Irak : Les débuts du déploiement américain avec le navire Mesa Verde et 550 Marines à son bord

D’après Larédac’ à 08h30 le 18 Juin 2014

Le navire américain USS Mesa Verde (ci-dessus), avec 550 Marines et des avions-hélicoptères Osprey à son bord, est arrivé dans le Golfe pour pouvoir envoyer des renforts en cas d’évacuation de l’ambassade américaine à Bagdad, a annoncé lundi le Pentagone.

« Le secrétaire à la Défense Chuck Hagel a ordonné au navire de transport amphibie USS Mesa Verde d’entrer dans le Golfe. Ce dernier a déjà franchi le détroit d’Ormuz« , affirme le porte-parole du Pentagone, le contre-amiral John Kirby, dans un communiqué.

Le navire, équipé d’un pont pouvant accueillir des hélicoptères, est équipé de plusieurs MV-22 Osprey, des appareils à rotors basculants capables de décoller comme un hélicoptère et d’avancer à la vitesse d’un avion.

Les 550 Marines pourront participer le cas échéant à des opérations d’évacuation de l’ambassade américaine à Bagdad en cas d’aggravation de la situation, selon un responsable américain de la Défense.

« L’USS Mesa Verde est capable d’effectuer toute une variété d’opérations de réaction rapide et de réponse aux situations de crise« , ajoute le contre-amiral Kirby.

Le navire a rejoint dans le Golfe le porte-avions USS George H.W. Bush qui dispose à son bord de plus de 70 avions et hélicoptères. Le porte-avions est lui-même escorté du destroyer USS Truxtun et du croiseur USS Philippines Sea, tous deux équipés de plusieurs dizaines de missiles de croisière Tomahawk.

Washington avait déjà annoncé dimanche l’envoi d’un cinquantaine de Marines en renforts à leur ambassade en Irak et le déplacement de certains de leurs employés vers d’autres sites diplomatiques américains moins menacés par l’avancée des designer « jihadistes ».

Le président américain Barack Obama avait indiqué vendredi qu’il déciderait dans les jours à venir quelle attitude adopter face à l’avancée des rebelles dits  » jihadistes ». Il avait précisé étudier « un éventail d’options pour soutenir les forces de sécurité irakiennes » sans donner d’indications sur d’éventuelles frappes aériennes, réclamées par nombre d’élus républicains.

Suite à l’avancée des rebelles, Washington envisage des frappes de drones

Les combattants rebelles (de l’EIIL et des anciens partisans de Saddam Hussein) se sont emparés lundi de certains secteurs d’une ville stratégique du nord-ouest de l’Irak, poussant à la fuite la moitié de la population, une nouvelle avancée survenue alors que Washington envisage des frappes de drones pour aider le gouvernement irakien.

Les Etats-Unis, qui se sont militairement « retirés » d’Irak fin 2011, ont par ailleurs discuté avec l’Iran de la réponse à l’avancée « jihadiste » mais ont exclu toute coopération militaire avec Téhéran, avec qui ils n’ont plus de relations diplomatiques depuis 34 ans – de façon officielle

La semaine passée, lors d’une offensive fulgurante, les combattants de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) —qui bénéficient notamment du soutien de partisans du régime déchu de Saddam Hussein— ont pris le contrôle de la deuxième ville d’Irak, Mossoul, d’une grande partie de sa province Ninive (nord), de Tikrit et d’autres secteurs des provinces de Salaheddine, Diyala (est) et Kirkouk (nord).

Lundi, les insurgés tentaient de s’emparer de la totalité de Tal Afar, une enclave chiite dans la province majoritaire sunnite de Ninive. Stratégique, cette ville est située à 380 km au nord-ouest de Bagdad sur la route vers la frontière syrienne, alors que l’EIIL aspire à créer un Etat islamique dans la zone frontalière.

Les forces de sécurité ont affirmé qu’elles avaient repoussé l’assaut des insurgés, mais plusieurs responsables et un habitant de la ville ont assuré que les insurgés avaient pénétré dans Tal Afar. Un responsable du gouvernement provincial de Ninive a même annoncé qu’ils en avaient pris le contrôle total. 

D’autres témoins exposent les exactions de forces de sécurité sur des habitants….. 

Quelque 200.000 personnes —soit la moitié de la population de Tal Afar et de ses environs— ont fui en raison de l’avancée des insurgés, selon un responsable municipal, Abdulal Abbas, qui a réclamé une aide internationale.

