Il s’appelait Aylan Kurdi…

La photo qui donne une claque à l’Europe, « notre honte à tous », « l’humanité naufragée », pouvait-on lire sur les réseaux sociaux mercredi soir. Une photo qui a fait passer de la tristesse à la colère bon nombre de personnes.

Cette photo, nous l’avons tous vu, c’est celle d’un enfant, vêtu d’un tee-shirt rouge, d’un short bleu et de petites chaussures, gisant le visage tourné contre le sable de Bodrum, l’une des plages les plus fréquentées de Turquie. Selon les médias turcs, Aylan Kurdi, âgé d’à peine trois ans, était originaire de la ville syrienne de Kobane, à la frontière turque, en proie il y a quelques mois à de violents combats entre les djihadistes de l’État islamique et les Kurdes.

Il était à bord d’une des deux embarcations qui ont fait naufrage dans la nuit de mardi à mercredi et qui transportaient 23 personnes. Elles avaient quitté séparément la région d’Akyarlar, sur la péninsule de Bodrum, pour rejoindre l’île de Kos, en Grèce. Parmi les victimes figurent cinq enfants et une femme. Sept personnes ont été sauvées et deux autres munies de gilets de sauvetage ont réussi à atteindre la rive.

La photo a été retweetée des milliers de fois et fait le tour du monde tandis que le hashtag « KiyiyaVuranInsanlik », qui signifie « l’humanité naufragée », arrivait en tête des tendances de Twitter mercredi soir. Le cliché faisait notamment la une des quotidiens britanniques jeudi matin. The Independent tweetait ainsi : « If these images of a dead child don’t change our attitude to refugees, what will ? » (Si ces images d’un enfant mort ne changent pas notre attitude sur les réfugiés, qu’est-ce qui le fera ?) Même Le Sun, pourtant très hostile à l’accueil des migrants au Royaume-Uni, semble lancer un appel au Premier ministre, David Cameron.

Aylan Kurdi fuyait la guerre qui ravage son pays avec sa famille. Son grand frère, Ghalib, âgé de cinq ans, aurait aussi péri dans le naufrage. Son corps a également été repêché, ainsi que celui de leur mère et d’un troisième enfant noyé. Au total, les autorités turques auraient retrouvé une douzaine de corps. Cet été, des dizaines de milliers de Syriens fuyant la guerre ont gagné la côte égéenne de la Turquie pour rejoindre la Grèce, porte d’entrée de l’Europe. Selon les agences humanitaires, sur le seul mois d’août, près de 2 000 personnes ont effectué quotidiennement la courte traversée entre les côtes turques et les îles grecques sur des embarcations pneumatiques.

« Quand je l’ai vu, je suis restée figée »

La journaliste à l’origine des photos du petit Aylan a confié jeudi avoir été « glacée » lorsqu’elle a aperçu son petit corps sans vie échoué sur la plage de la station balnéaire.

« Quand je l’ai vu, je suis restée figée, glacée. Il n’y avait malheureusement plus rien à faire pour cet enfant. J’ai fait mon métier« , a témoigné la photographe de l’agence de presse privée Dogan, Nilüfer Demir, sur la chaîne d’information CNN-Türk.

Lire : Que pensent les turcs de la mort du petit Aylan

« Nous nous baladons régulièrement sur ces plages depuis quelques mois. Mais hier c’était différent. Nous avons d’abord vu le corps inanimé du plus petit garçon, puis celui de son frère aîné. En les photographiant, j’ai simplement voulu refléter le drame de ces gens« , a-t-elle ajouté avec pudeur.

La journaliste a ajouté que le corps de son frère, Galip, cinq ans, et celui de leur mère, Rehan, ont été retrouvés sur la même plage.

Cette famille syrienne souhaitait rejoindre le Canada (qui d’ailleurs avait refusé la demande d’asile du petit Aylan), où certains de leurs proches sont déjà établis, a rapporté la presse canadienne. Selon l’édition en ligne du Ottawa Citizen qui cite une proche, le père de cette famille, Abdullah, qui a survécu au naufrage, avait confié vouloir rentrer à Kobané pour y enterrer sa femme et ses deux enfants…. C’est ce qui a été fait hier….

Les images chocs des deux enfants noyés ont fait le tour du monde, elles ont été relayées par les réseaux sociaux et largement reprises par la presse européenne, enfin sauf la presse française qui apparement s’est plantée.

« Jamais je n’ai pensé que ces images feraient un tel effet« , a affirmé Nilüfer Demir, expliquant avoir déjà photographié des migrants noyés sur les plages turques.

Est-ce qu’une image va changer les mentalités ? Certains pensent que oui, d’autres ce rappel comment l’humain à la mémoire courte. Ce qui est sûr c’est que cet événement n’a pas laissé indifférent même dans l’absurde comme pour ce tweet d’Arno Klarsfeld….

« @JeromeGuedj: Bravo, @arnoklarsfeld, bel effort vous aussi, Palme d’Or donc du tweet le plus indigne #Mepris #Ignorance #Honte » lui a répondu un twittos.

Et en France ? Les Français ont été émus… Nous avons été émus mais pas au point d’acceuillir ces malheureux si l’on se référe à un sondage fait par le Figaro. La question posée était « la photo du jeune enfant syrien noyé modifie-t-elle votre vision de la crise des migrants ? »… Réponse sur 991 votants (ce qui bien sûr ne reflète pas la vision de tous les Français) seulement 15% ont répondu oui !!!

Lire : Ces Français tendent la main aux migrants

Pour finir qu’en est-il des pays arabes et de ceux qui sont les plus riches ? Hé bien regardez la carte !!! C’est un peu vide dans le sud vous trouvez pas…

Des suspects déjà dans la boîte…

Ils sont de nationalité syrienne, âgés de 30 à 41 ans. Quatre personnes ont été formellement accusées par un tribunal de la station balnéaire turque de Bodrum (sud-ouest) d’homicides involontaires et de « trafic d’immigrants » a rapporté la presse locale. Ils ont été écroués et placés en détention jusqu’à leur procès, a précisé le quotidien turc Hürriyet.

Sources : Afp, Reuters, Tweeter, I&I, Figaro.fr