La conquête de l’Espagne : Histoire complexe entre chrétiens et musulmans

D’après Larédac’ à 14h08 le 31 Mars 2014

L’Alhambra (qui signifie en arabe « la rouge ») est un château construit sur une colline rocheuse au-dessus de la ville de Grenade et voici un de ses somptueux palais.

L’histoire d’Al Andalus couvre près de 800 ans d’histoire espagnole, elle commence en 711 avec le début de la conquête musulmane de la péninsule Ibérique et finie en 1492 avec la chute de Grenade l’ultime joyau du royaume musulman d’Espagne et l’ensemble palatial que l’on nomme l’Alhambra de Grenade. (L’Alhambra est un des monuments majeurs de l’architecture islamique et l’acropole médiévale la plus majestueuse du monde méditerranéen)

Al-Andalus désigne l’ensemble des terres de la péninsule ibérique et de la Septimanie qui étaient sous domination musulmane de 711 à 1492. La Septimanie, correspond quant à elle à peu près au Languedoc-Roussillon actuel, cette zone ne restera pas longtemps dans cet espace : elle est reconquise par les Francs en 759 nous en avions vu un cours résumé dans un article précédent.

Nous nous intéresserons ici aux causes de cette conquête ainsi que les facilités qui ont été donné aux musulmans afin de conquérir la péninsule Ibérique.

Peu de guerres dans l’histoire islamique ont été aussi décisives ou aussi influentes que la conquête musulmane de la péninsule Ibérique dans les années 710. Lorsqu’une petite armée musulmane est arrivée sur la rive sud de la péninsule en 711 et en 720, la quasi-totalité de celle-ci était sous contrôle musulman. Certaines personnes aiment encadrer cette conquête comme l’impérialisme musulman, d’une conquête agressive, renforçant ainsi l’allusion à une soumission forcée du peuple chrétien, dirigé sous la force et la terreur.

La vérité, cependant, est loin de ce fantasme qui sert bon nombre d’intérêt aujourd’hui, car il s’agit d’un conflit très complexe qui ne peut être facilement encadrée dans « Islam vs Christianisme » ou encore « Est contre Ouest ». L’histoire de l’invasion de l’espagne par les musulmans est remplie de justice, de liberté mais aussi de tolérance religieuse. Comprendre la vérité derrière la conquête espagnole semble essentielle pour comprendre l’histoire ultérieure du pluralisme religieux vu à travers et tout au long de l’histoire musulmane espagnole que l’on nomme Al-Andalus.

Les unitariens chrétiens

Pour bien comprendre le conflit, nous devons revenir des centaines d’années avant la naissance du Prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui) en 570. En effet, nous devons comprendre une scission vitale qui s’est produite au sein de la jeune communauté chrétienne dans les années qui suivirent le Prophète Jésus (‘Isa) (paix sur lui).

Alors qu’aujourd’hui, comme tout le monde le sait, presque tous les chrétiens croient en un concept appelé la Trinité, il faut savoir que ceci n’a pas été toujours le cas. Le concept de la Trinité est une croyance selon laquelle Dieu serait en trois parties composé du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Jésus (paix sur lui) est représenté comme étant le Fils de Dieu, et donc une partie de Dieu lui-même et même le plus souvent Dieu lui-même ! Cette croyance a commencé à émerger à l’époque de Paul de son vrai nom Saul, un missionnaire qui a introduit l’idée de faire du christianisme une religion plus populaire parmi l’Empire romain polythéiste, elle a pris pleinement sa place après le concile oecuménique de Nicée en 325 après Jésus (paix sur lui).

Cette nouvelle innovation dans les croyances chrétiennes était très inquiétante pour tous ceux ou celles qui avaient suivi le vrai message de Jésus (paix et bénédiction sur lui), à savoir le monothéisme pur et la dévotion à Dieu. De ce « désaccord » naîtront deux groupes dans l’Église chrétienne primitive –ceux qui ont accepté Jésus comme le Fils de Dieu c’est-à-dire les trinitaires, et ceux qui l’ont simplement accepté comme ce qui l’est, c’est-à-dire un prophète, que l’on appelle les unitaires ou unitariens-.

Pour le gouvernement romain, la distinction entre les deux groupes n’était pas importante. Les trinitaires et les unitariens étaient opprimés dans les premières décennies de l’ère chrétienne. Tout cela a changé à la fin des années 200 à 300 après Jésus (paix sur lui).

