Histoire oubliée des réfugiés afghans

D’après Larédac’ à 09h30 le 11 Février 2014

Une petite fille afghane, dont la famille a fui au Pakistan, marche dans une banlieue d’Islamabad le 9 février 2014. Photo de Nicolas Asfouri / AFP

Des millions d’Afghans ont fui au Pakistan après la prise du pouvoir par un mouvement communiste à la fin des années 1970. La majorité d’entre eux sont revenus dans le pays, pleins d’espoir. Ils ont emporté leurs effets personnels et pris place dans des camions bondés qui ont emprunté la passe de Khyber et le poste frontière de Torkham.

«Les trois générations de réfugiés afghans du Pakistan n’ont pas les mêmes attentes», a dit Neill Wright, représentant du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Pakistan. 

«Les deux dernières générations ont choisi le rapatriement, elles n’ont jamais vécu dans leur pays, mais elles ont décidé qu’il était temps d’essayer. En ce qui concerne les générations plus anciennes, elles savent plus ou moins ce qu’elles vont retrouver, car elles l’ont quitté … mais il y a beaucoup de défis à surmonter pour réussir leur réintégration en Afghanistan». 

La chute des talibans a suscité des espoirs de paix et fait naître la promesse d’une aide au développement de plusieurs milliards, et la fermeture de certains camps de réfugiés du Pakistan a encouragé bon nombre de familles afghanes à rentrer chez elles.

Les familles de réfugiés qui rentrent chez elles dans le cadre de l’opération de rapatriement volontaire mise en œuvre par le HCR bénéficient d’une allocation de 150 dollars par personne, d’une aide non financière et d’une indemnité de transport pour financer leur voyage jusqu’à leur village d’origine. La majorité des réfugiés afghans du Pakistan appartiennent aux différentes ethnies pachtounes et sont originaires des provinces proches de la frontière pakistano-afghane.

Afin de garantir un rapatriement durable, les réfugiés ont besoin d’un certain nombre d’éléments essentiels, selon les acteurs humanitaires : des terres, des emplois et des services de base, le tout au bon endroit. Jusqu’à présent, les rapatriés- qui représentent environ un quart de la population actuelle du pays – ont été confrontés des difficultés.

Des logements en zone urbaine

En rejoignant le Pakistan, bon nombre de réfugiés ont dû passer à un environnement plus urbain. À leur retour, bon nombre d’entre eux ont choisi de vivre à proximité des villes.

«Nous n’avons pas vu beaucoup de réfugiés rentrer et repartir immédiatement au Pakistan. Mais ils arrivent dans un environnement difficile, et je pense qu’il y a un certain nombre de problèmes qui se posent», a dit Nigel Jenkins, directeur pays du Comité international de secours (International Rescue Committee, IRC) en Afghanistan. 

«Il ne faut pas oublier que l’Afghanistan est avant tout un pays agricole et que beaucoup de ces réfugiés vivaient dans des zones rurales moins sûres. Bon nombre d’entre eux ont grandi dans des camps, ils sont donc plus habitués à un environnement de type urbain». 

Plus d’un tiers des rapatriés se sont installés dans les provinces de Kaboul et Nangarhar, selon le HCR. 

«Manifestement, ils ont voté avec leurs pieds, et si on leur propose un abri et même des terres en zone rurale, ils choisissent les sites urbains, même s’ils ne disposent que d’une tente, car ils pensent y trouver de meilleurs moyens de subsistance et de meilleurs services», a dit Bo Schack, représentant du HCR en Afghanistan.

La municipalité de Sheikh Mesri, située non loin de Jalalabad, est l’une des municipalités où le projet d’allocation de terres a rencontré le plus de succès. Malgré tout, le site est loin d’être idéal.

«À notre arrivée, le gouvernement [afghan] nous a donné ce terrain dans le désert, un terrain contaminé par les mines», a dit à IRIN M. Mohammad depuis cette municipalité poussiéreuse située à 15 km de la route la plus proche et de la périphérie de la ville.

