Égypte : Un anniversaire fêtait dans le sang

D’après larédac à 17h26 le 26 Janvier 2015

Le quatrième anniversaire de la révolte de 2011 qui chassa Hosni Moubarak du pouvoir a été marqué dimanche par les violences les plus meurtrières depuis des mois, avec 14 personnes tuées lors de heurts entre manifestants et policiers.

Les chiffres du ministère de la Santé font état de vingt personnes.

Dix-neuf civils, pour la plupart des manifestants musulmans désignés comme « islamistes », ont été tués dans ces affrontements, au cours de rassemblements organisés par les partisans de l’ex-président islamiste Mohamed Morsi, selon un nouveau bilan communiqué par le porte-parole du ministère de la Santé Hossam Abdel Ghaffar.

Un policier a été tué et 11 ont été blessés, selon le ministère de l’Intérieur. Au total, 150 personnes ont été arrêtées en marge des rassemblements.

Quatre ans après le soulèvement populaire, la parenthèse démocratique ouverte en Égypte à la faveur de la chute de M. Moubarak a été refermée, estiment militants des droits de l’Homme.

L’ex-chef de l’armée et actuel président Abdel Fattah al-Sissi, qui a destitué le président Mohamed Morsi en juillet 2013, est accusé d’avoir instauré un régime encore plus autoritaire que celui de l’ancien raïs, réprimant toute opposition, celle desdits islamistes mais aussi laïque.

Les pro-Morsi avaient appelé à manifester contre le pouvoir de M. Sissi, élu en mai, et qui jouit du soutien d’une grande partie de l’opinion publique, lassée par quatre années d’instabilité politique et de crise économique.

Les autorités ont également empêché les militants laïcs, fer de lance de la mobilisation de 2011, de manifester.

Dans le centre du Caire, la police a tiré à la chevrotine et fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des centaines de manifestants qui scandaient des slogans hostiles aux islamistes comme aux nouvelles autorités, et tentaient de rejoindre la place Tahrir. Cet épicentre de la révolte de 2011 a été placée sous l’étroite surveillance des blindés de l’armée.

Plus tôt dimanche, des dizaines de manifestants pro-Sissi s’étaient pourtant rassemblés sans encombre près de l’emblématique place, brandissant des drapeaux égyptiens et scandant « vive l’Égypte« , selon un journaliste de l’AFP.

« C’est les funérailles de la révolution, » avait tristement regretté Mamdouh Hamza, une figure du soulèvement de 2011 qui se trouvait près du rassemblement pro-Sissi. 

« La situation ne s’est pas améliorée et rien n’a changé depuis que Sissi a pris le pouvoir, » a-t-il déploré.

Le 25 janvier 2011 marque le début de 18 jours de manifestations monstres qui avaient obligé M. Moubarak à démissionner, le 11 février.

La journée de samedi avait déjà été endeuillée par la mort d’une manifestante tuée dans le centre de la capitale lors de heurts avec la police durant un rare rassemblement d’un mouvement de gauche organisé pour commémorer le soulèvement de 2011.

Depuis l’éviction de M. Morsi en juillet 2013, soldats et policiers ont tué plus de 1.400 manifestants islamistes et plus de 15.000 personnes ont été arrêtées. 

L’ONU a également dénoncé les peines de mort prononcées dans des procès de masse, qualifiés de « sans précédent dans l’Histoire récente« .



Disant agir en représailles à cette répression, des groupes désignés de « jihadistes » ont multiplié les attaques contre les forces de l’ordre à travers le pays. 

Dimanche matin, deux policiers ont été blessés dans l’Est du Caire dans l’explosion d’une petite bombe, a indiqué le porte-parole du ministère de l’Intérieur Hani Abdel Latif.

L’attaque a été revendiquée par Ajnad Misr, un groupe identifié comme « jihadiste » qui avait déjà revendiqué l’explosion vendredi d’une petite bombe ayant blessé quatre policiers et un civil dans le même quartier.

Et deux « terroristes » sont morts dans l’explosion d’une bombe qu’ils installaient au pied d’un pylône électrique dans la province de Beheira (nord), selon M. Abdel Latif.

Alors que des élections législatives doivent débuter le 21 mars, M. Sissi nie régulièrement tout retour à un régime autoritaire.

Fin novembre, il avait assuré que le pays se dirigeait « vers l’établissement d’un Etat démocratique et moderne, fondé sur la justice, la liberté, l’égalité et la lutte contre la corruption« .

Vendredi, la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme estimait dans un communiqué que « les libertés gagnées avec la révolution étaient maintenant niées.« 


Une manifestante tuée à la veille de l’anniversaire de la révolte

Comme souligné plus haut, une manifestante a été tuée samedi soir au Caire lors de heurts avec la police durant une  manifestation des mouvements de gauche, a indiqué un responsable à la veille du quatrième anniversaire de la révolte de 2011 qui chassa Hosni Moubarak.

La manifestante est morte après avoir été blessée par des tirs de chevrotine, selon un porte-parole du ministère de la Santé. Des manifestants ont indiqué qu’elle avait été touchée par des tirs de chevrotine de la police, qui dispersait la manifestation.