in-« injustice » Egyptienne : peine de mort et prison à vie pour Morsi et grâce présidentielle pour 165 condamnés

Photo AFP : M. Morsi et Al Sissi le 21 février 2013

Un tribunal égyptien a confirmé mardi la peine de mort qu’il avait infligée il y a un mois à l’ex-président Mohamed Morsi, destitué en 2013 par l’armée, pour s’être évadé de prison lors de la révolte de 2011 mais aussi pour avoir « planifié des attaques contre l’État » avec la collaboration du Hamas palestinien et du Hezbollah libanais. Un peu plus tôt, le même tribunal avait condamné M. Morsi, premier président élu démocratiquement en Égypte, à la prison à vie pour « espionnage ».

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Le 21 mars, dans un premier procès, il avait déjà écopé de 20 années de prison pour incitation à la violence contre des manifestants en 2012. La peine de mort dans ce troisième procès a été confirmée après que le tribunal eut recueilli l’avis, non contraignant, du mufti d’Égypte. Les verdicts de ces trois premiers procès, sur les cinq qui sont intentés à M. Morsi, ont été prononcés en première instance et sont susceptibles d’appel.

Dans le procès pour espionnage qui a valu à M. Morsi la prison à vie – en réalité plafonnée à 25 ans d’emprisonnement en Égypte -, le tribunal a en outre confirmé les peines de morts prononcées le 16 mai contre 16 personnes, dont 2 hauts dirigeants des Frères musulmans de M. Morsi : le richissime homme d’affaires Khairat al-Chater et Mohamed al-Beltagui.

Seize autre personnes, dont le guide suprême des Frères musulmans Mohamed Badie et l’ex-président du parlement Saad al-Katatni, ont également écopé de la peine de prison à vie, qui équivaut à 25 années de détention en Égypte. Deux autres ont par ailleurs été condamnés à sept ans de prison. M. Badie a également été condamné à mort dans le procès pour « espionnage« .

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L’ex-président et ses 34 co-accusés ont été reconnus coupables d’avoir fourni « des rapports de sécurité » à l’Iran et d’espionnage en faveur du Hamas et du Hezbollah « en vue de mener des attaques terroristes dans le pays pour y semer le chaos et renverser l’État« .

Après son éviction, les partisans de M. Morsi ont été la cible d’une sanglante répression dans laquelle au moins 1.400 manifestants (sympathisants et/ou proche des frères musulmans) ont été tués dans la dispersion violente de leurs rassemblements par les forces de sécurité.

Plus de 40.000 autres ont été arrêtés ou traduits en justice, selon Human Rights Watch. Des centaines d’entre eux ont été condamnés à mort dans des procès de masse expéditifs, qualifiés par l’ONU de « sans précédent dans l’histoire récente » du monde.

La répression s’est étendue aux mouvement laïcs et de gauche, fers de lance de la révolte de 2011 qui chassa Hosni Moubarak du pouvoir, et des dizaines de militants ont été condamnés à de la prison pour avoir violé une loi controversée limitant le droit de manifester.

Des intellectuels et hommes politiques avaient appelé à plusieurs reprises le président Abdel Fattah al-Sissi à gracier les militants des mouvements laïcs et de gauche, en particulier les figures de la révolte de 2011.

Al Sissi a la main mise sur l’Égypte, se débarassant depuis sa venue au pouvoir de tous ceux qu’il estime ennemi de l’État. La Confrèrie des Frères musulmans en faisait partie et comme il avait promis, Al Sissi s’est arrangé pour se débarrasser d’eux en élimant les têtes pensantes du groupe.

A lire : 529 pro-Morsi condamné à mort et 700 autres devant un tribunal (Mars 2015)

Grâce présidentielle pour 165 condamnés

al sissi

L’Egypte va libérer 165 personnes condamnées à de la prison pour avoir violé une loi controversée limitant le droit de manifester, après une grâce présidentielle, a annoncé mercredi la présidence.

Mais la liste des graciés n’inclut aucune des figures de la révolte de 2011 qui chassa Hosni Moubarak du pouvoir, emprisonnées en vertu de cette loi et dont la condamnation avait provoqué un tollé parmi les organisations internationales des droits de l’Homme.

Parmi ces figures, le militant de gauche Alaa Abdel Fattah qui avait écopé de cinq ans de prison, sa soeur Sanaa Seif de deux ans, et le fondateur du mouvement du 6-Avril, fer de lance de la révolte de 2011, Ahmed Maher, condamné à trois ans de prison.

Les autorités égyptiennes mènent une répression implacable contre toute forme d’opposition.

Elles ont notamment adopté en novembre 2013 la loi interdisant les rassemblements qui n’auraient pas été approuvés au préalable par la police.

Depuis, des centaines de manifestants islamistes, ainsi que des dizaines de manifestants issus des mouvements laïcs et de gauche, ont été emprisonnés.

Les 165 graciés, « condamnés dans des procès pour avoir violé la loi des manifestations », ne purgeront pas leur peine« , selon un communiqué de la présidence, précisant que « la liste des personnes libérées comprend un grand nombre de jeunes et de mineurs« .

L’annonce est intervenue à la veille du début du Ramadan.

Al Sissi chercherait-il à se montrer comme un « monarque » clément ? Un président qui serait être intransigeant et juger avec équité…

Le Président Abdel Fattah al-Sissi se veut être le « synonyme » de l’Egypte, il a affirmé lors d’une allocution à la Tv égyptienne, que les Egyptiens sont soit de son côté ou soit ils sont des ennemis de la nation. Ce qui vous laisse peu de choix…. « Celui qui a un problème vivant dans ce pays devraient saisir son passeport et le quitter« , a déclaré le commentateur de la chaîne, Tamer Amin, expliquant – voire plutôt ordonnant – aux téléspectateurs de ne plus se plaindre des hausses de prix, des pannes d’électricité ou d’autres problèmes.

Un an après que le général – maréchal – devenu politicien, a pris ses fonctions dans un éboulement de « victoire » électorale, Al-Sissi a largement réduit au silence toutes formes d’opposition (politique, médiatique, civile….) et tente de diriger le pays comme un seul homme. Comme le nouveau pharaon d’Égypte….

Sources : Afp, Reuters, Nil Tv, Al Watan(Egypte), L’orient le Jour.