Pendant ce temps, un prêtre et prédicateur unitaire, du nom d’Arius*, a commencé à accumuler un grand nombre de disciples parmi les gens d’Afrique du Nord. Il prêcha l’Unicité de Dieu, et le fait que Jésus était un prophète de Dieu, et non pas son fils.

En tant que tel, il était farouchement opposé aux partisans de la Trinité, qui l’ont attaqué et ont essayé de le marginaliser le faisant passé pour un fou voir plus tard comme un hérétique. Malgré leurs oppositions, ses croyances se sont emparés de sa Libye natale, ainsi que de l’Afrique du Nord.

À cette époque, l’empereur romain était un homme du nom de Constantin. Il est surtout connu pour sa transformation de l’Empire romain décadent ainsi que pour le déplacement de la capitale à l’endroit qui est appelé aujourd’hui Istanbul, de plus il a réussi à vaincre certaines des tribus barbares qui avaient attaqué auparavant la Rome du nord.

Quand Constantin s’installe à Constantinople (il donna son nom à la capitale), il a pris conscience de l’Église chrétienne trinitaire, qui l’a informé que, s’il se convertissait au christianisme, il pourrait avoir tous ses péchés antérieurs pardonnés. Cela fait, il a réalisé qu’il pouvait utiliser l’Église chrétienne à se renforcer politiquement. En tant que tel, il a commencé à promouvoir la doctrine trinitaire du christianisme, et a commencé à s’en prendre aux unitaires en les opprimants violemment, d’ailleurs Arius lui-même a été de ceux-là. Pendant ce temps, le Concile de Nicée a été convoqué en 325. Le but était de régler enfin si oui ou non Jésus (paix sur lui) était le fils de Dieu.

Naturellement, la conclusion du Conseil était que Jésus était une partie de Dieu et de Son fils, et toute personne niant cette doctrine devait être excommuniée de l’Église chrétienne. Les unitariens, qui étaient maintenant une forte majorité de la population en Afrique du Nord et de la péninsule ibérique, ont ainsi été officiellement interdits et contraints de pratiquer leurs croyances dans la clandestinité. Constantin a même ordonné que tous les documents unitariens soient brûlés et Arius exilé.

L’entrée de l’Islam en Espagne

Cette oppression sur les unitariens a continué jusqu’à dans les années 600, quand une nouvelle force, l’islam, a fait parler d’elle dans la péninsule Arabique. Lorsque les armées musulmanes ont commencé à apparaître sur les bords de l’Empire romain, les unitariens d’Afrique du Nord ont réalisé qu’ils partageaient beaucoup en commun avec cette nouvelle religion.

Les deux croyaient en l’unicité de Dieu. Les deux croyaient que Jésus était un prophète. Les deux croyaient que la position trinitaire officielle de l’Église était et est toujours une innovation qui devrait être opposée. En tant que tel, ils ont réalisé que l’islam était tout simplement la conclusion des enseignements originaux de Jésus, et la plupart des chrétiens d’Afrique du Nord se sont converties à l’Islam dans les années 600.

Le nouvel Empire musulman, qui a été dirigé à l’époque par la dynastie des Omeyyades 661-750, s’étendait de l’océan Atlantique à l’ouest aux frontières de l’Inde à l’est, et cela en moins de 100 ans après la mort du Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui). Il est attesté dans les écrits historiques que les musulmans ont gouverné avec un souci de justice et d’équité ce qui est vraisemblablement l’une des causes de la rapide propagation de l’Islam bien au-delà des frontières musulmanes, en particulier ici dans la péninsule Ibérique.

Au début des années 700, Iberia était contrôlé par un roi wisigoth, du nom de Roderic, qui était considéré comme un tyran par son peuple. Continuant la politique romaine en ce qui concerne la Trinité, Roderic a tenté d’imposer ses croyances sur la population qui était la plupart du temps unitaire.

Monnaie à l’éffigie de Tariq Ibn Ziyad

Des historiens musulmans, comme Ibn Khaldoun, racontent la légende (légende car la plupart des récits ont été écrits longtemps après les faits, 100 à 200 ans plus tard) d’un noble ibérique basé en Afrique du Nord, son nom Julian. Julian est allé à la rencontre de l’un des chefs militaires musulmans basé en Afrique du Nord, Tariq ibn Ziyad*. Julian demanda de l’aide pour renverser Roderic. La demande et les sentiments de Julian dans cette affaire avaient certainement été appuyés par des sentiments personnels car en plus d’être un oppresseur tyrannique, Roderic avait enlevé et violé sa fille.

