Irak : Le dirigeant chiite, Moqtada Al-Sadr, promet de « faire trembler la terre sous les pieds » des insurgés sunnites

D’après larédac à 16h02 le 27 juin 2014

Le puissant dirigeant chiite Moqtada al-Sadr a promis de « faire trembler la terre sous les pieds » des insurgés sunnites tandis que le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki a mis en garde ses rivaux politiques contre toute tentative d’exploiter l’offensive rebelle pour le marginaliser.

EIIL progresse, Moqtada al-Sadr menace…

Les combattants de l’Etat islamique en Irak et au levant (EIIL), à l’offensive depuis plus de deux semaines en Irak, ont ouvert dans l’ouest du pays une voie vers la Syrie en s’emparant du poste-frontière de Boukamal, pendant de celui d’Al-Qaïm qu’ils contrôlent déjà, à la faveur d’une entente locale avec Al-Qaïda.

Ils progressent ainsi vers leur objectif de créer un « Etat islamique » dans une zone à cheval entre la Syrie et l’Irak, pays désormais au bord de l’implosion. « Nous ferons trembler la terre sous les pieds de l’ignorance et de l’extrémisme« , a cependant promis le dirigeant chiite Moqtada al-Sadr dans une allusion à la vaste offensive des insurgés sunnites qui leur a permis de s’emparer de larges pans de territoire dans le nord et l’ouest de l’Irak.

Le puissant chef chiite s’est de plus déclaré opposé à l’envoi de 300 conseillers militaires en Irak, dont 40 étaient mardi à pied d’oeuvre, assurant qu’il n’accepterait qu’un « soutien international de la part de pays qui n’occuperaient pas l’Irak« .

A ce titre, l’Iran, allié chiite du pouvoir de même confesssion à Bagdad, a secrètement déployé des drones de surveillance en Irak où elle convoie également du matériel militaire par voie aérienne, a affirmé mercredi le New York Times.

Les déclarations de Moqtada al-Sadr sont intervenues peu après un défilé à Sadr City, dans le nord de Bagdad, de combattants qui lui sont restés fidèles et se sont engagés à combattre l’offensive des insurgés qui menace de diviser l’Irak.

« L’Armée du Mahdi » dirigée par Moqtada al-Sadr, qui a combattu les forces américaines lors de leur intervention en Irak, est jusqu’à présent restée inactive même si les combattants loyaux à Moqtada al-Sadr ont promis de combattre les insurgés.

Moi Maliki protagoniste du chaos ??


Alors que des notables de tribus sunnites ont appelé à la mise en place d’un gouvernement ne tenant pas compte des résultats des législatives du 30 avril qu’ils qualifient de mascarade, le Premier ministre al-Maliki a estimé qu’une telle démarche constituerait « un coup d’Etat à l’encontre de la Constitution et du processus politique« .

Maliki, dont le bloc électoral est arrivé en tête lors du scrutin d’avril mais ne parvient pas à former une coalition de gouvernement, a dénoncé « une tentative de la part de ceux qui sont contre la Constitution d’éliminer le jeune processus démocratique et de voler leur vote aux électeurs« .

Il a ainsi prévenu contre toute tentative d’exploiter « ce à quoi le pays est confronté (…) pour obtenir des gains politiques« .

En dépit des pressions occidentales, M. Maliki a exclu la formation d’un gouvernement de salut national.

Washington a cependant minimisé la mise en garde du Premier ministre irakien, des responsables américains affirmant même que M. Maliki restait disposé à mettre sur pied ce gouvernement d’union nationale au 1er juillet. Pour la porte-parole du département d’Etat Marie Harf, les propos du Premier ministre irakien ont été « mal interprétés« .

D’après elle, M. Maliki « a dit qu’il rejetait l’idée d’un gouvernement d’urgence, d’une sorte de gouvernement provisoire imposé hors du cadre constitutionnel« . « Il s’est clairement engagé pour boucler le processus électoral, réunir le nouveau Parlement et avancer dans le processus constitutionnel vers la formation d’un gouvernement« , a décrypté Mme Harf.

« Il s’agit d’un moment très critique pour l’Irak, et la formation d’un gouvernement est notre principal défi« , avait affirmé mardi le secrétaire d’Etat américain John Kerry, annonçant par ailleurs qu’il se rendrait vendredi en Arabie saoudite pour insister sur « la grande urgence » en Irak, après ses visites à Bagdad, à Bruxelles pour une réunion de l’Otan, et à Paris jeudi. 

A Boukamal, des membres du Front al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda, ont « prêté allégeance à l’EIIL dans la nuit de mardi à mercredi » permettant au groupe jihadiste ultra-radical, qui progresse dans l’est de la Syrie comme dans l’ouest de l’Irak, de contrôler les deux côtés du poste-frontière, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). 

Les combattants d’Al-Nosra et ceux de l’EIIL, autrefois alliés en Syrie contre le régime, s’affrontent depuis le début de l’année dans des combats qui ont fait des milliers de morts.

Face à cette offensive fulgurante, nombre de soldats irakiens ont baissé les armes, certains abandonnant leurs positions. Si elles semblent relever la tête, les troupes ne sont pas parvenues à reprendre les vastes pans de territoire perdus.

Mercredi, l’armée est toutefois parvenue à repousser des insurgés de l’importante base aérienne de Balad, située à environ 70 km au nord de Bagdad. Un autre assaut a été repoussé dans Haditha, province d’Al-Anbar, à l’ouest de Bagdad.

L’offensive des insurgés sunnites a déjà fait près de 1.100 morts et plusieurs centaines de milliers de déplacés.

L’ONU a lancé un appel urgent de fonds pour aider un million de personnes affectées par le conflit, qui compromet de plus les récoltes, mettent en péril la sécurité alimentaire du pays, a déploré l’organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Source : Afp, Reuters, NY Time, l’Orient le Jour, Irak today, al-hodaonline, OSDH,FAO, Agence d’information de la presse de la république islamique d’Iran (IRNA)