États-Unis : L’investiture républicaine se joue sur la surenchère extrémiste

Le candidat républicain Donald Trump choque à nouveau en proposant d'interdire l'entrée aux Etats-Unis aux musulmans. REUTERS/Randall Hill

Les candidats à l'investiture républicaine pour la présidentielle américaine, comme Ben Carson qui avait comparé les réfugiés fuyant la guerre civile et la violence de l'État dit islamique à des chiens enragés ou les frasques islamophobes quasi quotidiennes de Mr Trump, font des musulmans leur fonds de commerce. Et en voyant les résultats des élections régionales françaises de ce week-end on sait que jouer sur les peurs fonctionne très bien. Tout se joue dans la surenchère extrémiste ! Et ces deux-là sont en tête des primaires républicaines.

Ben Carson, neurochirurgien à la retraite et qui fait partie des prétendants les plus sérieux au poste de candidat républicain à l'élection présidentielle de 2016, s'était exprimé lors d'une étape de sa campagne dans l'Etat d'Alabama, au sud des Etats-Unis.

« Nous devons faire la part des choses entre la sécurité et l'humanitaire » avait dit M. Carson, à propos de l'accueil de réfugiés syriens sur le sol américain.

« Si un chien enragé s'aventure dans votre voisinage, vous n'allez probablement pas en penser du bien. Et vous mettrez probablement vos enfants hors de son chemin. Cela ne veut pas dire que vous détestez tous les chiens« , avait-il dit.

Ben Carson a demandé la mise en place « de mécanismes de contrôle qui nous permettent de déterminer qui sont les chiens enragés (parlant ici des réfugiés syriens NDLR)« .

Cet élan de psychose hypocrite est intervenu suite aux attentats de Paris le 13 novembre dernier. Une mesure avait même été voté par la Chambre des représentants, à majorité républicaine, pour suspendre l'accueil de réfugiés syriens et irakiens sur le territoire américain jusqu'à ce que des mesures de contrôle plus sévères soient mises en place. Ce texte a été massivement adopté, à 289 voix pour et 137 voix contre.

Oncle Tom Obama avait promis d'y mettre son veto, dénonçant au passage l' »hystérie » des Républicains.

Mr Carson avait aussi fait parler de lui lorsqu'il avait déclaré en septembre dernier qu'un musulman ne pourrait jamais accéder à la Maison Blanche.

Interdire aux musulmans d'entrer aux États-Unis

L'argent ne fait pas de vous quelqu'un d'intelligent Mr Trump et lorsque l'on écoute ce bonimenteur raconter ses fables islamophobes et/ou racistes, on ne peut que penser dans ce sens. Oh oui il s'en méfie des musulmans !

Oui, il a récidivé, après son envie de ficher les musulmans américains sous prétexte de lutte contre le terrorisme, faisant rappeler tristement la méthode nazie des bases de données, approuvant ainsi l'idée de forcer les musulmans à se déclarer sur un registre afin d'être surveillés, déclenchant un premier malaise dans son camp, et après avoir comparé les clandestins mexicains à des violeurs et des criminels.

Donc, hier, Mr le milliardaire, qui trouve que vivre avec un million peut-être dur, a exprimé son souhait de fermer les frontières des États-Unis aux musulmans « jusqu'à ce que nous soyons capables de déterminer et de comprendre ce problème (ici les musulmans NDLR) » a-t-il déclaré sous l'ovation d'une salle remplie à sa cause lors d'un meeting en Caroline du Sud. Cette déclaration fait suite à celle de Mr Obama dimanche, qui dans un discours à la nation a enjoint les Américains à éviter les amalgames entre l’organisation de l’État dit islamique et l'Islam.

« Nous ne pouvons pas nous en prendre les uns aux autres en laissant ce combat se transformer en combat entre l'Amérique et l'Islam« , avait-il déclaré. En ajoutant que « les musulmans américains sont nos amis et nos voisins« .

« J'ai des amis musulmans, ce sont des gens très bien, mais ils savent qu'il y a un problème, et on ne peut plus le tolérer« , a expliqué Donald Trump.

Il justifie donc cette proposition raciste en affirmant que de nombreux musulmans sont favorables au jihad violent contre les Américains ou qu'ils préfèrent vivre en vertu de la charia (loi islamique) plutôt que de la Constitution américaine. Il affirme toutes ces inepties en se basant sur un sondage commandé par un centre marginal dirigé par Frank Gaffney qui est qualifié d'islamophobe par le Southern Poverty Law Center, une organisation antiraciste.

En réfléchissant un tant soit peu sur cette déclaration, on se rend compte de la supercherie de celle-ci et du flou qu'elle représente. Il a précisé que les soldats américains musulmans basés à l'étranger pourraient revenir. Et que les musulmans déjà ici pourraient rester, mais « nous devons être très vigilants, car des gens ont des bombes« , a-t-il dit sur Fox News.

En évoquant le couple de San Bernardino, qui a fait 14 victimes mercredi dernier et prenant aussi exemple des attentats de Paris, « the Donald » a déclaré que « la haine dépasse l'entendement » et que cela « ne fait qu'empirer« , tout en jouant sur la peur du 11 septembre, « on va avoir un autre World Trade Center » a-t-il prévenu. Mais Mr Trump ne fait de rappel à aucun moment de la politique internationale menée par son pays dans les pays musulmans à travers le monde.

Même à l'échelle de ses déclarations, plus stupides les unes que les autres, cette proposition reste extraordinaire, puisqu'elle enfreint directement la Constitution américaine qui interdit les discriminations religieuses.

À tel point extraordinaire que même du côté de son parti les condamnations ont fusé. Tel Jeb Bush qui a déclaré que cet homme était un « déséquilibré« .

La Maison Blanche aussi est montée au créneau en déclarant que c'était une idée « contraire à nos valeurs« .

Sur Twitter, Hillary Clinton a posté : « Donald Trump, vous ne comprenez rien. Cela affaiblit notre sécurité« .

Selon Gallagher Fenwick, correspondant à Washington pour France24, cette déclaration de cet homme qui aime la controverse serait calculée. Pour lui, cet expert des médias déclenche méthodiquement ces controverses. « C’est une manière pour celui qui fait la course en tête du côté républicain de faire parler de lui et de continuer dans son registre populiste« , a-t-il expliqué.

Sources : AFP, Associated Press, LeFigaro, MetroNews, France24