Ainsi, en 711, Tariq a mené une armée de quelques milliers sur la rive sud de la péninsule Ibérique. Après quelques escarmouches, il a rencontré le gros de l’armée de Roderic à la bataille de Guadalete le 19 Juillet, 711. Le résultat a été une victoire décisive pour Tariq, et elle se conclut aussi par la mort de Roderic.

Avec la menace wisigothique disparu, les armées musulmanes ont pu conquérir le reste de la péninsule en seulement sept années.

Unitariens et les musulmans

L’histoire décrite ci-dessus nous raconte la façon dont les musulmans ont réussi à conquérir l’Espagne. Cela semble très simpliste, voir hautement improbable. Une armée de quelques milliers peut guère espérer conquérir l’ensemble du pays et ses 582 000 km2 en seulement 7 ans. Cependant, en tenant compte de la présence unitaire, cela devient beaucoup plus logique.

Lorsque les musulmans sont arrivés dans la péninsule Ibérique en 711, les unitariens étaient très heureux d’aider leurs frères en monothéisme contre le gouvernement oppressif. Pour cette raison, après la bataille principale contre Roderic, la plupart des villes et villages de l’Espagne ont ouvert leurs portes à Tariq et cela sans combat. Les musulmans ont offert un système juridique équitable, la liberté de pratiquer sa religion, et la suppression des taxes oppressives et injustes. Il n’est pas étonnant que l’armée de Tariq a été en mesure de conquérir toute la péninsule avec une petite armée en quelques années.

La conquête musulmane de l’Espagne ne devrait pas être considérée comme une conquête étrangère, ni comme la soumission d’une population indigène. Au lieu de cela, si l’on observe cette période avec le regard d’un unitarien, il s’agit plutôt ici d’un soulèvement de chrétiens, soutenu par les musulmans contre un gouvernement oppressif trinitaire. Les armées musulmanes ont été « invitées » en Espagne pour éliminer l’oppression et établir la justice, ce qu’ils ont réussi à faire avec le soutien d’Allah et de la population locale. 

Avec un tel règne juste et moral, les musulmans ont gagné des centaines de milliers de convertis à l’islam. Bien sûr, la similitude dans les croyances entre les musulmans et les unitariens a également contribué grandement à la conversion de la population Ibérique à l’Islam.

200 à 300 ans plus tard à compter de l’invasion initiale, plus de 80% de la population de l’Espagne était musulmane, au nombre de plus de 5 millions de personnes, la plupart d’entre eux étant originaires de l’Espagne et dont les ancêtres s’étaient convertis, ce ne sont pas des immigrants.

Comme dans beaucoup de cas dans l’histoire de l’expansion de l’Islam, les premiers guerriers musulmans arrivés en conquérant dans d’autres pays où la nouvelle religion n’était pas présente, venaient avec justice et équité et se souciaient du respect des paroles du Prophète Mohammed (paix et bénédiction sur lui), malheureusement c’est le plus souvent les descendants de ces nobles dirigeants qui ont par leur comportement éteint petit à petit la lumière donnée par Allah en replongeant ainsi ces civilisations dans les ténèbres.

*Qui était Arius ?

Arius était un prêtre, théologien et ascète chrétien libyen d’origine berbère à l’origine de la doctrine qui porte son nom : l’arianisme. Il est né en 256 après Jésus (paix sur lui) en Libye et il est mort en 336 après Jésus (paix sur lui) à Constantinople.

*Qui était Tariq Ibn Ziyad ?

Tariq Ibn Ziyad est né au VIIe siècle, il est mort à Damas vers l’an 720. Tariq fut un stratège militaire de l’armée Omeyyade. Il serait d’origine berbère. 

Il est prinicpalement connu pour être un des principaux acteurs de la conquête de la péninsule Ibérique ainsi que d’avoir mené à la victoire les troupes musulmanes sur les ordres de son supérieur le général Moussa Ibn Noçaïr.

Cette victoire lui donna la postérité historique, d’ailleurs depuis celle-ci le détroit de Gibraltar porte son nom. En effet, le mot Gibraltar viendrait de l’arabe « Djebel Tariq »  ce qui signifie « Montagne de Tariq ». 

Bibliographie:

‘Ata ur-Rahim, Muhammad. Jésus: Prophète de l’Islam. Elmhurst, New York: Tahrike Tarsile Coran, Inc., 1991. Imprimer.

Carr, Matthew. Sang et la foi: La purge de l’Espagne musulmane. New York: The New Press, 2009. Imprimer.

Khaldoun, Ibn. Tarikh Ibn Khaldoun. Beyrouth: Dar al-Fikr, 1988. Web. http://shamela.ws/index.php/book/12320

Wikipédia

Lost History Islamic