Genève-2… Un Second round qui s’annonce laborieux

D’après Larédac’ à 12h14 le 12 Février 2014

Lakhdar Brahimi, médiateur de l’ONU. (Anja Niedringhaus/AP/SIPA)

La deuxième phase de la conférence internationale sur la paix en Syrie, dite « Genève II », s’est ouverte lundi sur les bords du lac Léman en présence des délégations du régime syrien et de l’opposition syrienne, sous la houlette du médiateur international Lakhdar Brahimi.

Après un début difficile lundi, les négociations de paix sur la Syrie ont repris mardi avec les délégations de l’opposition et du gouvernement syriens se retrouvant à la même table avec le médiateur de l’ONU, a annoncé la porte-parole de Lakhdar Brahimi.

Le médiateur de l’ONU Lakhdar Brahimi essaye avec difficulté de sortir du dialogue de sourds qui a caractérisé jusqu’à présent ces négociations. Il avait vu lundi séparément les deux délégations et avait ensuite renoncé à parler à la presse.

« L’atmosphère est négative« , a commenté une source proche de la délégation gouvernementale avant le début de la réunion mardi matin. Lundi soir, la délégation de l’opposition syrienne avait averti qu’elle ne participerait pas à une troisième session si aucun progrès n’intervenait.

« S’il n’y a aucun progrès, je pense que ce serait une perte de temps d’envisager une troisième session« , avait dit à la presse le porte-parole de l’opposition, Louai Safi.

Il a précisé que la délégation de l’opposition avait abordé le sujet avec le médiateur de l’ONU lundi au début de la deuxième session qui doit en principe s’achever vendredi. La première session, les premières négociations en trois ans de conflit, s’était tenue en janvier, sans résultat tangible. 

Tant qu’il y aura une lueur d’espoir que les discussions puissent se poursuivre, « nous ne fuirons pas. Nous n’allons pas renoncer« , a déclaré M. Safi, en ajoutant toutefois que s’il n’y avait aucun progrès « il ne faudrait pas faire semblant de faire quelque chose« .

Côté gouvernemental, on affirme ne pas vouloir renoncer, laissant ainsi à l’opposition la responsabilité d’une éventuelle rupture.

« Le gouvernement syrien et sa délégation ne reculeront pas d’un pouce et resteront même si les autres s’en vont. La Syrie va rester à cette conférence« , a assuré lundi le vice-ministre des Affaires étrangères, Faysal Mokdad 

Pour tenter de débloquer la situation le coparrain russe de la conférence a proposé une réunion élargie incluant les deux coparrains. Les Etats-Unis ont accepté. 

Mais pour le moment seule une réunion entre M. Brahimi et des diplomates russes et américains de haut rang a été annoncée pour vendredi sans mention d’une participation syrienne.

La Russie conteste le projet de résolution sur l’aide en Syrie

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a jugé mardi « détaché de la réalité » le projet de résolution de l’Onu censé permettre à la population syrienne d’avoir un meilleur accès à l’aide, et a demandé à l’Occident de s’abstenir d’accusations partisanes contre le régime de Damas.

L’Australie, le Luxembourg et la Jordanie ont présenté la semaine dernière aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité leur projet de résolution visant à accroître l’aide à la Syrie.

« Nos partenaires occidentaux au Conseil de sécurité(…)ont proposé que nous coopérions à l’élaboration d’une résolution. Les idées qu’ils nous ont présentées sont absolument partisanes et détachées de la réalité« , a déclaré Lavrov à l’issue d’un entretien avec son homologue algérien, Ramtame Lamamra.

Le ministre russe a estimé que le Conseil de sécurité de l’Onu ferait mieux de mettre au point une résolution condamnant les activités « terroristes » en Syrie, rapporte l’agence de presse Interfax.

Ceux qui sont à l’origine du projet de résolution sur l’aide cherchent de cette façon à faire monter la pression sur la Chine et sur la Russie en exposant leur proposition aux médias, a estimé Lavrov.

« Nous demandons qu’il y ait une action beaucoup plus forte en ce qui concerne l’humanitaire et qu’on ouvre les villes aux médicaments et aux vivres« , avait déclaré lundi sur RTL Laurent Fabius.

Selon l’Onu, 9,3 millions de Syriens – près de la moitié de la population – ont besoin d’une aide humanitaire dont l’acheminement se heurte aux difficultés liées à la guerre et aux obstacles bureaucratiques émanant du gouvernement syrien.

