États-Unis : Bibi vs Obama, la question iranienne divise

D’après larédac à 19h36 le 03 Mars 2015

Barack Obama et Benjamin Netanyahu ont étalé leurs divergences lundi à propos du nucléaire iranien, le président des États-Unis accusant le Premier ministre de l’état zioniste de s’être trompé par le passé sur le bien-fondé d’un accord entre Téhéran et les grandes puissances.

Bibi lui est à Washington (à la maison en somme) en pleine offensive diplomatique contre l’Iran et devait s’adresser solennellement aujourd’hui au Congrès américain, au moment où Washington et Téhéran négocient en Suisse pour conclure fin mars un règlement définitif qui encadrerait le programme nucléaire controversé de la République islamique.

Lundi, Barack Obama a défendu un premier accord provisoire scellé en novembre 2013 entre les grandes puissances et Téhéran et prévoyant le gel d’une partie de ses activités nucléaires en échange d’une levée partielle des sanctions. Sur ce dossier, le président américain a jugé que Premier ministre israélien avait eu tort. « M. Netanyahu a fait toutes sortes de déclarations« , a critiqué Barack Obama dans un entretien à l’agence Reuters. « Cela allait être un très mauvais accord. Cela allait permettre à l’Iran de récupérer 50 milliards de dollars. L’Iran ne respecterait pas l’accord. Rien de cela ne s’est vérifié« , a-t-il dénoncé. « À de nombreux égards, l’Iran a fait machine arrière sur certains éléments de son programme« , a insisté le président américain qui veut, comme les autres pays du groupe 5 + 1 (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne), signer d’ici au 31 mars un accord politique définitif avec l’Iran.

Barack Obama désire en outre un rapprochement des États-Unis et de la puissance chiite, 35 ans après la rupture de leurs relations diplomatiques. Mais Benjamin Netanyahu est vent debout contre un tel scénario. Il s’est dit « en mission historique » en terre américaine pour torpiller l’accord sur le nucléaire. Ce n’est pas une blague, avec grand sérieux bibi déclare qu’il en va de la « survie » de l’état zioniste fondé en 1948, a-t-il tonné devant 16 000 délégués du groupe de pression américain pro-israélien Aipac (American Israel Public Affairs Committee). Après l’entité sioniste, les États-Unis comptent le plus grand nombre de juifs au monde (de 4,5 à 5,7 millions). M. Netanyahu a encore exhorté le monde à empêcher l’Iran de posséder un jour la bombe atomique. « israël et les États-Unis sont d’accord pour que l’Iran n’ait pas d’armes nucléaires. Mais nous ne sommes pas d’accord sur la meilleure manière de l’empêcher de développer ces armes« , a reconnu le dirigeant israélien, hostile depuis des années à un Iran puissance militaire atomique. Les sionistes sont convaincus qu’un règlement international n’empêcherait pas Téhéran de se doter à terme de la bombe.

Photo Afp prise le 02 mars 2015: Un manifestant américain face au Palais des Congrès à Washington.

Et le voyage de M. Netanyahu aux États-Unis a provoqué un nouveau coup de froid entre les deux alliés. Il s’est fait à l’invitation du Congrès républicain, dans le dos de l’administration démocrate, et tout normalement cela a déclenché la colère de la Maison-Blanche. Barack Obama a exclu toute rencontre avec le chef du gouvernement israélien. Il a toutefois balayé tout « problème personnel » avec M. Netanyahu, même si les deux hommes ont des relations notoirement exécrables. Après des semaines de tensions et de déclarations acerbes, les deux alliés ont toutefois aussi joué l’apaisement. « L’annonce de la fin de la relation avec les États-Unis est non seulement prématurée, mais fausse« , a affirmé M. Netanyahu.

« Malgré les désaccords occasionnels, l’amitié entre l’Amérique et Israël s’est renforcée décennie après décennie et elle résistera aux désaccords du moment pour se renforcer à l’avenir« , a-t-il promis, sous les ovations de l’Aipac.

La conseillère à la sécurité nationale de la Maison-Blanche Susan Rice lui a succédé à la tribune pour vanter « l’alliance entre deux États est enracinée dans une amitié indestructible entre deux peuples« . »L’engagement du président Obama aux côtés d’Israël est profond et personnel« , a-t-elle assuré, et ce quelques jours après avoir fustigé un voyage de Benjamin Netanyahu « destructeur pour les bases mêmes des relations américano-israéliennes« . Et le Premier ministre israélien a juré que son discours exceptionnel de mardi au Congrès ne sera pas « irrespectueux » envers le président de la première puissance mondiale et l’alliée militaire de l’entité sioniste. Il serait effectivement facheux de fâcher le patron et le patron de trop fâcher ses employés !!!

