatre ans de violences et d’instabilité politique, et l’armée a destitué en juillet 2013 le premier dirigeant égyptien démocratiquement élu, le président islamiste Mohamed Morsi. Depuis, l’ex-chef de l’armée et actuel président Abdel Fattah al-Sissi, architecte de la destitution de Morsi, est accusé par des défenseurs des droits de l’Homme de vouloir instaurer un régime plus autoritaire encore que celui de Moubarak. 

Plus de 1 400 manifestants (essentiellement les Frères musulmans) ont été tués par la police et l’armée, essentiellement au Caire, et plus de 15 000 Frères musulmans ou sympathisants ont été emprisonnés. Des centaines ont en outre été condamnés à mort dans des procès de masse expéditifs. 

Le pouvoir s’en est également pris à l’opposition laïque et de gauche, emprisonnant des dizaines de jeunes militants pour avoir enfreint une loi controversée limitant le droit de manifester.

« Je n’ai rien fait de mal »

Tout comme Bart Simpson : l’ex-président a affirmé « Je n’ai rien fait de mal« ; lors d’un court entretien téléphonique sur la chaîne de télévision privée Sada al-Balad.

« Quand j’ai entendu le premier verdict (en 2012), j’ai ri« , a ajouté M. Moubarak, qui avait été condamné à perpétuité lors d’un premier procès, annulé pour raisons techniques.

Pour son avocat Farid al-Deeb, ce verdict « prouve l’intégrité » du régime Moubarak a-t-il affirmé.

Le régime de M. Moubarak, honni il y a quatre ans, a été réhabilité dans l’opinion publique depuis que l’ex-chef de l’armée et actuel président Abdel Fattah al-Sissi a destitué le président dit islamiste Mohamed Morsi en juillet 2013.

Des défenseurs des droits de l’Homme accusent régulièrement M. Sissi de vouloir refermer la parenthèse démocratique ouverte en 2011 alors que des figures de l’ancien régime effectuent leur grand retour sur la scène politique. 

L’actuel Premier ministre Ibrahim Mahlab était ainsi un cadre du parti de M. Moubarak, et M. Sissi était le chef des renseignements militaires sous le régime du président déchu.

Très médiatisés au départ, les procès de Hosni Moubarak sont aujourd’hui éclipsés par ceux de son successeur, M. Morsi.

Comme disait Me Jacques Vergès : « Quand il s’agit des puissants la justice est extrêmement complaisante« .

Source : avec Afp, Associated press, Nil Tv, L’orient le Jour, jeune Afrique, Sada al-Balad, Al Watan (Egypte)