Jérusalem-Est : Accord donné pour de nouvelles constructions, carton rouge pour la paix

D’après Larédac à 01h11 le 16 Novembre 2014

Les autorités zionistes ont approuvé mercredi la construction de 200 nouveaux logements à Jérusalem-Est, passant outre la réprobation internationale contre la poursuite de la colonisation qui contribue à l’actuelle escalade des tensions avec les Palestiniens. Les violences se sont poursuivies, avec l’incendie d’une mosquée à l’aube en Cisjordanie et le jet d’un cocktail Molotov sur une synagogue désaffectée dans une localité arabe du nord d’israël mardi soir.

Elles devaient être au coeur des entretiens du secrétaire d’État américain John Kerry prévus mercredi et jeudi à Amman avec le roi Abdallah II de Jordanie et le président palestinien Mahmoud Abbas.

« La situation est devenue explosive et on ne peut plus attendre« , avait dit le porte-parole de la présidence palestinienne Nabil Abou Roudeina. « Il faut jeter un seau d’eau froide sur cette situation explosive« , lui avait fait écho le ministre israélien des Finances, Yaïr Lapid. L’escalade fait redouter une troisième Intifada, du nom des deux soulèvements populaires palestiniens qui ont fait des milliers de morts de 1987 à 1993 et de 2000 à 2005. Après deux attentats à la voiture-bélier qui ont fait quatre morts (outre les deux auteurs palestiniens) depuis fin octobre à Jérusalem et deux meurtres lundi en Cisjordanie et à Tel-Aviv, les israéliens ont renoué avec un sentiment d’insécurité. La municipalité a néanmoins approuvé la construction de 200 nouveaux logements dans le quartier de colonisation de Ramot à Jérusalem-Est, a dit à l’AFP Pepe Alalo, conseiller municipal d’opposition.

M. Alalo ainsi que la Paix Maintenant (ONG israélienne) se sont alarmés de la décision et son timing. « C’est terrible, en pleine période aussi sensible« , s’est ému Lior Amihaï, un responsable de l’organisation israélienne anti-colonisation.

La poursuite de la colonisation (la construction de logements dans les territoires palestiniens occupés par le colonisateur et notamment à Jérusalem-Est) est l’un des facteurs de la colère palestinienne, avec l’occupation, les arrestations, les brimades, les humiliations quotidiennes, les violences physiques ou le chômage. Cette exaspération est catalysée par les passions autour de l’esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est. La partie palestinienne de la ville sainte annexée par l’État apartheid, en proie aux violences depuis l’été, est le théâtre d’affrontements entre jeunes Palestiniens et policiers israéliens jour et nuit. La Cisjordanie est également sous tension. Un Palestinien y a mortellement poignardé une femme colon lundi et les soldats israéliens y ont tué un Palestinien mardi.

Le grand Rabbin séfarade d’israël a condamné, lors des funérailles d’un des israéliens tués, les extrémistes Juifs ainsi que la politique de répression de King Bibi. En effet selon Yitzhag Yosef, ces extrémistes sont boostés par des politiques fascistes et des religieux de seconde zone qui les poussent à pénétrer et prier sur le Mont du Temples (Esplanade des Mosquées) qui est, selon lui et les textes sacrés, interdit aux Juifs car pour cela ils devraient être purifié. D’après lui, ces personnes s’adonnent à « un grand péché qui sera brutalement puni par le ciel« .

Photo de Ahmad Gharabli / AFP : Palestiniens face aux forces de sécurité israéliennes le 12 novembre 2014 dans le village d’Issawiya près de Jérusalem est

Les violences se sont propagées depuis samedi aux villes arabes d’israël et à Tel-Aviv, où un Palestinien a tué lundi un soldat israélien à coups de couteau. Une mosquée du village d’Al-Mougheir, proche de la colonie israélienne de Shilo, a été la cible mercredi d’un incendie imputé par les Palestiniens à des colons israéliens. Le rez-de-chaussée de la mosquée a été complètement incendié, selon un photographe de l’AFP. « Nous n’avons même pas pu approcher, tellement le feu était virulent », a déclaré à l’AFP Faraj Nassan, chef du conseil de village.

Depuis lundi, l’armée d’occupation zioniste a déployé des renforts en Cisjordanie. La communauté internationale suit l’évolution avec préoccupation. « Mon inquiétude est immense », a dit dans un communiqué Tony Blair (responsable des morts en Irak…), envoyé spécial du quartette (Nations unies, Union européenne, États-Unis et Russie) au Proche-Orient. Avant même l’annonce d’un nouveau projet de colonisation, il prévenait qu’une telle initiative ne ferait « qu’enflammer » davantage la situation. Pour le roi de Jordanie Abdallah II aussi, la poursuite de la colonisation « torpille tous les efforts » de paix. Mais il ne bouge toujours pas.

Mais c’est le statut de l’esplanade des Mosquées qui demeure la ligne rouge des Palestiniens. L’esplanade est à la fois le troisième lieu saint pour les musulmans, et le plus haut lieu saint pour les « juifs ». Abdallah II, dont le pays est le gardien du site même si le colonisateur en contrôle les accès, a reçu mercredi le président palestinien et a exprimé son « rejet total des agressions et provocations israéliennes répétées », selon un communiqué du palais royal. Palestiniens et Jordaniens redoutent qu’Israël, malgré les dénégations officielles, tente de modifier le statu quo en vigueur qui interdit aux juifs de prier sur l’esplanade.

Les perspectives de reprise des efforts pour résoudre un conflit vieux de plus de 60 ans ont rarement paru plus sombres. Dans ce contexte, la chambre des députés française procédera le 28 novembre, après le Parlement britannique le mois dernier, à un vote non contraignant, mais très symbolique sur un texte invitant Paris à reconnaître l’État palestinien.

Source : avec Afp, Reuters, Haaretz, Agence Wafa, L’orient le Jour.