Hollande « continue de regretter » la non intervention en Syrie et l’Assemblée confirme celle en Irak

D’après Larédac à 11h00 le 15 Janvier 2015

François Hollande « continue de regretter » que la communauté internationale ne soit pas intervenue militairement en Syrie à la fin de l’été 2013 comme le souhaitait la France, a-t-il dit mercredi lors de ses voeux aux armées. « Je continue néanmoins de regretter, je le dis devant vous, que la communauté internationale n’ait pas agi en temps voulu pour faire cesser les massacres en Syrie et empêcher les extrémistes de gagner plus de terrain encore« , a déclaré le président dans un discours prononcé à bord du porte-avions français Charles de Gaulle. « C’était notamment à la fin du mois d’août 2013, début du mois de septembre que la communauté internationale aurait dû déjà agir. La France était prête, les ordres avaient été donnés, les dispositifs étaient en place. Une autre voie a été préférée. Nous en voyons les résultats« , a-t-il déploré.

Photo : Le Qatar avait envoyé une délégation pour le représenter lors de la marche républicaine contre le terrorisme, le 11 janvier, à Paris. Elle a été reçue à l’Élysée peu avant

Face notamment aux réticences américaines, Paris avait dû renoncer en septembre 2013 à une intervention militaire en Syrie dans la foulée de l’émoi mondial provoqué par l’emploi d’armes chimiques contre la population. Face à l’essor et aux percées de l’état dit « islamique » (EI) en Irak et en Syrie, une coalition internationale menée par les États-Unis a depuis été mise en place en septembre 2014. La France y participe, mais seulement via des frappes aériennes en Irak.

Le porte-avions Charles de Gaulle, qui va faire route vers le Moyen-Orient, permettra « si nécessaire » de « mener des opérations en Irak avec encore plus d’intensité et d’efficacité » dans le cadre des frappes françaises contre contre l’état dit « islamique » (EI), a souligné François Hollande mercredi. « Grâce au Charles de Gaulle, nous disposerons d’informations précieuses, de renseignements. Nous pourrons, si nécessaire, mener des opérations en Irak avec encore plus d’intensité et d’efficacité« , a dit le président devant les troupes. « Il nous donnera tous les moyens d’une projection à tout moment en cas de tension supplémentaire« , a-t-il ajouté.

Le Charles de Gaulle, qui a appareillé mardi de Toulon à destination de l’océan Indien, transitera par le Golfe où il est donc susceptible d’être mobilisé pour concourir aux opérations sur le théâtre irakien.

Les frappes françaises poursuivies en Irak

L’Assemblée nationale a voté mardi à la quasi-unanimité la poursuite des frappes françaises en Irak contre l’état dit « islamique » (EI), quelques jours après les attaques au coeur de Paris. 488 députés se sont prononcés pour et un contre (l’UMP Jean-Pierre Gorges) et 13 se sont abstenus : les députés du Front de gauche et certains de leurs alliés d’outremer, ainsi qu’un UMP (Pierre Morel-A-l’Huissier).

Manuel Valls avait invité l’Assemblée à prolonger l’intervention française, car « notre mission n’est pas achevée » et « c’est bien une guerre contre le terrorisme que nous avons devant nous« .

Le Sénat a également voté en faveur de la prolongation de l’intervention (327 sénateurs sur 346 se sont prononcés pour, les autres, dont ceux du groupe Communiste, républicain et citoyen, s’étant abstenus ou n’ayant pas pris part au vote).

