Histoire : Un autre 08 Mai

D’après le Dr Mansour pour T.E.P.A à 17h29 le 08 Mai 2014


Extrait de la Chronique du Dr Mansour de 2010 pour la Radio HDR :

Le jour même de la victoire alliée sur le régime nazi, les Algériens sortent dans les rues dans plusieurs manifestations pacifiques à Sétif, Guelma, Kherrata et dans les petites villes d’Algérie, afin de réclamer leur droit à l’auto-détermination ; Elles sont réprimées dans le sang ! 

Avec la fin de la guerre, beaucoup de colonies des pays alliées (France, Angleterre…) espèrent enfin la mise en application du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Le 1er mai à Alger 20 000 partisans de Messali Hadj, (chef du PPA (Parti Populaire Algérien)) alors en prison, manifestaient en protestation et soutient à leur leader .

Une semaine plus tard, le jour de la victoire : ce 8 mai 1945 à Sétif, un appel à la manifestation est lancée par le PPA.

La police est prévenue et arrive rapidement pour intervenir.

On peut dire que c’est là le début de la seconde guerre d’Algérie, après la guerre de conquête de 1830.

Le 8 mai 1945, la France est encore en état de guerre.

En cas de crise, les départements Français d’Algérie peuvent être soumis au régime strict de l’état de siège : tout déplacement est soumis à la délivrance d’un sauf-conduit, tout port d’arme est interdit, tout rassemblement est proscrit. 

Toute manifestation doit être autorisée et encadrée. 

A tout moment, l’autorité civile peut transférer ses pouvoirs de police aux autorités militaires appelées ainsi, légalement, à réprimer par les armes, quel qu’en soit le prix, tout comportement subversif. Un arrêté en ce sens sera pris dès le 8 mai au soir, sauf pour Sétif et Guelma intra-muros.

L’état de siège ne sera d’ailleurs levé sur l’ensemble du territoire français que
le 12 décembre 1945. 

Une situation de réelle pénurie sévit.

L’Algérie insuffisamment industrialisée manque de produits essentiels. Cette situation en tant que cause directe des émeutes, est pourtant généralement écartée par les commentateurs. 

Le ravitaillement est difficile, la sécheresse pénalise les récoltes et le marché noir est certain, mais lors des opérations, dans les mechtas (Hameaux), on a trouvé des réserves.

La zone la plus impliquée par les émeutes, au nord de Sétif, a diversifié ses cultures ; c’est une économie de montagne où les habitants vivent pauvrement, souvent en quasi-autarcie. 

L’administrateur de la commune mixte, René Rousseau, est attentif aux aspects économiques et sociaux de sa mission.

La manifestation urbaine du matin du 8 mai à Sétif

Les autorités ne prennent pas à Sétif de mesures drastiques de sécurité en ce 8 mai, jour d’allégresse populaire.

Elles autorisent des défilés propres aux indigènes.

De fait, elles sont limitées par les effectifs de forces de l’ordre disponibles.

Pour toute l’Algérie (plus de 4 fois la France), elles ne disposent que de 40 000 hommes utilisables. L’armée est quasi totalement engagée en Europe. A Sétif, avec 40 agents de police et 20 gendarmes, il ne peut y avoir de cordon de sécurité bordant le parcours du défilé ou l’escortant.

Aucun renfort n’est demandé. Les militaires sont cependant tenus en alerte, faisceaux formés, dans l’enceinte de la caserne, avec consigne toutefois, de ne pas faire usage des armes. Il s’agit du GUI 21, formé des 4 compagnies de troupes composant les unités d’instruction de la garnison.

Les chefs souligneront leur loyalisme…

« Le jour de la victoire » : 

Ce 8 mai 1945 à Sétif, une manifestation prévue par le PPA (ses membres n’étant pas armés) ; se déploie aux cris de «Istiqlal [Indépendance], en arrivant dans les quartiers européens, le drapeau algérien est brandi par un scout musulman (alors qu’une consigne avait été donné de ne pas arborer le drapeau de l’indépendance).

La police alertée se précipite ; afin d’intervenir. Le maire socialiste de la ville, s’interpose tout en suppliant le chef de la police de ne pas donner l’ordre de tirer. Il est abattu ainsi le jeune scout.

La foule (environ 8.000 personnes) se déchaîne et 27 Européens sont tués. L’insurrection s’étend aux villes voisines. La répression est d’une extrême brutalité. Avec représailles et contre représailles, contre-contre représailles… une sorte de monter de violence qui apparaît quasi sans fin. On fera appel à l’aviation afin pour bombarder les zones insurgées.

Les autorités françaises estiment que le drame aura fait 103 morts chez les Européens et 1.500 chez les musulmans,  les autorités algériennes elles-mêmes, estiment beaucoup plus, 45.000 victimes. Or les chiffres les plus vraisemblables sont de plus de 20 000 à 35 000 morts en tenant compte de Sétif, Guelma (village des milices de colons) et Kherrata..

Mais ceci d’après des archives des services administratifs et militaires qui font la démonstration d’actions criminelles distinctes du défilé ce qui modifie l’interprétation des « événements ».

Un complot ourdi dès avant le 8 mai est vraisemblable. Force est alors de se pencher avec plus d’attention sur les troubles dans la zone Nord, prémédités et organisés dès le mois d’avril….