Sheikh Mesri fait partie des cinq communes qui ont été choisies dans le cadre du projet national pilote d’allocation de terres aux réfugiés rapatriés, formalisé par le décret présidentiel 104.

«C’est difficile de vivre dans le désert, si loin de tout», a dit Qari Rahmatullah, membre de la choura (conseil) de Sheikh Mesri. La majorité des familles de réfugiés qui vivent ici sont originaires de la province de Nangarhar, mais aujourd’hui elles préfèrent vivre près de Jalalabad pour des raisons de sécurité, d’emploi et d’éducation. «La première année a été difficile, mais notre situation est bien meilleure qu’à notre arrivée. Malgré tout, la vie n’est pas particulièrement facile ici». 

Aujourd’hui, environ 1 800 familles sont installées sur le site ; les agences des Nations Unies, les acteurs du développement et les organisations non gouvernementales (ONG) leur ont proposé diverses formes d’aide. Elles ont notamment participé à l’installation de pompes à eau, la construction de route et l’établissement de quatre écoles.

Si le lotissement de parcelles et la proximité de Jalalabad ont donné au site l’apparence d’une communauté bien organisée, plus de cinq ans plus tard, les responsabilités n’ont pas encore été transférées à la municipalité locale, comme prévu initialement. Pour bon nombre de représentants locaux, le site reste un camp qui ne fait pas partie intégrante de la ville.
L’adhésion des populations locales est cruciale, selon M. Schack du HCR.

«Les parcelles allouées se situent de plus en plus souvent loin des communautés établies. Sans eau, sans engagement clair de la part autorités nationales et sans intégration dans les programmes nationaux, cela ne fonctionnera pas. La participation des pouvoirs politiques et la volonté générale sont nécessaires à l’intégration dans la communauté existante», a-t-il dit. 

«C’est à la communauté et aux autorités de s’en occuper – si l’un des éléments n’est pas là, alors tout s’effondrera». 

Sans terre dans leur pays

L’obtention de droits fonciers est perçue comme essentielle pour le succès du retour des réfugiés, mais elle se heurte à la pratique de l’accaparement des terres. 

Alhaj Ghulam Haider Faqeerzai, directeur des bureaux du département chargé des réfugiés et du rapatriement à Jalalabad, indique qu’ils ont procédé à l’enregistrement de 142 000 familles de rapatriés et que 128 000 demandes de terrains ont été déposées, mais qu’ils ne disposent que de deux sites d’implantation officiels pour environ 10 000 familles.

Bon nombre d’autres familles occupent des terres qui ne leur appartiennent pas.

«Les efforts sont là, mais nous sommes confrontés à des problèmes importants. D’autres provinces disposent de terrains plus appropriés. Ici, ce n’est pas un problème de ressources, mais de terrains», a dit M. Faqeerzai.

Les familles qui n’ont pas de titre de propriété sont régulièrement en butte à des menaces d’expulsion, et les acteurs humanitaires et du développement se heurtent à des restrictions dans la fourniture de services et d’assistance aux familles qui vivent sur des terres qui ne leur appartiennent pas. Il y a aussi un risque croissant de tensions avec les populations d’origine.

Au début de la route de gravier qui mène à la municipalité de Sheikh Mesri se trouve le campement de fortune de Lower Sheikh Mesri : les communautés y occupent des terrains appartenant à l’autorité en charge de l’eau et de l’assainissement.

«Nous avons refusé de nous installer sur le site où se trouvent les parcelles, car nous voulions rester près de la route», a dit Allah Gul, chef de la choura du Lower Sheikh Mesri. 

«Avec le temps, il y a moins de monde – il n’y a pas de travail, pas de sécurité, pas de terres». 

Ils gardent l’espoir d’obtenir des droits fonciers, mais d’ici là, ils recevront peu de soutien.

Source : AFP, agence IRIN, HCR