Le consensus politique sur la lutte contre l’EI a été encore renforcé alors qu’un des auteurs du carnage à la rédaction de Charlie Hebdo, Chérif Kouachi, avait participé à une filière de recrutement pour l’Irak et qui aurait, ainsi que son frère, reçu l’instruction d’attaquer l’hebdomadaire selon Al Qaïda au Yémen (https://fr.news.yahoo.com/al-qa%C3%AFda-au-y%C3%A9men-revendique-lattentat-contre-charlie-100015848.html). En ce qui concerne le preneur d’otages du magasin casher, Amedy Coulibaly, il se réclamait de l’EI et demandait l’arrêt des frappes françaises en Irak. « S’ajoute désormais un théâtre intérieur » aux « trois théâtres » extérieurs d’intervention de la France, en Irak, au Sahel et en Centrafrique, a relevé le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian.

Photo prise dans un magasin à Sana, à l’image, Nasser bin Ali al Ansi, principal idéologue d’Al Qaïda au Yémen, le 14 janvier 2015/REUTERS/Khaled Abdullah

« Combattre le terrorisme sur notre sol demande de le combattre là où il progresse« , a aussi lancé le chef de file des députés socialistes, Bruno Le Roux, à l’unisson de l’ensemble des groupes politiques. « La France n’a ni l’option de la neutralité ni celle d’un retrait honteux dans l’espoir illusoire de nous protéger« , a abondé Pierre Lellouche pour l’UMP.

Comme d’autres porte-parole, Philippe Folliot au nom de l’UDI a demandé au Premier ministre « de remettre en débat une nouvelle loi de programmation militaire qui dote nos forces armées et de sécurité des moyens qui leur permettent d’assurer, dans de bonnes conditions, leurs engagements et à la France de tenir son rang« .

Le coprésident du groupe EELV, François de Rugy, a soutenu la poursuite de l’intervention en Irak, mais sans « abaisser le niveau d’exigence » des écologistes, renouvelant notamment leur « appel à la tenue d’une conférence internationale » et pointant le « jeu trouble de certaines puissances régionales« , Qatar et Turquie, selon lui. Pour le Front de gauche, Jean-Jacques Candelier a justifié l’abstention de son groupe « dans la mesure où cette intervention ne se fait pas sous l’égide du Conseil de sécurité de l’ONU, mais de l’Otan, et où nous doutons de l’efficacité de nouvelles frappes« .

Jean-Pierre Gorges, député-maire UMP de Chartres, a expliqué à l’AFP qu’il s’était prononcé contre la poursuite de l’intervention, car il ne croit pas que la France puisse être « le petit flic du monde« . « Alors qu’on manque de moyens pour assurer la sécurité en France, on envoie l’armée dans un conflit qui nous dépasse« , a-t-il regretté. Le feu vert parlementaire est obligatoire pour toute intervention militaire française au-delà de quatre mois. Or, les frappes aériennes françaises ont débuté le 19 septembre. Lors d’un débat sans vote le 24 septembre dernier, l’intervention française avait déjà été largement soutenue. Le Sénat devait voter à son tour en fin de journée pour autoriser la prolongation de l’intervention des forces armées en Irak. La France est déterminée à stopper, au côté de ses alliés, l’expansion de l’EI en Irak, mais Paris exclut en revanche pour l’heure toute intervention en Syrie, jugeant qu’elle ne pourrait qu’être favorable au régime de Bachar el-Assad.

Hollande à l’Institut du monde arabe jeudi 15 janvier

François Hollande se rendra jeudi matin à l’Institut du monde arabe (IMA) où il ouvrira le premier forum international « Renouveaux du monde arabe », a indiqué mercredi le service de presse de l’Elysée.

L’ancien ministre socialiste Jack Lang, président de l’IMA, prononcera un discours d’accueil. Le chef de l’Etat prendra la parole à 10h00, lors de ce déplacement, qui n’était pas inscrit à son agenda hebdomadaire communiqué dimanche.

L’Institut du monde arabe, situé en bord de Seine à Paris, a inscrit « Nous sommes tous Charlie », en français et en arabe, sur son immense façade, en hommage à l’équipe de l’hebdomadaire Charlie Hebdo, cible d’un attentat sanglant le 7 janvier.

Source : avec Afp, Reuters, IMA