La France a commencé les bombardements sur l’EI

D’après Larédac à 16h55 le 19 Septembre 2014


Des Rafale français ont effectué vendredi matin leurs premières frappes en Irak, où ils ont « entièrement détruit » un « dépôt logistique » de l’organisation Etat islamique situé dans le nord-est du pays, a annoncé l’Elysée dans un communiqué.

« Ce matin à 9h40 nos avions Rafale ont mené une première frappe contre un dépôt logistique des terroristes de l’organisation Daech (acronyme arabe de l’état dit « islamique », NDLR) dans le nord-est de l’Irak« , déclare la présidence française, précisant que « l’objectif a été atteint et entièrement détruit« .

« D’autres opérations se poursuivront dans les prochains jours« , ajoute l’Elysée.

« Lors de la conférence de presse qui s’est tenue (jeudi) à l’Elysée, j’ai annoncé ma décision de répondre à la demande des autorités irakiennes et de leur accorder le soutien aérien nécessaire pour lutter contre le terrorisme« , rappelle le président François Hollande dans le communiqué.

« Le Parlement sera informé dès la semaine prochaine par le Premier ministre des conditions de l’engagement de nos forces aux côtés des forces armées irakiennes et des Peshmerga (combattants kurdes, NDLR) pour affaiblir Daech et restaurer la souveraineté irakienne« , poursuit la présidence.

Le président américain Barack Obama avait salué jeudi la décision de la France de mener des frappes en Irak, jugeant que la coalition contre les combattants de l’État dit « islamique » prenait forme.

Les Rafale français avaient entamé lundi des missions de reconnaissance dans le ciel irakien, depuis la base aérienne d’Al-Dhafra dont la France dispose depuis 2009 à 30 km au sud-ouest d’Abou Dhabi, la capitale des Emirats arabes unis.

L’engagement des « premières opérations » interviendra « dans un délai court« , une fois les cibles identifiées, avait déclaré jeudi François Hollande lors d’une conférence de presse à l’Elysée, précisant avoir fixé deux lignes rouges pour l’intervention française: ni « troupes au sol » ni d’engagement hors des frontières de l’Irak, et notamment donc en Syrie.

Que peuvent vraiment les frappes aériennes ? Qu’auront-elles comme impact ?


Face à l’arsenal déployé par les États-Unis, les combattants de l’état dit « islamique » (EI) vont se replier sur les zones urbaines et mener des actions de guérilla pour défendre leurs fiefs. Pour éviter d’être la cible de l’aviation américaine, cette organisation, qui se structure comme un état hiérarchisé, qui a proclamé un « califat » sur un territoire à cheval sur l’Irak et la Syrie aussi grand que le Royaume-Uni, va réduire sa mobilité dans les importantes régions désertiques où ses combattants et matériel sont facilement repérables. L’EI va « se mettre en position défensive en se dissimulant dans les zones urbaines d’où il peut combattre » en cas d’attaque, explique le général britannique à la retraite Ben Barry, expert militaire à l’Institut international d’études stratégiques (IISS).

Depuis ses succès en Irak, l’État dit « islamique » contrôle plusieurs villes importantes notamment Mossoul (où l’armée irakienne se positionne), Tikrit, Tell Afar dans le nord de l’Irak, Fallouja et partiellement Ramadi dans l’Ouest. En Syrie, il dirige d’une main de fer Raqa, son fief dans le Nord, la moitié de Deir Ezzor (Est) et de nombreuses localités de moindre importance.

Autre raison de se déployer dans les villes : pousser les forces américaines ou irakiennes à la faute. « Elles infligeront des pertes parmi les civils en voulant frapper les djihadistes« , note le général. « Et ces derniers utiliseront leurs outils de propagande pour monter les sunnites contre le gouvernement irakien (dirigé par les chiites, ndlr) et éroder la légitimité de la coalition internationale« , prévoit-il. – stratégie déjà employée par les USA par le passé mais à front renverser – 

Ce mouvement a déjà commencé, selon Ahmed al-Sherifi, un expert irakien en matière de sécurité. « Daesh (acronyme de l’EI) a commencé à retirer certains combattants, notamment les étrangers, pour les diriger vers la Syrie. Ils n’ont gardé que les Irakiens, car ils peuvent aisément se mêler à la population en cas d’attaque« , dit-il. L’expert ajoute qu’à Mossoul, les ex-rebelles désignés de « djihadistes » ont abandonné leurs centres de commandement installés après la conquête de la ville le 10 juin, pour des maisons privées dans des quartiers populeux où ils font profil bas.

Même tactique en Syrie après l’annonce du secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel que la campagne aérienne viserait en Syrie « les sanctuaires » de l’EI. À Deir Ezzor, un militant, Abou Ossama, a constaté qu’ils avaient vidé le principal dépôt d’armes de la région situé dans l’ancien siège du gouvernorat, et fermé à Mayadine, plus à l’est, la quasi-totalité de leurs positions. Même les champs pétroliers ont été désertés et les familles des combattants étrangers, qui vivaient dans des bâtiments résidentiels, ont été évacuées. « Ils disparaissent mais laissent des espions pour les informer« , assure-il. Dans la province d’Alep (Nord), le groupe s’est retiré de ses sièges d’al-Bab, un de ses principaux fiefs dans cette région.

Pour Thomas Pierret, expert de l’islam en Syrie, « le seul cas où les bombardements lourds pourraient vraiment faire la différence, c’est sur les fronts où l’EI concentre des troupes comme à Marea, au nord d’Alep, tenu par les rebelles« . « Si les Américains frappaient, l’EI n’aurait d’autre choix que de vider les lieux et de laisser avancer les rebelles« , qui luttent à la fois contre l’EI et le régime de Bachar el-Assad.

Avec 35 000 hommes sur 215 000 km2, l’EI va devoir faire des choix. « L’EI possède des unités organisées, un commandement capable de diriger plusieurs opérations simultanément et la capacité d’utiliser des armes lourdes prises aux armées syrienne et irakienne« , relève Christopher Harmer, un analyste de l’Institut pour l’étude de la guerre, un think-tank américain. « Comme les frappes américaines vont endommager les éléments visibles de la structure militaire de l’EI, cette organisation va revenir à un modèle insurrectionnel en se mêlant à la population civile, ce qui rendra plus difficile d’atteindre ses combattants« , souligne-t-il.

« L’EI utilisera ses cellules dormantes, les tireurs embusqués, les voitures piégées ou les assassinats ciblés. Pour le moment, l’engagement américain ne représente pas une menace conséquente pour l’EI« , assure Christopher Harmer. Richard Barret, spécialiste en contre-terrorisme, va dans le même sens : « L’EI ne peut pas contrer les raids américains et il va donc inverser son processus de développement. D’un mouvement clandestin terroriste, il avait progressé vers un ‘État’ et il va devoir redevenir ce qu’il était avant« .

Source : avec Afp, Reuters, Agence Sana, L’orient le Jour, Irak news, Ny Time