Ibn Battûta : De l’histoire au voyage…(1/2)

           « Celui qui voyage, ajoute à sa vie (proverbe Arabe) »

 

 

Par le Dr. Mansour

Lundi 22 juillet 2013


 

 

         

            (Timbre du Maroc : à l’éffigie d’Ibn BATTUTA –   1963)

 

 

 

Tout d’abord, avant même de voir le récit de ses voyages ; il est important de remettre Ibn Battûta dans son contexte historique et la difficulté de certaines sources.

Les seules véritables connaissances que nous ayons sur ce personnage se limitent à la description qu’il nous fournit lui-même dans son récit. La date de sa naissance et de sa mort sont les deux éléments concrètement nouveaux que l’on retrouve dans une notice biographique figurant dans un dictionnaire du XVe siècle, 1368-1369 (770 de l’hégire), et dans un passage de « Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de L’Afrique Septentrionale » d’Ibn Khaldoun où Ibn Khaldoun souligne son incrédulité suscitée par les récits du voyageur à la cour de Fès, et dans d’autres passages du « voyage » (1).

Ajouter à cela des biographes plus ou moins sérieux et/ou talentueux qui se sont ingéniés à glaner les éléments « autobiographiques » du récit afin de reconstituer le caractère du personnage. Nous pensons que c’est un travail superflu. Le lecteur aura le plaisir de découvrir le caractère de l’auteur, pittoresque dans son pragmatisme et suffisamment pharisaïque dans son formalisme.

Limitons nous, ici à une biographie succinte : 

       Il est contemporain de plusieurs grandes figures :

      – Ibn Taymiyya (1263/1326 ~1327 – 661 h./727~728 h.) théologien et jurisconsulte.
      – Ibn Qayyim al-Jawziyya (1292/1350 – 691 h./751 h.) chercheur, théologien et juriste.
      – Ibn Khaldun (1332/1406 – 732h /808h) historien, philosophe, diplomate…
      – Marco Polo (1254/1324) marchand et voyageur vénitien.
      – Le Maître Eckhart (1260/1328) théologien, philosophe et mystique chrétien.

Né en 1304 (703 / 704 de l’hégire) à Tanger (nord du Maroc), Abu Abdullah Muhammad Ibn Battûta (en arabe : أبو عبدالله محمد ابن عبد الله اللواتي الطنجي بن بطوطةplus connu sous la forme simple de « Ibn Battûta », berbère de filiation est l’un des plus grands explorateurs et voyageurs de tous les temps en premier lieu, mais aussi un savant émérite.  Son œuvre : « Tuhfat al-anzar fi gharaaib al-amsar wa ajaaib al-asfar » : « Un cadeau pour ceux qui contemplent les splendeurs des villes et les merveilles des voyages » ; mais communément intitulée « Le rihla d’Ibn Battûta » (rihla d’Ibn Battûta » (rihla signifie voyage). (2)

C’est a l’âge de 21 ans, le 14 juin 1325 (725 h.)il part pour son Hajj (pèlerinage à la Mecque – 5em Pilier de l’islam) ; mais sa quête d’aventure et sa soif de connaissances, fera qu’il ne reviendra sur sa terre natale près de 29 ans après et après avoir parcouru 120 000 kilomètres (une distance dépassant celle couverte par ses prédécesseurs et son quasi-contemporain Marco Polo).

Durant ces 29 années, il aura traversé la quasi-totalité du monde islamique connu et au-delà (de l’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Ouest, le sud et l’est de l’Europe, en Occident, au Moyen-Orient, le sous-continent indien, l’Asie centrale, l’Asie duSud-est, et la Chine…)

Son voyage vers la Mecque, lui permet de traverser le Maghreb (qui déjà connaît sa partition tripartite) en passant par l’Égypte (le haut du Nil) et une partie de la Syrie (1er passage) et effectuera son premier pèlerinage en 1326. Ici nous nous permettrons de signaler une curieuse discordance dans la chronologie ! Ibn Battûta nous raconte sa rencontre avec Ibn Taymiyya, mais selon d’autres sources et chroniqueurs…Ibn Battûta serait arrivé si ce n’est pas 1 an après la mort de savant, cela serait que quelques mois ou semaines après….donc il aurait rencontré un des disciples d’Ibn Taymiyya. Certains historiens pensent qu’il s’agissait d’Ibn Qayyim Al-Jawziyya….(Mais là aussi il y a une incohérence temporelle), nous nous limiterons à ce disciple.

