Femme voilée : La France nostalgique de ses colonies

D’après Ibrahim T. à 22h19 le 26 Juillet 2013

                   

Salam ‘alaykoum wa rahmatullahi wa barakatuh


Nous avons dans les récents événements un enseignement riche tant la récurrence des attitudes poste coloniale est flagrante.

Il ne s’agit pas ici de faire référence aux préjudices psychologiques liés à la colonisation, Mr Franz Fanon nous l’a suffisamment bien exposé tout au long de sa vie.

Cependant il est tout à fait intéressant d’observer un certain parallèle entre la phobie de la femme voilée par les autorités Françaises à l’époque de l’Algérie colonisée, et cette montée en puissance de l’Islamophobie sur son propre sol face, cette fois à une population décontenancer tant les amalgames et les persécutions sont grandes.

Mr Jean-François Brault nous dresse ici une analyse tout à fait intéressante de la perception du voile dans la société Française :


Par Jean-François Brault

Etudiant chercheur en sciences sociales


S’il n’y en a bien un qui demeure incompris dans la société française, c’est le voile. Accusé de tous les maux sociaux possibles, des plus vraisemblables aux plus inouïs, le voile – islamique – s’est progressivement érigé comme l’ennemi n°1 de la République. Que lui reproche-t-on au juste ?


Le voile, symbole de l’oppression des femmes ?


Pour beaucoup, le voile est le symbole par excellence de l’oppression des femmes. Dans cette logique, toute femme voilée est par définition assujettie au joug du patriarcat, soumise à la figure racialisée du garçon arabe et/ou musulman. L’équation est donc simple : voile = oppression. Pour résoudre l’équation, il suffit de procéder à l’opération suivante : dévoilement = libération. C’est d’ailleurs cette proposition fort simpliste que le mouvement néocolonial Femen propose aux femmes musulmanes voilées : se dévoiler et se dénuder.

 

En faisant des femmes voilées des éternelles soumises, des aliénées, des oppressées, des victimes qu’il faut sauver de l’homme de couleur, tout se passe comme si le combat féministe était gagné et achevé parmi les citoyennes françaises non musulmanes, ces dernières étant pensées et perçues comme les détentrices et les gardiennes – naturelles ? – des combats progressistes.

 

Le voile, instrument de l’islamisation de la France ?

 

Face à cette perception du voile comme symbole de l’oppression faite aux femmes, une autre représentation prédomine, celle qui fait du voile l’instrument de l’islamisation de la société française. C’est à partir de ce raisonnement complotiste que le port du voile est vu comme l’outil manifeste du prosélytisme « des musulmans », de « l’islam », de « l’islamisme » et « des salafistes« , le tout se confondant joyeusement dans un capharnaüm où s’entrecroisent les amalgames et les essentialisations de tous types.

 

On le voit bien, la figure ambivalente de la femme voilée apparaît paradoxalement dans l’imaginaire social comme étant à la fois menacée par le patriarcat arabe et musulman, et menaçante pour la République.

 

La bataille coloniale du voile

 

Si la bataille du voile s’est intensifiée ces deux dernières décennies dans l’hexagone, l’obsession française pour le voile n’est pas nouvelle. Déjà, Frantz Fanon l’évoquait pendant l’époque coloniale dans son œuvre « L’An V de la Révolution algérienne » (1959) ; l’invitation maternaliste et paternaliste qui est actuellement faite aux citoyennes musulmanes françaises (voilées), priées de se libérer et de se dévoiler – les deux moments étant pensés comme indissociables –, n’est pas sans rappeler les cérémonies de dévoilement publiques organisées par les colons et leurs femmes en Algérie.

 

La continuité entre les pratiques de l’Empire colonial français – pour qui, le dévoilement des femmes musulmanes était un enjeu stratégique majeur de division des sociétés indigènes – et les lois actuelles contre les femmes musulmanes voilées, est patente. Elle s’inscrit dans ce qu’il convient d’appeler par son nom : la voilophobie d’Etat.

 

Définir la voilophobie

 

On définira par voilophobie la peur, la méfiance et le rejet du voile et de celles qui le portent. Loin d’être nouveau, le phénomène voilophobe s’est cristallisé pendant la période coloniale. Loin de se circonscrire à la France, il est bien souvent soutenu par l’implémentation de politiques publiques étatiques comme ce fut le cas en Tunisie, en Egypte, en Turquie et en Iran, et comme c’est actuellement le cas en France et en Belgique.

 

J’entends déjà les réflexions sarcastiques qui, sur les lèvres crispées de conservateurs bien-pensants, pourfendent avec véhémence le terme « voilophobie« , pensant démasquer là une imposture de plus. Une imposture, dites-vous ?


Islamophobie, homophobie, xénophobie, judéophobiesérophobie,négrophobietransphobie putophobievoilophobie. Les phobies sociales semblent se multiplier, et pour cause, elles se prolifèrent. Nous vivons dans une société anxiogène où la peur fait vendre du papier et voter les électeurs. Autant de phobies qui sont les symptômes d’une mécanique utilitariste à bout de souffle où le bien commun semble s’effacer dans les méandres de l’utopie.

 

La voilophobie, le retour du refoulé ?

 

Nier l’ampleur de l’étendue du phénomène voilophobe, c’est tout simplement nier le réel. Et ce n’est pas l’arsenal juridique et législatif mis en place depuis 2004 en France qui contredira l’hostilité de la République française au voile ; les successives lois contre le voile en France à l’école (2004), dans l’espace public (2010) ainsi que les projets de loi contre le voile dans la sphère privée (2012, 2013) remettent en question ce droit fondamental et inaliénable qu’est l’acte de se voiler, dont la France devrait pourtant garantir sa protection, conformément à l’article 9 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme « Liberté de pensée, de conscience et de religion » dont elle est signataire.


La série noire des violences voilophobes de ces derniers mois – le motif principal des agressions est, à chaque fois, le dévoilement – aurait déclencher un soulèvement républicain, à la fois politique, médiatique et citoyen. Il n’en a rien été. La remontée de l’information par les principaux médias est apparue partielle et aléatoire. S’agissant des pouvoirs publics, ceux-ci ont semblé n’exprimer qu’une seule crainte : que ces agressions se transforment en « émeutes ». Quant au gouvernement, il s’est illustré par sa discrétion et sa pusillanimité, réduit à un mutisme qui en dit long sur la voilophobie de la société française et de ses dirigeants.


http://leplus.nouvelobs.com/contribution/912480-35-d-actes-et-menaces-contre-l-islam-doit-on-parler-de-voilophobie.html

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