John « Jim Phelps » Kerry dans : Mission Impossible à Ryad

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry (la rédaction aime lui donné le rôle de Jim Phelps dans mission impossible) est arrivé à Ryad mercredi dernier pour discuter avec l’Arabie saoudite d’une éventuelle « pause » dans les opérations militaires au Yémen, où des dizaines de civils ont été tués le même jour en tentant de fuir le conflit.

Votre mission si vous l’acceptez : une pause humanitaire au Yémen

Le chef de la diplomatie américaine arrivait de Djibouti, où il bouclait une tournée en Afrique de l’Est. Il a rencontré à Ryad le nouveau prince héritier, Mohammed ben Nayef, et devait s’entretenir jeudi avec le roi Salmane, et le président yéménite en exil, Abd Rabbo Mansour Hadi.

« Nous allons discuter de la nature de la pause et comment elle pourrait être mise en oeuvre« , a déclaré le ministre américain devant la presse à Djibouti, exprimant « l’extrême préoccupation » des Etats-Unis devant « la situation humanitaire au Yémen« .

« Je suis convaincu de leur volonté de mettre en oeuvre une pause« , a ajouté John Kerry à propos des Saoudiens, proches alliés des Etats-Unis et fers de lance d’une coalition arabe combattant depuis le 26 mars au Yémen les rebelles chiites Houthis soutenus par l’Iran.

Le secrétaire d’Etat a précisé avoir déjà évoqué cette semaine cette « pause humanitaire » avec son nouvel homologue, saoudien Adel al-Jubeir, qu’il a rencontré jeudi, selon une source diplomatique américaine. Il en a aussi parlé avec le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif toujours selon la même source.

Le ministre yéménite des Affaires étrangères, Riyadh Yassin, a indiqué à la presse à Ryad, où il est réfugié, qu’il espérait s’entretenir avec M. Kerry « surtout au sujet de l’aide humanitaire au Yémen » et de « la façon dont on peut avancer » dans ce domaine.

« Pour l’instant, la crise immédiate est humanitaire« , a martelé M. Kerry, annonçant une enveloppe de 68 millions de dollars d’assistance destinée aux organisations humanitaires au Yémen.

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Vingt-deux d’entre elles ont d’ailleurs averti qu’elles risquaient de cesser leur aide d’urgence si les voies terrestres, maritimes et aériennes n’étaient pas immédiatement rouvertes pour permettre un approvisionnement en fuel.

L’ONG Oxfam a exigé « une cessation immédiate et permanente du conflit« .

Lundi, Ryad avait dit envisager des trêves ponctuelles dans certaines zones du Yémen pour permettre l’acheminement de l’aide.

Mais les Houthis, qui ont conquis de vastes territoires depuis leur entrée dans la capitale Sanaa en septembre 2014 et poussé le président yéménite à l’exil, n’y semblent pas disposés.

Carte : évolution de la zone de contrôle des houthis 2014 – 2015

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Ils sont parvenus mercredi à frapper directement l’Arabie saoudite, tuant cinq personnes dans un bombardement sur la ville frontalière de Najrane. Ryad affirme pourtant que la menace contre son territoire n’a plus cours, après six semaines de raids aériens au Yémen.

La frontière entre les deux pays est le théâtre d’échanges de tirs sporadiques depuis le début de la campagne aérienne de la coalition, fin mars. Douze soldats et gardes-frontières saoudiens sont morts dans ces échanges de tirs et il y a eu au moins une tentative d’incursion de Houthis à la frontière au cours de laquelle des « dizaines de rebelles » ont été tués, selon Ryad.

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Des réfugiés à Djibouti

Confrontés à une situation humanitaire de plus en plus difficile, nombre de civils fuient, en dépit des risques. A Aden, 32 personnes ont été tuées et 67 blessées mercredi par des obus alors qu’elle tentaient de fuir les combats par la mer. Un responsable des services de santé a accusé les Houthis d’avoir tiré ces obus sur un port de pêche et une barge utilisée par les habitants d’un quartier pris sous le feu.