Ibn Battûta n’a pas fabuler sur cet événement, nous pensons qu’avec les années et les retranscriptions de ses notes et la dicté de ses souvenirs, ce sont glisser des omissions, des confusions…  

Les descriptions qu’il nous fait de la Mecque et des lieux saint, ainsi que des villes d’Irak et de Syrie, sont en fait des emprunts. Ce qui a pousser plusieurs auteurs et commentateurs à présentant Ibn Battûta comme un simple pilleur de textes. En effets les descriptions de la Mecque et une partiedes cités irakiennes et/ou syriennes sont issu des passages des récits de voyage d’Ibn Djubair (visitées en 1183-1184) (3).  

Il y a le même phénomène d’empreint pour la description du phare d’Alexandrie, sur un auteur ancien.

Ici, il n’est pas question de un jugement « moderne » sur l’auteur. Remettons tous cela dans son contexte:

A : l’auteur n’étant guère contester cela ne remet en rien en cause la valeur et la                véracité de son écrit.

B : la rareté des livres manuscrits à l’époque. (Les manuscrits étant coûteux).

Ibn Battûta a le grand mérite de ne pas être un simple scribe compilateur ! Bien au contraire, il est de ceux qui sont sur le terrain, donc de se mettre en position de vérifier sur place ce que Ibn Djubair nous a rapporter, ainsi permettant de corriger et d’indiquer les changements, qui entre-temps (ici plus de 140 ans après), sont intervenuesL’exemple le plus marquant reste l’inventaire du trésor de la mosquée de Damas évoqué par Ibn Djubair, il actualise la valeur en pièces d’or du trésor.

     

                                                       (Carte des voyages d’Ibn Battûta et de Marco Polo)

Deux mois suivant son pèlerinage, il prend la direction de l’Irak puis l’Iran. Il reviendra à Bagdad puis à Mossoul en Irak. Repassera par Bagdad (qui est devient une ville d’attache) avant de se rendre à la Mecque où il y restera trois ans (de 1327 à 1330). Il y accomplira trois pèlerinages.

Par la suite, il se dirigera au Yémen, la côte africaine en passant par la mer Rouge. Il découvre aussi Mogadiscio et les comptoirs d’Afrique orientale. Il part ensuite à la découverte de l’Oman et du golfe Persique.

Il effectuera un nouveau pèlerinage 1332. Repart pour l’Egypte pour prendre la route pour l’Asie Mineure en passant par la Syrie. Il est subjugué par la grande Constantinopleet il repent la route pour l’Afghanistan via la Transoxiane(Ouzbékistan actuel), d’où il gagnera la vallée de l’Indus, on est en 1333. Il séjournera à Delhi jusqu’en 1342, et aux îles Maldives durant un an et demi. Il fera une excursion dans le Ceylan (Sri Lanka), puis il retourne aux îles Maldives, et traversera le Bengale, l’Assam, Sumatra, et pousse jusqu’en Chine. Il revient à Sumatra, et longe la côte du Malabar en 1347.

Tout en passant par le golfe Persique, il se rend à nouveau à Bagdad, en Syrie, et en Égypte. Il effectue à nouveau un pèlerinage à La Mecque. De retour en Égypte, il va à Alexandrie et part pour Tunis en 1349. Ensuite il va en Sardaigne et il passe par l’Algérie pour aller à Fès, puis dans le royaume de Grenade et rentre au Maroc. Il effectua un dernier voyage en 1352 à la découverte du Sahara jusqu’au fleuve Niger.

Au début de l’année 1350, Ibn Battûta retourna définitivement au Maroc. Le sultan du Maroc, Abou Inan Faris (1329/1358 – dynastie Mérinide), lui demanda de produire un compte rendu de ses voyages. Ibn Battûta dicta alors son histoire au poète Ibn Juzayy al-Kalbi. L’œuvre sera achevé en 1356.

Ibn Battûta mourut au Maroc vers 1368 ou 1377.

 

 (1) Ibn Khaldoun : « Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l’Afrique Septentrionale »en 2 volumes – édition Librairie Orientaliste, Paris, 1968

 (2) Lire en ligne le livre d’Ibn Battûta : http://www.wdl.org/fr/item/7470/view/1/1

 (3) Ibn Djubair (1145/1217) Intellectuel, fonctionnaire de cour en Al Andalous « Tadhkira bi-akhbâr `           an ittifâqât al-asfâr » (Relations des péripéties qui surviennent pendant les voyages), plus couramment appelée Relation de voyages.

 

Mots-clés : Dr Mansour, Histoire