Jaafar Ibn Abou Talib : « Le meilleur qui s’occupait des pauvres »

Ce musulman de la première heure est un cousin du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Le jour où il embrassa l’Islam, sa femme Asma bint Oumays (qu’Allah l’agrée) embrassa elle aussi l’Islam. Puis tous les deux supportèrent avec courage l’oppression et les brimades des polythéistes Qouraychites.

Quand le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) choisit pour ses Compagnons l’émigration en Abyssinie, Jaâfar (qu’Allah l’agrée) et son épouse y allèrent s’installer durant plusieurs années. Dans ce pays, ils eurent trois enfants: Muhammad, Abdoullah et Awf.

En Abyssinie, Jaâfar (qu’Allah l’agrée) fut ce musulman-là qui sut, devant la cour d’an-Najachy, répondre avec autant d’énergie que de clarté aux accusations mensongères des émissaires Qouraychites.

Ce jour-là, le Négus était sur son trône, entouré par sa suite et de l’épiscopat du royaume, tandis que les musulmans réfugiés étaient assis là, devant lui.

Les deux émissaires intervinrent alors: «Ô roi, de jeunes stupides sont venus se réfugier dans ton pays. Ils se sont séparés de la religion de leur peuple et ils n’ont pas embrassé ta religion. Ils ont plutôt inventé une religion inconnue de nous et de toi aussi. Alors, les notables de leur peuple, c-â-d, leurs pères, leurs oncles, leurs clans, nous ont envoyés à toi pour que tu les leur renvoies.»

Le Négus s’adressa alors aux musulmans: «Quelle est cette religion pour laquelle vous avez quitté votre peuple et vous n’avez pas embrassé notre religion?»

A cette question, Jaâfar ibn Abou Talib (qu’Allah l’agrée) se leva et dit: «Ô roi, nous étions un peuple paganique. Nous adorions les déités, mangions la chair morte, commettions les turpitudes, coupions les liens de parenté, nuisions aux relations de bon voisinage, le puissant d’entre nous usurpait le droit du faible, jusqu’au jour où Dieu nous a envoyé un messager issu de nous, dont nous connaissons le lignage, la sincérité, la loyauté et la chasteté.

Il nous a appelé à croire en Dieu l’unique, à observer son adoration et à nous éloigner de l’adoration des pierres et des idoles que nous, ainsi que nos pères, pratiquions.

Il nous a ordonné de tenir un langage vrai, d’être fidèle aux dépôts, de maintenir les liens de matrice, d’avoir des relations de bon voisinage, de cesser la pratique des choses interdites, ainsi que l’effusion du sang sans droit.

Il nous a aussi interdit les turpitudes, le mensonge, de manger le bien de l’orphelin, d’accuser les préservées.

Alors, nous lui avons accordé créance et nous l’avons cru et nous l’avons suivi conformément à ce qu’il a apporté de son seigneur; nous avons adoré Dieu l’unique sans rien lui associer, nous avons interdit à nous-mêmes ce qu’il nous a interdit, permis à nous-mêmes ce qu’il a nous permis.

A cela, notre peuple s’est jeté sur nous. Ils nous ont torturé, éprouvé dans notre foi, pour nous ramener à l’adoration des idoles et aux turpitudes que nous pratiquions.

Comme ils nous ont réprimé, opprimé, traité avec rigueur et empêché de pratiquer notre religion, alors nous avons fui dans ton pays, recherché ta protection, espéré ne pas être opprimés chez toi.»

La réponse de Jaâfar terminée, Le Négus dit: «As-tu quelque chose de ce qui a été révélé à votre messager?»

Jaâfar (qu’Allah l’agrée) dit: «Oui.»

Le Négus dit: «Récite-moi cela.»

Jaâfar (qu’Allah l’agrée) lui récita alors des versets de la sourate de Marie, si bien que le Négus et tous les archevêques eurent les larmes aux yeux.

Après quoi, le monarque se tourna aux émissaires de Qouraych, pour leur dire: «Ceci et ce qu’a apporté Jésus proviennent d’une même source lumineuse! Vous pouvez vous retirer, par Dieu! Je ne vous les remettrai point.»

Après que la séance fut levée, l’émissaire Amr ibn al-As (qu’Allah l’agrée) ne s’avoua pas vaincu. Il rumina son insuccès, réfléchit mûrement puis dit à son compagnon: «Demain, je vais retrouver Le Négus et je lui dirai ce qui les éradiquera!»

