Irak : Ces derniers jours

D’après Larédac’ à 14h02 le 07 Janvier 2014

Samedi 4 janvier 2014 

Le gouvernement irakien a perdu le contrôle de la ville de Fallouja, qui est actuellement aux mains de combattants qui seraient liés à « Al-Qaïda », a affirmé samedi un haut responsable de la sécurité de la province d’Al-Anbar (ouest).

« Fallouja est sous le contrôle de l’EIIL« , a indiqué ce responsable, faisant référence à l’Etat islamique en Irak et au Levant, une filiale d’ «al-Qaïda» en Irak. Il a cependant précisé que « les secteurs autour de Fallouja (60 km à l’ouest de Bagdad) étaient aux mains de la police locale« .

Lundi 6 janvier 2014

L’intensification de la révolte dans une province sunnite d’Irak place le gouvernement, dominé par les chiites, face à un choix critique entre la réconciliation et la guerre civile, selon des experts. Le Premier ministre Nouri al-Maliki doit décider dans les prochains jours entre proposer un partage réel du pouvoir à la minorité sunnite ou poursuivre la politique de marginalisation et de répression. 

« Les prochains jours vont déterminer le sort de l’Irak« , estime Ihsan al-Shammari, professeur de sciences politiques à l’Université de Bagdad. « Le pays se trouve à la croisée des chemins : une réconciliation sous la forme d’un État démocratique ou un éclatement dans le chaos total et la guerre civile. » Selon lui, soit il y aura « un Irak démocratique où chacun sera égal« , soit « nous nous dirigeons vers l’abysse« .

Le mécontentement augmente depuis des années parmi les sunnites, qui se sentent exclus des sphères du pouvoir et stigmatisés par les forces de sécurité, aux méthodes souvent brutales. 

Depuis décembre 2012, ce mécontentement s’exprimait en particulier dans des camps de protestations établis dans plusieurs régions où les sunnites sont majoritaires. 

Mais la décision de M. Maliki de démanteler le 30 décembre le principal de ces camps, près de Ramadi, a mis le feu aux poudres. Des combattants sunnites de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL, lié à al-Qaida) ont pris le contrôle de Fallouja et d’une partie de Ramadi, à 60 et 100 km à l’ouest de la capitale.

Et l’assaut que les autorités annoncent désormais pour reprendre Fallouja ravive le souvenir des deux batailles que les forces américaines ont menées en 2004 contre les insurgés dans ces mêmes rues, au prix de très lourdes pertes.

« Les cellules d’ « al-Qaida » les plus actives et les plus importantes sont maintenant tout près de Bagdad, à cause d’une erreur de jugement du gouvernement, qui est en train d’entraîner l’Irak vers l’inconnu », estime Issam al-Faili, professeur de sciences politiques à l’Université Mustansiriyah à Bagdad. 

Le pays risque désormais de connaître « une augmentation des crises, et des divisions sociales plus profondes et plus dangereuses« , prévient-il. Englué dans des « crises politiques continuelles », le gouvernement n’a pas vu « le tsunami qui arrivait, le tsunami de l’EIIL« , regrette l’expert. 

Les autorités irakiennes attribuent à l’EIIL l’essentiel des violences récentes à Anbar, même si des hommes de tribus opposés au gouvernement ont également été impliqués dans les combats. 

Au faîte de leur influence après l’invasion américaine de 2003, les fidèles d’ « al-Qaida » en Irak ont subi de sérieux revers à partir de la fin 2006. Mais avec l’EIIL, le réseau a réussi un retour fracassant dans le pays en s’appuyant sur ses liens avec la Syrie, où le groupe est devenu un acteur majeur du conflit.

« L’EIIL a réussi à tirer profit de ses réseaux et de ses capacités en Irak pour avoir une présence forte en Syrie, et il a utilisé sa présence en Syrie pour renforcer ses positions en Irak« , expliquait dimanche Daniel Byman, un expert au Brookings Institution’s Saban Center for Middle East Policy.

L’Irak a déjà connu un sanglant conflit interconfessionnel, dont le pays a émergé en 2008, quand les forces américaines, encore présentes en nombre, ont réussi à rallier les tribus sunnites contre al-Qaida. Pour les experts, le gouvernement Maliki doit employer la même tactique pour empêcher l’Irak de sombrer. 

La minorité sunnite ayant dominé le pays jusqu’à l’invasion américaine en 2003, le sentiment de dépossession qu’elle a ensuite ressenti a été l’un des principaux facteurs de l’insurrection dans les années suivantes.

Il a aussi alimenté le mécontentement qui a fait remonter en 2013 les violences au niveau de 2008, et à Bagdad même, la décision de M. Maliki de démanteler le camp de Ramadi a provoqué la démission de 44 députés. 

Pour M. Shammari, il faut maintenant que « les autorités se concentrent sur les sunnites modérés pour les attirer au gouvernement » et leur donner un rôle majeur au niveau fédéral. « Les sunnites sont ceux qui vont déterminer le sort de l’Irak », insiste-t-il.

Mardi 7 janvier 2014 

L’armée irakienne a lancé dans la nuit un assaut infructueux pour tenter de reprendre des quartiers de Ramadi (ouest) aux « jihadistes », qui a fait au moins quatre morts, ont annoncé mardi des responsables de la santé et de la sécurité. 

Les combattants de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) ont repoussé l’assaut et contrôlaient toujours le sud de Ramadi, à 100 km à l’ouest de Bagdad, a annoncé la police.

« Les forces de sécurité et des hommes armés des tribus ont tenté hier (lundi) soir de pénétrer dans des zones contrôlées par l’EIIL dans le sud de la ville« , a expliqué à l’AFP un capitaine de police à Ramadi. « Les combats ont débuté à 23H00 (20H00 GMT) et se sont terminés à 06H00 (03H00 GMT). Les forces de sécurité n’ont pas réussi à pénétrer dans ces zones dont l’EIIL a toujours le contrôle« , a-t-il ajouté.

Ces combats ont fait 4 morts et 14 blessés parmi les civils, a déclaré à l’AFP le Dr Ahmed Abdel Salam, médecin à l’hôpital de Ramadi qui ne disposait pas de bilan pour l’armée ou les « jihadistes ».

Après le démantèlement le 30 décembre près de Ramadi d’un camp de protestataires anti-gouvernementaux, des combattants de l’EIIL ont pris le contrôle la semaine dernière de quartiers de cette ville et de la totalité de Fallouja, à 60 km à l’ouest de Bagdad.

Tôt mardi matin, trois fortes explosions ont résonné à l’est de Fallouja, selon un témoin qui n’était pas en mesure de dire ce qu’il s’était passé. Les forces de sécurité continuaient mardi de prendre position autour de la ville, dans la perspective d’une opération majeure annoncée par les autorités depuis dimanche pour reprendre Fallouja.

« Aujourd’hui (mardi), l’armée a déployé de nouveaux renforts soutenus par des chars et des véhicules blindés à environ 15 km à l’est de Fallouja« , a annoncé à l’AFP un capitaine de police.

Le Premier ministre Nouri al-Maliki a ordonné à l’armée de se préparer à reprendre le contrôle de Fallouja et Ramadi. Mais il aussi appelé les tribus sunnites lourdement armées de la région à chasser elles-mêmes les « terroristes » pour éviter un assaut.

Source : Afp, Reuters, agences de presse irakiennes