« La main divine » vengera l’exécution de Nimr Baqer al-Nimr

La « main divine » vengera l'exécution du dignitaire chiite saoudien Nimr Baqer al-Nimr, a affirmé dimanche le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei.

« Sans aucun doute, le sang de ce martyr versé injustement portera ses fruits et la main divine le vengera des dirigeants saoudiens », a déclaré l'ayatollah Khamenei, lors d'un discours devant des religieux, a rapporté son site officiel.

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 4 juin 2007 à Téhéran (AFP)

Quarante-sept personnes condamnées pour « terrorisme » ont été exécutées par l'Arabie saoudite. Parmi les condamnés figure le haut dignitaire chiite Nimr Baqer al-Nimr, leader de la contestation contre le régime. Son neveu Ali al-Nimr, mineur au moment de son arrestation, ne figure pas parmi les suppliciés.

Les condamnés ont été exécutés dans douze villes différentes du royaume, a précisé le ministère de l'Intérieur dans une déclaration relayée par l'agence officielle SPA. Le cheikh Nimr al-Nimr, 56 ans, virulent critique de la dynastie sunnite des Al-Saoud, a été la figure de proue d'un mouvement de contestation qui avait éclaté en 2011 dans l'est de l'Arabie où vit l'essentiel de la minorité chiite. Cette communauté, qui se concentre dans la Province orientale, se plaint d'être marginalisée dans ce pays majoritairement sunnite.Le cheikh Nimr avait été condamné à mort en octobre 2014 pour « sédition », « désobéissance au souverain » et « port d'armes » par un tribunal de Riyad spécialisé dans les affaires de terrorisme. L'arrestation de cheikh Nimr en juillet 2012 s'était déroulée de manière mouvementée et deux de ses partisans avaient été tués au cours des manifestations qu'elle avait provoquées.

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L'Iran n'a pas tardé à réagir par la voix du porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères. Hossein Jaber Ansari, cité par l'agence Irna, a expliqué que « le gouvernement saoudien soutient d'un côté les mouvements terroristes et extrémistes et dans le même temps utilise le langage de la répression et la peine de mort contre ses opposants intérieurs (…), il paiera un prix élevé pour ces politiques »

Parmi les personnes exécutées samedi figurent aussi des sunnites condamnés pour leur implication dans des attentats meurtriers revendiqués par le groupe djihadiste Al-Qaïda en 2003 et 2004, ainsi qu'un Égyptien et un Tchadien. La liste inclut le nom de Fares al-Shuwail que des médias saoudiens ont présenté comme étant un leader religieux d'Al-Qaïda en Arabie saoudite, arrêté en août 2004.

Le 1er décembre, la branche d'Al-Qaïda au Yémen avait menacé de faire « couler le sang » si les autorités saoudiennes décidaient de mettre à mort des djihadistes détenus en Arabie saoudite. « Nous entendons parler d'exécutions que le gouvernement des Al-Saoud a l'intention de pratiquer contre des frères moudjahidine actuellement détenus. Nous faisons le serment de sacrifier notre propre sang pour sauver le leur », avait affirmé Al-Qaïda dans la Péninsule arabique (Aqpa).

Il s'agit des premières exécutions de l'année 2016 dans ce royaume ultra-conservateur qui avait exécuté 153 personnes l'année dernière, selon un décompte basé sur des chiffres officiels.

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Qui était Nimr Baqer al-Nimr ?

Le chef religieux chiite Nimr Baqer al-Nimr, exécuté samedi en Arabie saoudite, était un défenseur charismatique de la minorité chiite et un critique virulent de la dynastie sunnite au pouvoir. Il avait mené en 2011, en plein Printemps arabe, le mouvement de contestation dans l'est de l'Arabie saoudite, où se concentre la minorité chiite qui se plaint d'être marginalisée dans ce pays majoritairement sunnite. Le cheikh de 56 ans à la longue barbe grise avait fait des études de théologie en Iran.