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La plupart des réfugiés se rendent à Djibouti, juste en face des côtes du Yémen, et s’ajoutent ainsi au 38 millions de personnes déplacées dans le monde

Avant Ryad, John Kerry était donc a Djibouti où il a « remercié » ce petit pays ultra-stratégique de la Corne de l’Afrique, au bord du détroit de Bab al-Mandeb, notamment pour l’accueil et le transit d’un demi-millier d’Américano-Yéménites ayant fui le Yémen avec leurs familles.

Il a aussi remercié Djibouti pour sa participation militaire à la lutte contre les shebab en Somalie voisine.

Il s’agit de la première visite d’un chef de la diplomatie américaine dans cette ex-colonie française, Djibouti abrite plusieurs bases militaires étrangères, dont la seule base américaine en Afrique, d’où partent notamment des drones utilisés en Somalie contre les islamistes shebab.

« Djibouti apporte une contribution très importante pour repousser l’extrémisme« , a déclaré M. Kerry en visitant une mosquée de la ville en compagnie de responsables djiboutiens.

« Djibouti est en première ligne dans les efforts contre le terrorisme« , s’est félicité le secrétaire d’Etat, promettant que les Etats-Unis « continueraient à collaborer étroitement avec le gouvernement de Djibouti sur les stratégies de contre-terrorisme pour toute l’Afrique de l’Est et la péninsule arabique« .

Rappelant que Djibouti avait été, comme le Kenya, victime d’attentats de ces insurgés somaliens, le diplomate américain a expliqué que John Kerry discuterait avec ses hôtes de « la manière de répondre plus efficacement à la menace que posent les shebab dans la région« .

Au plan humanitaire, Djibouti accueille depuis longtemps des réfugiés somaliens et dorénavant également des Yéménites, a relevé un autre diplomate du département d’Etat.

Après l’Arabie saoudite, tel un globe trotter John Kerry a été vu à Paris jeudi soir, où il s’est entretenu avec ses homologues des pays du Golfe et a participé aux célébrations du 70e anniversaire de la victoire des Alliés du 8 mai 1945.

À Mogadiscio, Kerry a exprimé ses « espoirs » pour le pays.

Plus de 20 ans après la débâcle de soldats américains en Somalie toujours en guerre, le voyage du secrétaire d’État américain John Kerry marque le retour diplomatique de Washington.Le secrétaire d’État américain John Kerry a rencontré à Mogadiscio le président somalien Hassan Cheikh MohammadPhoto Afp : Le secrétaire d’État américain John Kerry a rencontré à Mogadiscio le président somalien Hassan Cheikh Mohammad

Il a effectué une visite historique de trois heures et demie, tenue secrète jusqu’au dernier moment et qui s’est déroulée sous très haute sécurité. John Kerry est resté à l’aéroport de la capitale somalienne, où il s’est entretenu avec le président Hassan Cheikh Mohamoud et son Premier ministre Omar Abdirashid Ali Sharmake. Dans un message vidéo depuis Mogadiscio, John Kerry s’est également adressé au peuple somalien :

« Il y a plus de 20 ans, les Etats-Unis ont été contraints de se retirer de votre pays. Nous y retournons maintenant en collaboration avec la communauté internationale, porteurs de forts espoirs mais aussi évidemment d’inquiétudes« , a lancé M. Kerry dans une déclaration à la presse à l’aéroport de Mogadiscio.

Impliqués militairement dans ce pays contre les shebab, les Etats-Unis restent traumatisés par l’échec de leur intervention militaire et humanitaire sous pavillon de l’ONU au début des années 1990.

Une humiliation marquée par le film « Black Hawk Down » du 3 octobre 1993, la bataille de Mogadiscio au cours de laquelle des hélicoptères américains furent abattus et 18 soldats tués par des miliciens qui avaient traîné leurs cadavres dans les rues. Les Gi’s avaient débarqué en décembre 1992 pour venir en aide aux Somaliens, en proie à la famine et à la guerre civile.

« Je suis heureux d’être ici. Avez-vous attendu longtemps ? J’espère que non« , a déclaré M. Kerry au chef de l’Etat somalien. « Cela valait la peine d’attendre« , lui a répondu son hôte car « c’est un grand moment pour nous« .

Source : avec Afp, Reuters, Agence Saba, Arab Newsnetwork, Agence Spa, l’Orient le Jour, Rfi, Ny Time, Washington Post…