Égypte : Un candidat se présente pour faire face à Al-Sissi

D’après Larédac’ à 13h30 le 10 Février 2014

Le dirigeant de gauche Hamdine Sabahi a annoncé samedi qu’il était candidat à l’élection présidentielle égyptienne, où il affrontera notamment le maréchal Abdel Fattah al Sissi, grand favori du scrutin.

Ce nassérien était arrivé à la troisième place de la dernière présidentielle qui avait vu en 2012 la victoire de l’islamiste Mohamed Morsi, déposé en juillet dernier par l’armée à la suite de manifestations monstres à travers le pays.

« Ma décision personnelle, en tant que citoyen, est de me présenter à la prochaine élection présidentielle« , a annoncé Sabahi lors d’un discours devant ses partisans. « Le combat de Hamdine Sabahi, c’est le combat pour la révolution », a-t-il ajouté.

L’élection présidentielle, qui se tiendra avant les législatives contrairement à ce que prévoyait la feuille de route présentée après le renversement de Morsi, devrait avoir lieu d’ici le mois de juin.

Agé de 59 ans, Sabahi a su en 2012 mobiliser de nombreux partisans malgré des difficultés pour financer sa campagne.

Abdel Moneim Aboul Fotouh, un islamiste modéré arrivé en quatrième position en 2012, a fait savoir qu’il n’avait pas l’intention de se présenter cette année, affirmant que les conditions d’un scrutin libre et démocratique n’étaient pas réunies.

Fotouh, qui a quitté les Frères musulmans en 2011, a passé six années en prison sous Hosni Moubarak.

Le maréchal Sissi, chef d’état-major des forces armées et ministre de la Défense, a expliqué cette semaine dans une interview à un journal koweïtien qu’il avait l’intention de se porter candidat.

Il a dit n’avoir « pas d’autre choix » que celui de répondre à l’appel du peuple égyptien en se portant à présent candidat à la magistrature suprême.

« Je ne rejetterai pas cet appel« , ajoute dans les colonnes du quotidien Al Seyassah celui qui a déposé Mohamed Morsi, premier président civil élu librement de l’histoire de l’Egypte.

La candidature d’Abdel Fattah al Sissi ne faisait plus guère de doute depuis l’adoption mi-janvier de la nouvelle Constitution par référendum, suivie quelques jours plus tard du feu vert du Conseil suprême des forces armées (CSFA).

Source : Afp, Reuters, Egypt Today, L’Orient le Jour, Agence MENA (Meddle East New Agency)

Index :

Hamdeen Sabahy est un militant de longue date issu de la gauche nassérienne. Né en 1954, à Baltim, un village du Delta, il est issu d’une famille de paysans, pour lesquels ses engagements seront indéfectibles.

En 1975, il entre à l’université du Caire, pour y étudier le journalisme, dès sa première année, il est élu président de l’Union des Etudiants de l’université, siège à la Fédération Générale des Etudiants et crée un club de réflexion politique qui tente de mobiliser les étudiants autour des principes de la révolutions de 1952.

A la même époque, l’Egypte de Sadate se rapproche des Etats-Unis et d’Israël, et les campus universitaires sont en ébullition. A la suite des « émeutes de la faim » de 1977, Sabahy se rend célèbre lors d’un débat télévisé durant lequel il affronte publiquement Sadate et remet en cause sa politique d’ouverture économique (infitah), ainsi que les négociations avec Israël. Cet épisode vaut à Sabahy l’interdiction de travailler dans les médias officiels pendant plusieurs années.

En 1981, il est emprisonné pour la première fois, avec 1500 autres activistes, hommes politiques, figures religieuses et intellectuelles de l’opposition.

Chronique du mercredi 04 mai 2011 – Gamal Abdel Nasser by Malcolm Jammal Haidar on Mixcloud

Sabahy participe en 1992 à la fondation du Parti démocratique nassérien. Des conflits émergent rapidement entre les jeunes cadres de l’époque, dont fait partie Sabahy, et la vieille garde. Exclu en 1994, Sabahy crée quatre ans plus tard le parti al-Karâma (Dignité), puis un journal éponyme, dont il sera le rédacteur jusqu’en 2010. Ses positions contre la guerre d’Irak – l’Egypte fait alors partie de la coalition occidentale et envoie des troupes au combat, lui vaut une seconde arrestation en 1993. Cette même année, il est victime d’une tentative d’assassinat dans des circonstances non élucidées.

Son engagement pour la « cause palestinienne », et son soutien à la résistance libanaise lors du conflit de 2006, lui confèrent une dimension régionale « panarabe » ancrée dans l’héritage nassérien, et en faveur d’une politique étrangère égyptienne indépendante des grandes puissances tutélaires de l’Egypte. Toutefois, en 2008, il brise un tabou tenace au sein de la gauche égyptienne, en se rendant physiquement à Gaza pour y dénoncer le blocus qui est imposé au territoire depuis 2007 (NB : en vertu du boycott contre Israël et contre les accords de Camp David, les militants de la gauche égyptienne refusent de se rendre dans les territoires palestiniens occupés).

En 1997, Sabahy s’engage auprès des paysans dont les droits d’exploitation des terres, hérités des réformes agraires nassériennes, sont remis en question par une loi pour la libéralisation des loyers. Accusé d’être à l’initiative de manifestations, il est de nouveau arrêté, emprisonné et torturé. Il parvient à être réélu député en 2000, sous étiquette indépendante, le parti Al-Karama n’ayant pas obtenu de légalisation officielle. L’immunité parlementaire ne le protège pas pour autant d’une nouvelle arrestation, en 2003, pour son rôle dans diverses manifestations contre la guerre en Irak.


En 2004, Sabahy rejoint le Mouvement égyptien pour le changement – Kefaya ! (ça suffit), coalition de militants opposés au régime de Moubaraket fer de lance de la contestation durant la décennie 2000. Il conserve son siège de député lors des élections législatives de 2005 et participe en 2010, aux côtés de Muhammad el-Baradei et d’autres personnalités politiques de l’opposition, à la création de l’Assemblée Nationale pour le Changement, en vue des prochains rendez vous électoraux (les parlementaires fin 2010 et les présidentielles prévues en 2011). La révolution bouleverse cet agenda.

L’appel du 25 janvier 2011 est relayé dans toutes les villes d’Egypte, et Sabahy manifeste ce jour-là dans sa ville d’origine de Baltim. Dès le 28 janvier, « vendredi de la colère », il rejoint au Caire les manifestants qui demandent le départ de Moubarak, et n’aura de cesse depuis de porter les valeurs de la révolution de Tahrir, de militer pour plus de justice sociale, pour un Etat laïc et des institutions démocratiques.


Les résultats obtenus aux présidentielles lui ont accordé une nouvelle dimension politique et populaire. En septembre 2012, il inaugure son nouveau parti sur la place Abdin, au centre ville du Caire, devant des milliers de personnes. Le Courant populaire égyptien est placé sous les trois bannières de liberté, justice sociale et indépendance nationale.

Pour plus d’information :

Site internet de Hamdeen Sabahy : http://www.hamdeensabahy.com

Site internet du Courant populaire égyptien : http://www.tayarsha3by.com/