Son compagnon lui dit: «Ne fais pas cela. Ils ont des parents même s’ils sont en désaccord avec vous.»

Mais Amr (qu’Allah l’agrée) insista: «Par Dieu! Je vais lui dire qu’ils prétendent que Jésus fils de Marie est un esclave comme le reste des esclaves!»

Le jour suivant, Amr (qu’Allah l’agrée) tint parole. Il alla au palais et dit au Négus: «Ô roi, au sujet de Jésus ils tiennent un très grave propos.» Les archevêques s’ébranlèrent et demandèrent la convocation des musulmans, pour exiger d’eux des éclaircissements.

Ces derniers se présentant devant la cour, Le Négus s’adressa à Jaâfar (qu’Allah l’agrée): «Que dites-vous sur Jésus?»

Jaâfar (qu’Allah l’agrée) dit: «Nous disons ce que notre Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) nous a apporté. C’est l’esclave de Dieu, ainsi que Son messager, sa parole insufflée en Marie et un esprit provenant de Lui.»

Sur ce, Le Négus jugea que cela était ce que Jésus (paix sur lui) avait dit sur sa personne, puis il s’adressa aux musulmans: «Vous pouvez vous retirer. Vous êtes en sécurité dans mon pays…»

Ensuite, il se tourna à sa cour, en montrant du doigt les deux émissaires, et dit: «Rendez-leur leurs cadeaux. Je n’en ai pas besoin. Je n’accepte pas de corruption.»

A cette réponse catégorique, les émissaires Qouraychites rentrèrent humiliés à la Mecque. Quant à Jaâfar (qu’Allah l’agrée) et les autres musulmans, ils restèrent en Abyssinie, jusqu’à la chute de Khaybar.

Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et ses Compagnons étaient en train de célébrer leur victoire sur les Juifs de Khaybar, quand les musulmans émigrés d’Abyssinie firent leur apparition.

Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) fut tellement heureux de l’arrivée de Jaâfar (qu’Allah l’agrée) qu’il le prit dans ses bras et dit: «Je ne sais pas à quoi est due ma joie: Est-ce que c’est à cause de la victoire sur Khaybar ou à cause de l’arrivée de Jaâfar?»

Par la suite, on raconta à Jaâfar (qu’Allah l’agrée) les nouvelles, les bouleversements et les exploits de la communauté musulmane. Il sut qu’il y avait eu la bataille de Badr, de Ouhoud et de bien d’autres.

Puis, vint l’expédition de Mouta qui allait précipiter la confrontation entre l’armée musulmane et l’armée de Byzance. Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) désigna alors pour l’armée trois émirs, dont Jaâfar (qu’Allah l’agrée).

Lorsque les deux armées se rencontrèrent et que le premier émir Zayd ibn Haritha (qu’Allah l’agrée) tomba sur le champ de bataille, Jaâfar (qu’Allah l’agrée) fit vite de reprendre l’étendard. Puis, sans perdre un instant, il descendit de son cheval et fonça sur les troupes ennemis.

Il combattit avec la plus grande énergie mais l’ennemi était trop nombreux. On lui coupa le bras droit mais, avant que l’étendard ne tombât, il le prit de la main gauche. On lui coupa encore le bras gauche, alors il prit l’étendard de ses avant-bras, avant d’être achevé.

Abdoullah ibn Rawaha (qu’Allah l’agrée), qui n’était pas loin, força un passage et parvint à l’étendard, qu’il prit et éleva haut avant d’aller à la rencontre de son destin.

En même temps que la bataille se déroulait, Dieu en informait le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) à Médine. A la nouvelle de la mort de Jaâfar (qu’Allah l’agrée), le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) se leva et alla à la maison de son cousin: il prit ses enfants dans ses bras, les embrassa les larmes aux yeux puis informa Asma (qu’Allah l’agrée) de la mort de son mari.

Abdoullah ibn Oumar (qu’Allah l’agrée), qui avait participé à cette bataille, dira: «J’ai été avec Jaâfar dans la bataille de Mouta, nous l’avons cherché et nous l’avons trouvé. Son corps avait plus de quatre-vingt-dix coups.»

Quant à Abou Houraya (qu’Allah l’agrée), il nous a laissé ce précieux témoignage sur la générosité de l’homme: «Jaâfar ibn Abou Talib était le meilleur qui s’occupait des pauvres.»