In-justice égyptienne : Mohammed Morsi condamné à 20 ans de prison

L'ex-président égyptien Mohamed Morsi, destitué en 2013 par l'armée, a été condamné ce mardi au Caire, après une longue mascarade judiciaire, à 20 ans de prison pour avoir été impliqué dans « l'arrestation » et des « tortures » sur des manifestants durant son mandat. Il ne sera pas condamné à mort.

Il a en revanche été acquitté du chef d'incitation au meurtre de deux manifestants et d'un journaliste lors d'une manifestation devant le palais présidentiel en 2012, pour lequel la plupart des observateurs s'attendaient à ce qu'il soit condamné à mort.

Dénonçant une justice « instrumentalisée » par les autorités dans leur « lutte contre la légitimité populaire et révolutionnaire, symbolisée » par M. Morsi, la confrérie des Frères musulmans, dont est issu l'ex-président, a appelé à manifester sans discontinuer dès aujourd'hui mardi.

Celui qui a été le premier civil élu démocratiquement à la tête de l'Egypte a toujours nié les faits qui lui sont reprochés parlant de coup d'État et de manipulation.

Symboliquement, cette condamnation représente un nouveau coup pour la Confrérie, déjà la cible d'une répression sanglante qui a décimé ses rangs.

En effet ce sont bien des policiers et qui des soldats qui ont tué plus de 1.400 manifestants et emprisonné pas moins de 15.000 autres.

Des centaines ont également été condamnés à mort dans des procès de masse expéditifs, représentant plus des pièces de théâtre et qualifiés par l'ONU de « sans précédent dans l'Histoire récente » du monde.

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Procès « sorcellerie » : donc politiques

L'ex-président, jugé au total dans cinq affaires, notamment pour espionnage et évasion de prison durant la révolte de 2011 qui chassa le raïs Hosni Moubarak du pouvoir, pourra faire appel du verdict.

Pour le politologue Achraf al-Cherif de l'Université américaine du Caire, une condamnation de Mohamed Morsi marque « le couronnement » de la répression judiciaire lancée par les autorités contre la Confrérie des Frères musulmans.

« Les procès intentés contre M. Morsi en particulier ne font aucun sens, ce sont des procès politiques« , souligne-t-il.

Le régime de M. Sissi, qui jouit d'une popularité indéniable au sein d'une population lassée par quatre années d'instabilité politique, est considéré par les organisations internationales de défense des droits de l'Homme comme bien plus répressif que celui de M. Moubarak.

Le maréchal à la retraite n'a d'ailleurs jamais caché sa volonté d'éliminer les Frères musulmans. Classés depuis comme « organisation terroriste » par les autorités, qui l'accusent d'être derrière les attentats quasi-quotidiens visant les forces de sécurité.

Cependant, comme souligné plus haut, l'organisation, nie avoir recours à la violence. Les attentats sont généralement revendiqués par des groupes d’insurgés – dit « djihadistes »- qui disent agir en représailles à la répression.

En Mai 2014 : Le procès de Mohammed Morsi

Et dans un pays sous la férule de l'armée depuis des décennies, le coup de force de M. Sissi a marqué la fin d'une parenthèse démocratique ouverte avec le soulèvement de 2011.

Aujourd'hui, même les mouvements laïcs et de gauche –fers de lance de la révolte anti-Moubarak qui ont aussi soutenu l'éviction de M. Morsi– ne sont pas épargnés par la répression.

La défense a souligné le manque de preuves, et a rappellé que des pro-Morsi ont aussi été tués dans ces heurts.

La question de l'exécution de l'ex-président a été aussi posée avant le procès, « son exécution représenterait une escalade que les autorités ne semblent pas prêtes à entreprendre« , explique H. A. Hellyer, de la Brookings Institution, un centre de réflexion basé à Washington. « La condamnation d'un président élu, renversé par une intervention militaire –même populaire–, sera mal perçue à l'international« , ajoute-t-il.

Parallèlement, le prédécesseur de M. Morsi, Hosni Moubarak, condamné à la prison à vie en première instance, a récemment bénéficié en appel d'un abandon des accusations de complicité dans le meurtre de centaines de manifestants durant la révolte de 2011. Et il a été acquitté, comme ses deux fils et des caciques de son régime, dans des affaires de corruption. Preuve de la justice des répresseurs !!

À voir : http://tousensemblepouravancer.com/?s=Hosni+Moubarak

Source : avec Afp, Reuters, L’orient le Jour, Nil Tv, Al Watan (Egypte)