Considéré comme un « instigateur de l'insurrection », il a été arrêté le 8 juillet 2012 et blessé à la jambe en opposant « une résistance aux forces de sécurité ». Son arrestation avait déclenché des affrontements avec la police dans les villages chiites de l'est du royaume, riche en pétrole.

Sa condamnation à mort pour « terrorisme », « sédition », « désobéissance au souverain » et « port d'armes » a été annoncée le 15 octobre 2014 par un tribunal de Riyad. Dans un entretien téléphonique avec l'Agence France-Presse, son frère Mohammed al-Nimr l'avait décrit comme « un homme religieux, humble, qui menait une vie simple qui le rendait attractif auprès des jeunes ». Il a affirmé que son exécution « provoquera(it) la colère des jeunes » chiites en Arabie saoudite, appelant toutefois à des « manifestations pacifiques ».

Détenu à plusieurs reprises

Selon lui, après le retour de son frère d'Iran en 1994, Nimr était devenu un « faqih », juriste théologien de l'islam, et jouissait d'une « position spéciale et distinguée » auprès des chiites en Arabie saoudite. C'est dans la mosquée Imam Hussein à Awamiya, son village natal, qu'il tenait ses prêches du vendredi, très politiquement engagés, a-t-il poursuivi. C'est également dans ce village chiite du royaume que les attaques et manifestations contre la police sont courantes.

Il a par ailleurs été un court instant détenu à plusieurs reprises entre 2003 et 2008 pour avoir réclamé la remise en liberté d'activistes, davantage de droits pour la communauté chiite, dont le droit des enseignants à exercer dans les écoles, selon son site officiel www.sknemer.com qui est géré par sa famille. Mais c'est en 2009 qu'il a commencé à énerver sérieusement les autorités en appelant à une sécession de l'est de l'Arabie saoudite, une région majoritairement chiite, et de sa fusion avec le royaume proche de Bahreïn.

« Une vengeance personnelle » ?

Dans un discours en novembre 2011, à la suite de la mort de quatre chiites dans la province orientale, le cheikh Nimr avait appelé à « la remise en liberté de tous les détenus au cours de manifestations et de tous les prisonniers de conscience, sunnites et chiites ». Au cours des funérailles d'un des manifestants de l'époque, il avait assuré : « Nous sommes déterminés à réclamer nos droits légitimes par des moyens pacifiques. »

Mais, en 2012, une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montre Nimr se réjouissant de la mort du ministre de l'Intérieur de l'époque, le prince héritier Nayef. « Que les vers le mangent », disait-il, critiquant également les dynasties sunnites régnantes en Arabie saoudite et au Bahreïn où les autorités ont écrasé en 2011, avec l'aide des troupes saoudiennes, un mouvement de protestation animé par la majorité chiite.

Père de famille…

Le fils de Nayef, Mohammad ben Nayef, est devenu prince héritier l'an dernier. « Il est regrettable que le verdict (de sa mise à mort) prenne davantage des allures de vengeance personnelle » plutôt qu'elle ne soit basée sur une preuve criminelle, a affirmé à l'Agence France-Presse le frère du leader chiite exécuté. Nimr « a prononcé des mots qui peuvent être durs, mais il était le porte-parole d'une opinion. Il aurait pu être tenu politiquement responsable », mais pas exécuté, a ajouté le frère.

L'épouse de Nimr étant décédée d'un cancer en 2012, il laisse orphelins un garçon et trois filles. Ses enfants font leurs études aux États-Unis, à l'exception de sa plus jeune fille qui vit en Arabie saoudite. Son neveu, Ali al-Nimr, dont l'arrestation alors qu'il était mineur avait suscité de vives critiques des défenseurs des droits de l'homme dans le monde, est actuellement emprisonné et condamné à mort.

Sources : Afp, Associated Press, Agence SPA, Russia Today, L'Orient le Jour