Les pourparlers de paix sur la Syrie s’enlisent

Les pourparlers de paix entre le gouvernement syrien et l’opposition n’avancent pas, ont reconnu mardi les différentes parties impliquées dans les discussions au deuxième jour de la reprise de la conférence de Genève II alors que, sur le terrain, le corridor humanitaire à Homs fonctionne difficilement.

La journée avait pourtant commencé sur une note d’espoir, les représentants du président syrien Bachar al Assad et ceux de l’opposition se retrouvant face à face pour observer une minute de silence à la mémoire des 130.000 personnes mortes en près de trois ans de conflit.

« Le début de cette semaine est aussi laborieux qu’il l’était la première semaine. Nous ne progressons pas beaucoup« , a dit le médiateur international Lakhdar Brahimi lors d’une conférence de presse au siège des Nations unies à Genève.

Le diplomate algérien a annoncé son intention d’informer dans les prochaines semaines le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, et le Conseil de sécurité. Il doit rencontrer des responsables américains et russes vendredi à Genève.

Pour le vice-ministre syrien des Affaires étrangères Fayçal Mekdad, la journée de mardi a été une journée « perdue ». Le porte-parole de la délégation représentant l’opposition en exil a confirmé : « pas de progrès » à signaler.

Pour tenter de débloquer la situation tout en traitant les questions de fond, Lakhdar Brahimi avait proposé aux parties d’aborder le chapitre « fin des violences » mardi et la formation d’un organe gouvernemental de transition mercredi.

Mais ces deux questions constituent autant de pierres d’achoppement, comme lors de la première série de négociations fin janvier.

C’est toujours la question du rôle de Bachar al Assad dans un gouvernement de transition qui fait débat. L’opposition, représentée par la Coalition nationale syrienne (CNS), veut qu’il quitte le pouvoir mais les représentants du gouvernement ne veulent même pas aborder le sujet.

Le vice-ministre syrien des Affaires étrangères a mis en cause la délégation de la CNS, affirmant qu’elle ne voulait pas discuter de la question du « terrorisme » en Syrie, laquelle doit, dit-il, être traitée en premier. Il a redit que le gouvernement considérait pratiquement tous ceux qui combattent en Syrie contre lui comme des « terroristes ».

« Aujourd’hui a été une nouvelle journée perdue parce que les représentants de la Coalition ont maintenu qu’il n’y avait pas de terrorisme en Syrie« , a déclaré Fayçal Mekdad.

Le porte-parole de la CNS, Louay Safi, a fait part de la défiance de l’opposition.

« Il est évident que le régime essaie de gagner du temps et croit toujours à une solution militaire« , a-t-il déclaré.

Il a reconnu que le gouvernement et l’opposition étaient en désaccord sur les questions de la violence et de la transition politique. L’opposition considère la création d’un organe gouvernemental de transition comme vital pour la stabilité du pays.

« Le régime essaie sans cesse de se débarrasser de l’organe de transition gouvernemental« , a ajouté Anas Abdah, un autre membre de la Coalition. « Aujourd’hui, il a littéralement refusé d’en discuter. »

Dans un communiqué, la CNS qualifie de très tendue la séance de négociations de mardi.

Pour l’instant, la seule avancée concrète due à Genève II a été un accord pour autoriser l’entrée de l’aide humanitaire dans Homs, où les rebelles sont assiégés depuis plus d’un an, et l’évacuation d’un certain nombre de personnes.

Les Nations unies ont fait savoir mardi que les autorités syriennes retenaient 336 hommes faisant partie des quelque 1.150 évacués de Homs et que la plupart d’entre eux étaient interrogés sans assistance directe d’une tierce partie indépendante.

Le gouverneur de Homs, Talal al Barazi, a déclaré qu’une centaine d’hommes avaient été interrogés puis libérés. Il a ajouté que les opérations d’évacuation et d’acheminement de l’aide humanitaire avaient été suspendues mardi après-midi pour des raisons logistiques mais qu’elles reprendraient mercredi.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a jugé pour sa part « partisanes et détachées de la réalité » les idées contenues dans un projet de résolution de l’Onu censé permettre à la population syrienne d’avoir un meilleur accès à l’aide, et a demandé à l’Occident de s’abstenir d’accusations partisanes contre le régime de Damas.

Le ministre russe a estimé que le Conseil de sécurité de l’Onu ferait mieux de mettre au point une résolution condamnant les activités « terroristes » en Syrie.

Source : Afp, Reuters, Associated Press, RIA Novosti , agences de presse syriennes et suisses