La veille, les insurgés s’étaient emparés d’Al-Adhim, dans la province de Diyala.

Après plusieurs jours de débandade, les forces de sécurité irakiennes ont pourtant affirmé dimanche avoir « repris l’initiative », assurant avoir tué 279 insurgés et repris samedi deux villes au nord de la capitale.

Bagdad accuse l’Arabie saoudite de financer le « terrorisme » en Irak

Le gouvernement irakien a accusé mardi l’Arabie saoudite de soutenir financièrement les groupes insurgés en Irak et de s’être rangée du côté du « terrorisme ».

De récents propos de l’Arabie saoudite « montrent qu’elle se range du côté du terrorisme« , a indiqué dans un communiqué le bureau du Premier ministre Nouri al-Maliki, ajoutant que Ryad devait être « tenu pour responsable » pour le financement du terrorisme.

Alors que les divisions confessionnelles sont extrêmement fortes en Irak, l’Arabie saoudite a réclamé la formation d’un gouvernement d’union nationale.

Ryad a estimé que la politique « confessionnelle » du Premier ministre chiite Nouri al-Maliki, soutenu par l’Iran – pays à majorité chiite – , avait conduit à la déstabilisation du pays. 

Les Etats-Unis ont demandé à ce sujet à Téhéran de ne pas agir en Irak de manière « confessionnelle », c’est-à-dire en s’abstenant d’attiser les tensions entre chiites et sunnites, selon la porte-parole du département d’Etat Jennifer Psaki.

Comme en mars 2014 : Nouri al-Maliki à FRANCE 24 : « Riyad et Doha soutiennent le terrorisme »

Guerre médiatique … Les USA tout comme l’Iran, craignent pour les installations pétrolières et gazières…  

L’EIIL, connu pour ses exactions en Syrie où il est très actif, a annoncé de son côté sur Twitter avoir massacré 1.700 chiites membres des forces de l’armée de l’air, une affirmation qui n’a pu être vérifiée de manière indépendante, mais qui a provoqué une vive condamnation des Etats-Unis.

Dénonçant des actes « abominables« , le département d’Etat a estimé que « l’un des premiers objectifs de l’EIIL (était) d’instaurer la frayeur dans les coeurs de tous les Irakiens et de semer la division entre les différentes confessions religieuses« .

Face à l’offensive des designés « jihadistes », qui contrôlent également depuis janvier des secteurs de la province d’al-Anbar (ouest), le secrétaire d’Etat américain John Kerry a indiqué que le président Barack Obama procédait à « un examen minutieux de chaque option à sa disposition« , y compris des frappes de drones.

M. Kerry a par ailleurs indiqué que Washington était disposé à parler avec Téhéran de la crise en Irak. « Je n’exclurais rien qui puisse être constructif« , a-t-il déclaré à Yahoo News qui l’interrogeait sur une éventuelle coopération militaire avec l’Iran.

La possibilité d’une coopération entre Téhéran et Washington a fait l’objet de « très brèves conversations« , lundi, en marge des négociations à Vienne sur le programme nucléaire iranien controversé, a déclaré la porte-parole de la diplomatie américaine, Marie Harf.

« L’avenir dira si nous voulons continuer à parler avec l’Iran de l’Irak« , a ajouté la responsable sur CNN.

Mais le porte-parole du Pentagone, le contre-amiral John Kirby, avait plus tôt indiqué qu’il n’y avait « aucune intention (…) pour coordonner des actions militaires entre les Etats-Unis et l’Iran« .

Inquiets de la situation, les Etats-Unis, l’Australie mais aussi l’ONU ont commencé à évacuer une partie de leur personnel diplomatique de Bagdad.

Cinquante-huit des quelque 200 employés internationaux de l’ONU sont ainsi partis lundi pour Amman « avec pour objectif de les réinstaller à Erbil« , dans le nord de l’Irak, a annoncé l’organisation. 

Des employés américains seront transférés vers les consulats d’Erbil et de Bassora (sud), des régions épargnées par les violences, et d’autres vers l’ambassade des Etats-Unis en Jordanie, selon le département d’Etat.

Barack Obama a par ailleurs annoncé le déploiement de 275 militaires américains « pour protéger les citoyens américains et les bâtiments américains si nécessaire« , selon un courrier adressé au président de la Chambre des représentants et à celui du Sénat.

Source : Afp, Reuters, CNN, NY Times, l’Orient le Jour