La Palestine doit prendre des risques pour la paix ?

D’après Larédac’ à 10h20 le 19 Mars 2014

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a rencontré Barack Obama à la Maison Blanche, ce lundi 17 mars 2014.

Obama appelle Abbas à prendre des « risques » pour la paix

– mais quels « risques » ? : la Palestine a tout à gagner, alors qu’israël* a tout à perdre dans son entêtement schizophrénique de déni de réalité temporel et spirituel – *  israël (avec « i » minuscule pour ne pas faire offense au prophète « Isra-el » – (Jacob / Yacub).

Deux semaines après avoir exhorté le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à prendre des décisions « difficiles », le président des États-Unis a affirmé que le temps était venu « pour les dirigeants des deux parties (…) de saisir l’occasion » actuelle de parvenir à la paix.

« C’est très dur, très ardu, il va falloir prendre des décisions politiques difficiles et des risques si nous voulons progresser« , a ajouté M. Obama face aux journalistes, dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche.

Il a salué en son hôte quelqu’un qui a « toujours renoncé à la violence, constamment cherché une solution diplomatique et pacifique qui permette à deux États de vivre côte à côte dans la paix et la sécurité« .

Un tel objectif « est évidemment dur à atteindre, et c’est la raison pour laquelle il nous a fallu des décennies avant d’arriver là où nous en sommes« , a encore dit le président américain, passant d’une crise de politique étrangère à l’autre en quelques minutes, puisqu’il avait évoqué auparavant la situation en Ukraine face à la presse.

De son côté, le dirigeant palestinien a indiqué au président des États-Unis que l’État hébreu pouvait montrer son « sérieux » dans ces négociations, actuellement enlisées, en libérant un quatrième et dernier contingent de prisonniers, conformément à ses engagements de juillet 2013. C’est à cette époque qu’avaient été relancées les négociations directes « palestino-israéliens » sous l’égide du secrétaire d’État John Kerry.

L’objectif est actuellement de parvenir à un « accord-cadre » traçant les grandes lignes d’un accord de paix, et destiné à persuader les deux camps de poursuivre les pourparlers au-delà de l’échéance du 29 avril. Cet « accord-cadre » tracerait les grandes lignes d’un règlement définitif sur les questions dites de « statut final » : les frontières, les colonies, la sécurité, le statut de Jérusalem et les réfugiés palestiniens.

La libération des prisonniers d’ici au 29 mars, comme prévu, « nous donnera un indice très solide du sérieux des Israéliens quant au processus de paix« , a observé M. Abbas. Les dirigeants palestiniens ont exprimé de très fortes réserves sur les propositions américaines, auxquelles ils reprochent de trop s’éloigner du droit international, refusant en particulier la « reconnaissance d’Israël comme État juif » et le maintien illimité de troupes israéliennes en territoire palestinien, deux exigences de M. Netanyahou qu’ils jugent exorbitantes.

Lundi, M. Abbas a mentionné cette pomme de discorde, en rappelant qu’ »en 1993 nous avons reconnu l’État d’Israël« , allusion au processus d’Oslo qui avait ensuite échoué.

Le 13 septembre 1993 sont signés les Accords d’Oslo I. Les Accords d’Oslo II suivront en 1995. Les plans en question visent à une reconnaissance mutuelle entre israël et l’OLP, à un retour en Palestine des dirigeants de cette organisation, à un retrait partiel de l’armée israélienne de certains territoires, à la création d’une Autorité Palestinienne (AP) et au partage de la Cisjordanie en différentes zones de contrôle. La division en trois zones : A (contrôle exclusif palestinien / en vert foncé), B(contrôle partagé / en vert clair) et C (contrôle exclusif israélien / en orange et jaune). – voir carte


Ces différents textes ne seront pas complètement appliqués sur le terrain à cause de la montée de la violence et du radicalisme de part et d’autre (massacre de 29 Palestiniens par un colon à Hébron en février 1996, premier attentat suicide revendiqué par le Hamas en avril…) ainsi que par l’arrivée au pouvoir du Likoud de Binyamin Netanyahou en israël en mai 1996.

De faibles avancées auront toutefois lieu comme en témoignent l’Accord de Paris de février 1996 traitant des questions économiques entre les deux belligérants et le Traité de paix entre Israël et la Jordanie en octobre de cette même année. Pour permettre aux Accords d’Oslo de voir le jour, un accord supplémentaire est signé à Wye River en 1998. L’objet du texte porte sur un retrait israélien partiel (13%) de la Cisjordanie en échange d’un engagement palestinien de lutter contre les « mouvements terroristes ».

Les Accords de Sharm-el-Sheikh, signés par Ehud Barak du parti travailliste et Yasser Arafat le 4 septembre 1999, permettent aux Palestiniens de récupérer 7% du contrôle de la Cisjordanie….

Le négociateur en chef palestinien, Saëb Erakat, a de son côté indiqué à l’AFP que M. Abbas avait « confirmé au président Obama que sa position était un refus de reconnaître Israël comme État juif ». Et le porte-parole de M. Abbas, Nabil Abou Roudeina, a remarqué que « le président Obama n’a pas encore officiellement présenté un accord-cadre » au dirigeant palestinien, mais « un ensemble d’idées« .

Les discussions se poursuivront dans les semaines à venir. Le secrétaire d’État John Kerry a également rencontré lundi après-midi M. Abbas. Les deux hommes « ont échangé des idées et évoqué leurs pensées sur les possibilités d’aller de l’avant dans les négociations« , relève un communiqué du département d’État. « Aucune proposition formelle ni position n’a été mise sur la table, mais le secrétaire d’État Kerry et son équipe de négociation vont continuer » à discuter avec les deux parties dans les prochains jours, ajoute le communiqué.

Barack Obama a appelé le président palestinien Mahmoud Abbas à prendre des « risques » pour la paix, en le recevant lundi à la Maison-Blanche afin de tenter de débloquer le processus avec Israël, à un mois et demi d’une échéance cruciale.

Dimanche, après des discussions entre MM. Kerry et Abbas, un responsable du département d’État a affirmé que le chef de la diplomatie américaine avait exhorté son interlocuteur à oeuvrer à réduire les énormes différends avec israël. M. Kerry avait reconnu mercredi n’avoir « jamais vu » un pareil niveau de méfiance entre les deux camps et qu’un règlement de paix, s’il restait « possible« , était « difficile« .

Pendant la rencontre à la Maison-Blanche, des milliers de Palestiniens ont manifesté lundi à travers la Cisjordanie pour soutenir M. Abbas : plus de 5 000 à Naplouse (nord), environ 1 500 à Ramallah et plus d’un millier à Hébron (sud), selon les correspondants de l’AFP. M. Abbas a aussi reçu le soutien du président israélien Shimon Peres, qui exerce des fonctions essentiellement protocolaires, et a pris le contrepied de ministres du gouvernement de droite, selon qui le président palestinien n’est pas un « partenaire » pour faire la paix.

« Le président Abbas est un homme de principes, il est contre le terrorisme, contre la violence. C’est un bon partenaire et je suis content que notre gouvernement négocie avec lui« , a déclaré M. Peres, selon un communiqué de la présidence.

Source : Afp, Reuters, agence Wafa, Haaretz, agences de presse américaines, palestiniennes