Irak : La prise de Mossoul, jour de paye pour l’EIIL

D’après Larédac’ à 19h45 le 23 Juin 2014


Avec la prise de Mossoul, les combattants de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) touchent le jackpot, complétant leurs revenus issus principalement d’activités criminelles avec le pactole des liquidités bancaires de la deuxième ville d’Irak.

« C’était un sacré jour de paye« , déclare Toby Dodge, directeur du centre du Moyen-Orient à la London School of Economics, au sujet de la prise de Mossoul par les combattants ultra-radicaux de l’EIIL le 10 juin.

En quelques jours d’une offensive fulgurante, l’EIIL a mis la main sur de larges portions de territoires, conquérant, outre Mossoul, une grande partie de sa province Ninive (nord), de Tikrit et d’autres secteurs des provinces de Salaheddine (nord), Diyala (est) et Kirkouk (nord), et avançant désormais à l’ouest. 

Mais en plus des territoires, des véhicules, des armes et équipements militaires, les insurgés ont aussi mis la main sur de véritables fortunes.

L’EIIL disposait déjà de solides ressources financières issues de ses « activités criminelles » -comme l’extorsion de fonds ou les enlèvements pour obtenir des rançons- et de donations privées venues des pays du Golfe. Mais à Mossoul, il a touché le jackpot :  – Grand gagnant : les trafiquants d’armes !!! –

Selon le chef du conseil provincial de Ninive Bashar Kiki, les réserves en liquide des banques de la ville atteignaient environ 400 millions de dollars (294 millions d’euros), auxquels il faut ajouter quelque 250.000 dollars (184.000 euros) qui se trouvaient dans les coffres du conseil provincial. 

« Pour les intérêts musulmans » ???… 

Dans un document diffusé après la prise de la ville, l’EIIL a annoncé que tout l’argent du « gouvernement Safavide » — référence péjorative aux chiites au pouvoir à Bagdad — serait confisqué « pour les intérêts « musulmans » ».

Ces derniers temps, Mossoul représentait déjà une manne financière pour l’EIIL. 

Selon plusieurs sources, le groupe engrangeait jusqu’à 12 millions de dollars (8,8 millions d’euros) par mois grâce aux extorsions, rançons et à la corruption dans cette ville qui comptait quelque deux millions d’habitants avant sa prise par les insurgés. 

Et grâce à ses victoires militaires en Syrie voisine, l’EIIL a même pu se lancer dans la vente de pétrole. 

« L’EIIL a une longue expérience dans la collecte de fonds par des activités criminelles« , explique Matthew Levitt, ancien haut responsable du renseignement au Département du Trésor américain, chargé d’identifier les sources de financement des groupes militants. 

Selon M. Levitt, les combattants de l’EIIL « sont uniques au regard de leur capacité à, grâce à une insurrection, contrôler des territoires, des infrastructures stratégiques et des ressources naturelles« . 

La capacité de l’EIIL à se financer directement, sans trop dépendre des donateurs du Golfe — une source de financement importante pour les groupes designés de « jihadistes » — lui permet aussi d’éviter les mécanismes de contrôle et de détection des transactions. 

Le département du Trésor américain a depuis longtemps mis en garde contre le fait que ces groupes se financent de plus en plus au niveau local. 

« Beaucoup de ces groupes génèrent des capitaux au niveau local, souvent dans des zones soumises à très peu, voire aucun contrôle gouvernemental« , avait expliqué en avril David Cohen, sous-secrétaire au Trésor chargé du terrorisme.

Ce mode de financement par l’extorsion et d’autres activités criminelles fait courir à long terme aux groupes d’oppositions/insurgés le risque de s’aliéner les populations locales, mais cela leur permet d’éviter les contrôles internationaux et de « limiter la capacité des gouvernements à retracer et couper leurs sources de financement« , avait-il souligné.

Et plus Bagdad tarde à reprendre les zones passées sous contrôle des rebelles, plus les insurgés peuvent remplir leurs caisses, en collectant par exemple des impôts « réguliers« . 

« L’EIIL était déjà une organisation riche avant la prise de Mossoul« , rappelle Charles Lister, chercheur associé à Brookings Doha.

« Mais, avec les importants gains matériels qu’EIIL a récemment obtenus, ajoutés au contrôle territorial, au moins temporaire, de vastes pans du pays, le groupe a essentiellement assuré sa viabilité financière à long terme« .

Les insurgés progressent dans l’ouest, Kerry appelle à l’unité

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry poursuit lundi sa tournée diplomatique au chevet de l’Irak, appelant à l’unité les dirigeants à Bagdad tandis que les insurgés sunnites consolidaient leurs positions dans l’ouest frontalier avec la Syrie.

M. Kerry effectue une mission diplomatique qui l’a mené en Egypte dimanche, avant Amman, Bruxelles et Paris, et qui porte principalement sur les efforts visant à convaincre le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki de former rapidement un gouvernement d’union nationale. 

L’urgence se fait d’autant plus sentir que, sur le terrain, les insurgés emmenés par les jihadistes ultra-radicaux de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) se sont emparés de trois villes de la province occidentale d’Al-Anbar : Al-Qaïm, Rawa et Aana.

L’armée a affirmé dimanche qu’elle s’en était retirée pour des raisons « tactiques » de « redéploiement« , mais selon des témoins, les insurgés se sont emparés dès samedi d’Al-Qaïm et de son poste-frontière avec la Syrie.

Selon des officiers et des médecins, les insurgés ont abattu 21 responsables locaux entre samedi et dimanche à Rawa et Aana.

Dans cette province d’Al-Anbar, les insurgés sunnites tenaient déjà depuis janvier la ville de Fallouja, à 60km à l’ouest de Bagdad, et des secteurs de Ramadi.

Près de ce chef-lieu de la province, un double attentat dimanche a fait six morts parmi les personnes venues présenter leurs condoléances à la famille d’un officier de police tué vendredi dans les combats à Al-Qaïm.

Depuis le début de leur offensive le 9 juin, les insurgés ont mis la main sur Mossoul, deuxième ville d’Irak, une grande partie de sa province Ninive (nord), de Tikrit et d’autres secteurs des provinces de Salaheddine (nord), Diyala (est) et Kirkouk (nord), et avancent désormais à l’ouest.

L’EIIL, qui ambitionne de créer un Etat islamique à cheval entre les deux pays, est également engagé dans la guerre en Syrie, où le groupe est accusé de recruter des enfants-soldats par l’ONG Human Rights Watch.

Source : Afp, Reuters,NY Times, Washington Poste, l’Orient le Jour, Irak today, al-hodaonline,  Agence d’information de la presse de la république islamique d’Iran (IRNA)