Mme Rice lui a rappelé que l’administration Obama depuis 2009 lui avait apporté « plus de 20 milliards de dollars d’aide militaire« . À la veille de l’offensive israélienne devant les parlementaires américains, Susan Rice a aussi exhorté le Congrès à ne pas voter de nouvelles sanctions contre l’Iran : cela « ferait voler en éclats les discussions » en cours entre le 5 + 1 et Téhéran. D’ailleurs, le secrétaire d’État John Kerry a retrouvé lundi, à Montreux en Suisse, son homologue iranien Mohammad Javad Zarif pour la dernière ligne droite de ces pourparlers. Les deux ministres, qui affichent une bonne entente, doivent continuer mardi et mercredi. Mais John Kerry a mis en garde Israël sur d’éventuelles fuites concernant le contenu de l’accord discuté, après que l’entourage de M. Netanyahu eut affirmé détenir d' »excellentes informations » sur ce texte. « La confiance serait trahie » entre les États-Unis et l’État sioniste, a tempêté le département d’État.

Lien : Un chroniqueur saoudien jugeait que Netanyahu a raison de maintenir son discours au Congrès sur l’accord iranien

Photos : Manifestation des Naturei Karta – Juifs orthodoxes anti-zioniste – ce 2 mars 2015 devant le Washington Convention Center à Washington

Kerry met en garde contre toute révélation « sélective » sur les négociations

Le secrétaire d’État américain John Kerry a mis en garde lundi contre toute révélation « sélective » à propos de la négociation sur le programme nucléaire iranien, visant sans le citer le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

« Nous sommes préoccupés par des informations » qui indiquent que « des détails sélectifs » seraient révélés « dans les prochains jours« , a dit M. Kerry lors d’une conférence de presse à Genève, jugeant qu’il « serait plus difficile de parvenir à un accord« .

Benjamin Netanyahu, que M. Kerry n’a pas nommé, est actuellement à Washington et va parler devant le Congrès pour s’opposer à cet accord.

Auparavant, le secrétaire d’Etat américain a rappelé les deux points essentiels des négociations en cours. Premièrement, « à ce jour, il n’y a pas d’accord« , ni global « ni partiel » avec l’Iran, a-t-il dit, deuxièmement, les Etats-Unis préfèrent une absence d’accord à un « mauvais accord« .

L’objectif premier d’un accord nucléaire avec l’Iran est de rendre « la sécurité d’israël plus sûre qu’elle ne l’est actuellement« , a encore indiqué le chef de la diplomatie américaine.

Selon lui, la question centrale est de savoir si l’Iran va accepter de conclure un accord qui permette de vérifier si son programme nucléaire est bel et bien pacifique.

C’est pour répondre à cette question que M. Kerry « reste encore quelques jours à Montreux pour discuter avec la délégation iranienne« , selon ses propres mots.

Auparavant, devant le Conseil des Droits de l’Homme, M. Kerry avait pris la défense de l’état zioniste.

« L’obsession permanente du Conseil des Droits de l’Homme à propos d’israël risque de miner la crédibilité de toute l’organisation« , a-t-il dit.

« Nous allons nous opposer à tout groupe à l’intérieur du système de l’ONU, qui tente régulièrement et arbitrairement toute légitimité à israël« , a déclaré M. Kerry.

Globalement, M. Kerry a rappelé que des progrès ont été réalisés, mais il y a encore un long chemin à parcourir pour conclure un accord sur le nucléaire avec l’Iran.

Désormais le temps est compté, a-t-il ajouté, et l’Iran doit prendre « les décisions difficiles » pour éliminer avec certitude tout recours à l’arme nucléaire, a déclaré le responsable américain.

« Nous avons fait des progrès, mais il y a encore un long chemin. L’heure tourne. Rien ne sera conclu avant que tout soit réglé« , a-t-il martelé.

« Il est possible d’arriver à un accord, mais ce n’est pas garanti« , a affirmé John Kerry. Il a indiqué que son équipe travaillait d’arrache-pied pour surmonter les divergences.

Jeudi, l’UE et les grandes puissances se joindront aux négociations afin de parvenir à un accord d’ici l’échéance fixée au 31 mars.

Source : avec Afp, Reuters, Washington Post, Haaretz, AP, MEMRI… Site des Naturei Karta